Diaire décembre 2010 Versailles et Midi

Mercredi 1er décembre 2010. Versailles, Paris.

Lever 6h à Mireval et petit déjeuner avec François dans la cuisine en sous-sol où le feu couve encore ; je le relance pour la journée car l’électricité aujourd’hui est en tarif d’hiver. Après un rapide détour par le Pesquier où je laisse un mot à Germain Noël, je retrouve avec presque plaisir cette gare de Castelnaudary qui me sert un peu de pivot ; il y a déjà beaucoup de monde, des légionnaires etc.

Hier la dame du guichet SNCF a émis des doutes sur la ponctualité du train régional que j’emprunte, le délai de changement avec mon TGV à Narbonne étant très court : nous verrons bien.

8h25. Mon TGV arrive avec cinq minutes de retard ; pas de problème pour une fois ; mais on nous annonce ici que 20% des TGV ont été supprimés dans le sud-est à cause de la neige : je ne suis pas encore sorti de l’auberge ; ce n’est de toute façon pas bien grave car je n’ai pas de programme particulier cette après-midi que je compte passer chez Florent avant le dîner Crevoisier.

Juste en face de moi se trouve M. Gazel qui partage son temps entre Mireval et Perpignan où il a pris sa retraite ; il me reparle de tante Cécile de Vésian et de la seule visite qu’il a faite dans les année 40 de notre maison où la statue de sainte Anne était alors dans la cage d’escalier avant qu’elle ne se retrouve à l’église du village conformément au testament de François de Vésian.

Je m’assoupis après Nîmes, réveillé en sursaut par un coup de téléphone du secrétariat du Qadi Abou Ahmed el-Rijal qui me demande si je suis disposé à venir les visiter durant la seconde semaine du mois de janvier… cela au milieu d’un paysage de neige qui a envahi le la campagne provençale. Dans l’émotion, j’évoque ces poésies andalouses dans lesquelles une belle princesse franque, prisonnière ou esclave, prend les fleurs d’amandier pour des flocons de neige. Prosaïquement, cela nous vaut une heure un quart de retard ; pas important puisque je n’ai personne pour m’attendre. Je passe mon temps sur mon diaire à repasser les semaines précédentes et à téléphoner aux quatre coins de la France, pour Suez essentiellement.

Neige et soleil

Boîte de réception X
  Arnaud Ramière de Fortanier  à Dumond, bcc: moi afficher les détails 1 déc. (Il y a 2 jours)
  de Arnaud Ramière de Fortanier <arnaud@ramiere.com> A Dumond Martine <martinedumond@yahoo.fr> Cci « arnaud@ramiere.com » <arnaud@ramiere.com> date 1 décembre 2010 11:24 objet Neige et soleil envoyé par ramiere.com masquer les détails 1 déc. (Il y a 2 jours)

Chère Tinou,

Ne crois surtout pas que je ne pense à toi qu’en traversant ta Drôme
en TGV… Mais, là, j’ai une petite scène cocasse, un de ces micro
miracles dont sont ponctuées les vies des poètes.

J’ai été réveillé en sursaut dans la Drôme enneigée donc par un appel
téléphonique de notre ami le qadi abou el-Rijal me ré invitant au Yémen
pour janvier prochain : c’est alors l’époque des amandiers en fleur
que les belles princesses andalouses prenaient pour de la neige…

Ceci dit, quand arriverons-nous à Paris ? Il va nous falloir un autre miracle…

A suivre,

Arnaud

Arnaud Ramière de Fortanier
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  | Martine Dumond  à moi afficher les détails 1 déc. (Il y a 2 jours)

Ici, ni l’un ni l’autre : plutôt gris clair et doucement humide.

Mais le miracle, restera internet. 

Que nous puissions correspondre, toi dans ton train, moi devant un autre paysage (roux, sans neige). Toi endormi, moi stressée par les dernières corrections et coordinations de notre « Parc et jardins de Rhône-Alpes » (8 départements et 5 auteurs !) à paraître en mai prochain aux éditions Bonneton. 

Le miracle est là. 

Cela dit, les amandiers en fleurs au Yémen…j’en rêverai. Mais je ne suis ni princesse, ni andalouse, alors m’envolerai pour la Thaïlande la nuit de la Saint-Sylvestre pour y rester un bon mois.

Bisous

PS= Le train ? arrivé?? 
 

Tinou DUMOND

Montée de la vieille porte

84 600 GRILLON

04 90 622 759

06 10 15 06 24

Après-midi tranquille à Versailles à travailler seul bien au chaud chez Florent. Patrick et de Roquefeuil viennent me prendre en voiture pour rejoindre à Paris, par un froid sibérien, le dîner de cousin organisé par Bernard et Béatrice de Crevoisier où nous retrouvons les ménages de Françoise et Christian de Bazelaire, et de René de Crevoisier : excellente ambiance détendue au cours de laquelle Françoise nous lit le testament spirituel de notre aïeule bonne maman de Forcade-Clauzel qui n’est pas sans ressemblances avec celui de la sœur de ma mère, tante Jacqueline de Roquefeuil, que Patrick vient de nous diffuser par l’internet. Nous envisageons la création autour de Françoise de Boudemange d’un site familial partagé pour nos photos et documents de famille ; j’exprime la satisfaction que j’éprouve pour Picasa, de chez Google, et Fliker, de chez Yahoo. L’épouse de Bernard de Crevoisier est née Béatrice Lemaignen, d’une famille notable d’Orléans apparentée aux Gourcy par les Gâtines et par là-même aux Wallet et aux Fougeron ; nous parlons de Ten Fougeron qui prépare la sortie d’un ouvrage d’aquarelles solognotes.

Jeudi 2 décembre 2010. Paris.

Matinée et déjeuner chez Suez, à K8, 16 rue du Dr. Lancereaux, avec Philippe Capron, Lina Sbeih et Marie-Pierre Diquelou : le classement des archives de l’association et du fonds Goby avance spectaculairement grâce à nos nouveaux locaux vastes, modernes et spacieux comme nous n’en avons jamais eu auparavant ; nos deux jeunes collègues, archivistes professionnelles et diplômées, s’y mettent bien, avec intelligence et méthode. Cela change radicalement de la situation précédente, désespérante, du temps proche encore où notre seul et unique bureau surchargé de la rue de la Ville-l’Évêque était squatté par une dame Cocotte chargée de liquider le comité d’établissement de Suez… Je dispose désormais d’un bureau pour moi tout seul avec mon nom sur la porte, un ordinateur etc. : le luxe ! Nous travaillons déjà à notre transfert définitif cette fois-ci, dans l’immeuble historique du 1 rue d’Astorg où nous devrions disposer des mêmes facilités ; cela devrait avoir lieu au mois de juin prochain : là encore, qui vivra verra…

14h30. Muséum d’Histoire naturelle, dans le vénérable amphithéâtre de paléontologie, entrée 2 rue Buffon : rencontre annuelle de l’Association pour la protection des archives privées (AFPAP), présidée par Jacques Pérot, en présence de son fondateur, le marquis de Quinsonnas-Oudinot, et des autres administrateurs dont je fais partie : Emmanuel de Broglie dont la mère est une Viellard, de Morvillard, Olivier de Luppé, André de Savignac, Henri Daru, Philippe de Chastellux, Henri de Colbert, etc. Je ne retrouve pas notre confrère Jacques d’Orléans qui en est un des fondateurs de la première heure, mais il y a Guillaume d’Abbadie qui vient d’être nommé adjoint au directeur du Muséum d’Histoire naturelle depuis le 13 septembre dernier.

A peine arrivé dans l’amphithéâtre et alors que je m’entretenais avec Jacques Pérot, Hervé Lemoine a pris l’initiative de se déplacer pour venir me saluer chaleureusement ; nous avons ainsi pris le temps d’aborder précisément les grandes lignes qui relient notre association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez avec les Archives de France : j’ai insisté d’abord sur l’importance que nous attachons aux relations déjà anciennes avec elles, avec les Archives nationales du Monde du Travail, mais pas uniquement avec elles. Hervé Lemoine aborde directement les résultats de son très récent voyage en Égypte où il a été invité à la célébration du centenaire de la Bibliothèque nationale du Caire qui se situent dans le même immeuble que les Archives nationales, Corniche al Nil : je fais allusion à notre déplacement commun avec son prédécesseur Martine de Boisdeffre et Jean-Paul Calon, au cours duquel deux conventions avaient été signées conjointement avec les Archives nationales égyptiennes ; je lui parle des stagiaires archivistes égyptiens que notre association prend en charge tous les ans etc. Nous convenons de la nécessité de continuer à coordonner nos activités dans cette région du monde. Je l’invite à visiter notre musée et nos installations de la rue d’Astorg, ce qu’il accepte aussitôt, manifestant cependant le souhait de me recevoir auparavant dans son bureau des Archives de France pour faire un tour d’horizon plus précis de nos différents projets communs.

Hervé Lemoine, après les mots d’introduction d’usage de jacques Pérot qui a commencé sa carrière de chartiste aux Archives de la Vendée, expose longuement l’état actuel des réformes profondes et publiquement controversées en cours au sein du ministère de la culture et de la communication : création d’une vaste direction générale du Patrimoine confiée au conseiller d’État Philippe Bélaval, et la transformation de l’ancienne direction générale des Archives de France en simple service interministériel des archives dont il est l’actuel directeur sans que ce titre soir assuré pour son successeur… Il exprime enfin son point de vue sur le projet gouvernemental d’installation d’une maison de l’histoire de France dans l’hôtel de Soubise, insistant sur le rôle fédérateur de cette institution qui n’est pas destinée à se substituer aux nombreux musée existant alors que les budgets et le succès des expositions itinérantes se limite trop souvent en France aux Beaux-arts ; il faut souligner la présence au premier rang à ce moment-là de Jean-Pierre Babelon, membre de l’Institut, ancien conservateur de ce musée avant de devenir inspecteur général des Archives du temps du très médiatique Jean Favier : il a longuement pris la parole en se situant comme ancien archiviste et l’auteur d’un volume de Découverte Gallimard sur les Archives, pour déplorer qu’un intermédiaire ait été placé entre le responsable des Archives et le ministre de la culture, rappelant l’importance qu’André Malraux avait tenu au contraire à donner aux Archives de France en les confiant à André Chamson. Il rappelle l’hypothèse qui avait été un moment envisagée sérieusement de rattacher les Archives au ministère de l’intérieur afin d’affirmer plus fortement leur mission de collecte des documents administratifs. Quant à la maison de l’histoire, il abonde dans le sens d’Hervé Lemoine en déplorant le succès quasi exclusif des musées des Beaux-arts, contrairement à d’autres pays ; ceci s’applique également au mécénat, Versailles constituant un cas tout à fait atypique.

Pour ma part, j’exprime publiquement à Hervé Lemoine le souhait de trouver en face de nous, collections privées de grands groupes industriels, une direction des Archives forte et dotée d’une visibilité suffisante, susceptible de prendre le relais de nos activités ; je prends comme exemple le cas des archives du canal de Suez inscrites sur le registre de la mémoire du monde par l’Unesco et non par le gouvernement français.

Nous n’avons eu ni l’opportunité ni le temps d’entrer dans les détails du projet d’exposition sur l’Égypte dans les expositions universelles ni sur l’accueil en cours à Roubaix de mil six cents mètres linéaires d’archives du groupe Suez, mais la qualité de notre entretien en privé comme en public laisse augurer favorablement d’une reprise positive de nos relations avec les Archives de France, le centre parisien des Archives nationales et les Archives nationales du monde du travail à Roubaix. Cela va faciliter ma situation lors du prochain colloque de la branche arabe du conseil international des Archives auquel je devrais participer au Caire dans moins de quinze jours à l’invitation des Archives nationales d’Égypte.

19h. Saint-Germain-en-Laye. J’arrive très en retard alors que tout le monde est déjà reparti, à la réunion organisée par le Dr. Ahmed Youssef et la société saint-simonienne chez Arlette Millard, l’auteur de l’ouvrage de référence sur Félicien David qui est enterré au Pecq. J’apprends à cette occasion qu’elle s’intéresse de près au pasteur Napoléon Peyrat, le redécouvreur des cathares, proche de Jules Michelet, dont les carnets rédigés durant l’occupation prussienne sont conservés aux Archives des Yvelines : elle est en correspondance à ce sujet-là avec le pasteur Parmentier aux Bordes-sur-Arize, veuf en premières noces d’une Monod de Castelnaudary et en secondes noces de ma condisciple et excellente amie à l’école des chartes, Agnès de Saint-Blanquat qui avait passé une partie de ses études secondaires avec Jacqueline Ramière à Sainte-Marie-des-Champs.

Retour la nuit tombée à Versailles par le bus direct. Soirée passée avec Florent à regarder d’un œil un film sur le général Patton, à discuter de l’autre sur le projet de partage rédigé par Bruno Belloc ; il se pose la question par ailleurs de l’éventualité de l‘achat du petit appartement voisin, sur le même palier de la rue de Vergennes ; je l’y encourage beaucoup malgré le prix à première vue prohibitif : près de deux cent millions d’euros alors que Mireval est estimé à à peine plus de deux cent vingt millions…

Vendredi 3 décembre 2010. En TGV Paris-Narbonne.

Lever 5h. RER via la Défense ; départ gare de Lyon à 7h18. Petite vitesse en raison de la neige qui recouvre le couloir rhodanien. Je me plonge dans mon ordinateur portable pour rédiger le compte rendu d’un voyage bref mais bien chargé.

Arrivé  avec une heure de retard à Narbonne, je rate ma correspondance pour Castelnaudary et vais faire du tourisme en centre ville du côté de la cathédrale ensoleillée au milieu de ses palmiers phénix ; en face de l’ancien palais des archevêques, le vieil immeuble aux Dames de France retient mon attention avec un panneau commémoratif des événements de 1907 : c’est ici que furent tués cinq vignerons révoltés ; au rez-de-chaussée, il ya maintenant un Monoprix, mais en empruntant un mystérieux escalier mécanique, on parvient à deux niveaux d’une immense librairie de type Fnac, Privat en fait, couplée avec France Loisirs où j’acquiers La carte et le territoire, le dernier roman de Michel Houellebecq qui vient enfin d’obtenir le prix Goncourt ; Robert Ilbert était en train de le lire lors de mon dernier séjour chez lui à Aix-en-Provence. Le début baroque au sens loufoque du mot m’évoque André Rollin dans son Anglaise assassin ; James Koons – excusez du peu – en train de se faire photographier indéfiniment par un artiste à la mode : « c’était aussi difficile que de peindre un pornographe mormon », une histoire de panne de chauffe-eau… Style moderne certes, un peu roman policier ; on verra la suite ; il s’agit de l’assassinat d’un écrivain connu paraît-il : Michel Houellebecq ; a priori je n’aurais pas acquis cet ouvrage si je n’avais pas été perdu à Narbonne entre deux trains, un jour à ne pas mettre le nez dehors.

 Houellebecq m’a toujours semblé un reporter de guerre qui aurait choisi la classe moyenne dépressive plutôt que l’Irak, le Kosovo ou l’Afghanistan. La mélancolie en entreprise (Extension du domaine de la lutte), le cafard des campings new age (Les Particules élémentaires), l’impasse du tourisme sexuel (Plateforme), l’utopie impossible du clonage humain (La Possibilité d’une île), la disparition de l’art et la muséification de la France (La Carte et le Territoire) furent ses champs de bataille, son théâtre des opérations (comme dit son ami Maurice G. Dantec). Ce sont de grands romans, travaillés, charpentés, « construits. Mais ce sont aussi des enquêtes sur la condition humaine, comme Voyage au bout de la nuit ou La Nausée. Les romans de Houellebecq nous donnent des nouvelles de l’homme. Et elles ne sont pas bonnes. » Frédéric Beigbeder l’auteur d’Un roman français, dont Michel Houellebecq a fait un des personnages de La Carte et le Territoire, dans Le Figaro Magazine de cette semaine.

Samedi 4 décembre 2010. En Lauragais. Plaigne.

10h30. Hôtel de Ville de Castelnaudary. Assemblée générale annuelle de l’association des médaillés de l’Ordre national du Mérite. Il y avait longtemps que j’envisageais de prendre contact avec le milieu des anciens combattants et médaillés du coin retenu quand même par l’aspect vieux jeu de la chose… mais en fait c’est dans des instances comme celles-là que l’on rencontre les gens d’ici sans leur tourner le dos. Le colonel Canalès a salué ma présence avec emphase, prophétisant que les sections de l’Aude ne manqueraient pas de faire appel à moi pour prononcer des conférences ; il souligne aussi ma position de président du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez. Il n’y aurait que cinquante-quatre titulaires de l’ordre du Mérite dans l’Aude, ce qui m’étonne un peu : ce doit être le chiffre de Castelnaudary avec la Légion étrangère. De fait j’y reconnais très peu de monde ; juste l’ancien maire de Fanjeaux et M. Imbert, ancien président des amis de Castelnaudary et du Lauragais, Jean Tirand, frère de Paul, l’historien, conseiller municipal délégué au logement social à qui je parle de Maguelone que je lui promets de lui présenter en tant qu’assistante sociale du secteur. Je me dispense tout de même du cassoulet à la Légion, aux Cheminières…

Bref passage à Mireval pour croquer une aile de poulet et vérifier le paquetage de François et de son ami Emmanuel Amiez que Évelyne accompagne en début d’après-midi à Cugnaux pour leur spectacle de Domino dont Bernard et Noëlle Amiez les ramèneront cette nuit ; François couchera chez eux au Fourneyrac.

14h. Château de la Commanderie à Plaigne que les Vieilles Maisons françaises de l’Aude et de l’Ariège nous font visiter ; nous sommes reçus d’une manière charmante, humoristique et attentive par Rébecca Gregory dont le grand père était chartiste ; je lui suis présenté par Danielle Neirinck venue avec son amie de Pamiers. Le général Michel Roquejoffre, commandant de l’armée française durant la première guerre du Golfe, nous y fait un exposé précis sur la Fondation du Patrimoine dont il est le correspondant pour l’Ariège. Rencontrés Jean Guiraud de Lévizac, président des VMF pour l’Aude, les Laurent-Castelet, d’Antin de Vaillac, Mme Albigot, le ménage d’architectes qui s’occupent de la maison Bès à Mireval etc. Je suis surpris de l’existence de pareils monuments si bien entretenus et restaurés, tout près de Mireval et dont j’ignorais pratiquement l’existence ; comme quoi à snober les associations locales on se prive d’informations précieuses et d’occasions de rencontrer des personnes de valeur telle cette Mme Gregory, franco-américaine qui a transformé ce monument racheté aux Ferluc ruinés, il y a  près de soixante-dix ans, dans un état lamentable ; c’est maintenant un château parfaitement restauré, adhérant à la Demeure historique, transformé en relais château, y compris pour ses dépendances, avec site internet etc. Belle réalisation dans ce coin perdu.

Dimanche 5 décembre 2010. Mireval.

Grasse matinée et travail au coin du feu en sous-sol. Déjeuner au Fourneyrac pour récupérer François que les Amiez ont ramené hier soir de son spectacle Domino à Cugnaux : j’aime décidément beaucoup la compagnie et la conversation de cette famille entièrement dédiée au service des autres, le tout dans la plus grande sérénité ; on y peut aborder tous les sujets, même les plus difficiles sans risquer l’esclandre ou tout simplement la désapprobation : qualité d’écoute exceptionnelle. Nous reparlons de Tibhirine et du problème des relations avec le monde musulman, pas celui des terroristes, du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob qui est commun aux trois religions du Livre, ce qui n’entraine pas encore l’unanimité.

Je parcours le livret du centenaire d’En-Calcat au sujet de Tioumliline qui est présenté comme une base de reconquête de l’Afrique, comme si le Maroc n’était pas en Afrique ; le départ de la communauté est mis en rapport avec celui des Français ; rien à voir avec Tibhirine…

16h. Maguelonne nous téléphone pour que nous allions déguster des crêpes à Crabo. Nous goûtons aussi aux olives qu’ils ont traitées par eux-mêmes dans de l’eau salée, l’aygue boulido des Marseillais. Nous ramenons du bois de chêne pour notre poêle, et trois poulets nains blancs pour remplacer ceux qui ont été dévorés récemment par une bête sauvage.

Lundi 6 décembre 2010. Mireval, Carcassonne.

7h. Marché de Castelnaudary avec François ; grand café, achat de yaourts nature de Payra, côtes de porc de Villemagne, agneau de Saissac, pain de l’Aveyron ; la routine ; François est aux anges.

Journée de travail pour Suez ; mise à jour de la liste des adresses des adhérents ; envoi de l’invitation pour la présentation du dernier ouvrage d’Hamed Youssef sur le phare d’Alexandrie.

Germain Noël vient m’apporter son fermage pour les terres de Crabo ; il m’apprend que Marie-Sophie a été assez malade : ils reviennent de Lyon pour cela. Je n’étais au courant de rien.

16h. Session de la Chambre d’Agriculture de l’Aude où nous intégrons les six agents de l’Audasea, agence qui est fusionnée avec nous ; confiance dans l’avenir… Dîner de fin d’année sur place.

Diaire janvier 2011 – avril 2012

Samedi 1er janvier 2011. Mireval.

Nuit à Crabo où je garde les enfants Dubrulle pendant que Maguelone et Grégoire passent le réveillon avec le Rotary de Castelnaudary dont ils apprécient la composition et l’ambiance : Mag souligne la qualité d’un certain nombre de jeunes femmes comme l’épouse du pharmacien de la rue de l’Horloge, qui a une formation de psychologue tout à fait semblable à la sienne et à celle de Vésiane. Petit à petit, les gens réalisent qu’elle est notre fille et situent encore bien Crabonégado.

Je regarde avec Axel, Raphaëlle et Laure la soirée TV « le plus grand chapiteau du monde » où se succèdent les spectacles de cirque comme je ne les ai jamais vraiment regardés ; grand plaisir.

Lundi 3 janvier 2011. Castelnaudary.

Lever 6h30 comme à l’ordinaire. A 7h30 au marché de Castelnaudary avec François où nous faisons nos emplettes rituelles : pain de l’Aveyron, yaourt et fromage blanc de Payra, pièces à griller et café croissant au café Français ; petit marché aujourd’hui car la vie reprend lentement après la période des fêtes.

8h30. François reprend son travail à son atelier protégé de l’ESAT de Castelnaudary, dans la zone industrielle d’En Tourre.

Mardi 4 janvier 2011. Mireval.

8h30. Réunion de chantier pour la rénovation de l’écurie ; je pousse le calendrier car maintenant que je dispose du budget des travaux il n’y a plus de raison d’attendre et j’escompte avoir quelque chose d’habitable pour cet été afin d’en profiter le plus rapidement que possible. Hunt prépare le bon de commande définitif pour les ouvertures et l’escalier: la verrière du Midi constituera un des éléments les plus visibles du projet, et Alain Bouyssou pour ECB assure le gros œuvre alors qu’il a déjà rénové la toiture voici maintenant déjà cinq ans. Nous actons la décision de copier l’ouverture à créer à l’ouest sur la jolie porte de l’écurie du côté de la métairie. Cela fait trois grandes pièces en rez-de-chaussée mais sans beaucoup de faculté de couchage, les chambres trouvant leur place en haut et la salle de bain en bas avec un point d’eau et peut-être un second WC également en haut : tout va dépendre de l’adition opérée par l’architecte Pascal Gorgues que je trouve bien peu dynamique et pas assez inventif. La question non résolue à ce jour est la situation de la salle de bain alors que j’ai opté pour le report des adjonctions extérieures dans la seconde tranche. Nous allons revoir le hangar de la métairie dont un pan de la toiture s’est effondré : leur avis est qu’il n’y a plus qu’à continuer à l’abattre en rabaissant les murs et piliers afin de réaliser une espèce de pergola couverte par des treilles qui assureraient la continuité avec la végétation voisine tout en abritant des box individualisés qui pourraient servir de parking aux différents occupants locataires ou non ; je lui demande un devis pour la toiture ouest de la métairie et la création d’un plancher béton au-dessus de la cave à vin afin que Vésiane puisse élaborer des projets de rénovation de l’ancien appartement de l’Annexe.

11h. Crédit agricole : j’ouvre un compte spécial pour La Bourdette afin que Vésiane puisse en disposer, en particulier pour le loyer mensuel de Laetitia Van Eersel : à huit cents euros par mois, cela lui fera une somme significative qui lui permet de faire elle aussi des projets de rénovation. Par la suite, les impôts, assurances et autres charges de ce côté de la propriété seront assurés par là.

Yves Moisdon arrive le soir d’En-Calvat où avait lieu une présentation de Domino : j’y vois un présage favorable.

Mercredi et jeudi 5 et 6 janvier 2011. Mireval.

François reste à Mireval le matin afin d’assister aux premiers travaux de rénovation de l’écurie que je lui lègue par testament à charge pour lui de la transmettre par la suite à Jean-Manuel. Yves Moisdon prend les opérations en main : il est jardinier-paysagiste à Toulouse tout en vivant en communauté à Cugnaux avec la petite équipe de Domino dont il est également animateur ; je luis ai également demandé de prévoir la réalisation d’un vitrail en verre éclaté à installer au dessus de la porte d’entrée que nous allons ouvrir sur la façade ouest, auquel François pourrait contribuer d’une manière ou d’une autre dans le cadre de ses ateliers d’expression artistique.

Jean-Luc Hébrard a déjà positionné sa pelle mécanique jaune dès hier soir afin d’être à pied d’œuvre à 8h. Nous commençons par dégager les abords de cette ancienne remise et ancienne écurie du côté du Midi et du Couchant, grand massif compact à composition essentielle de lauriers énormes et invasifs ponctué d’un nombre considérable – inhabituel – de grands chamérops qui cachaient la vue sur le village depuis le perron de la maison. La partie la plus spectaculaire de l’opération consiste à déplacer soigneusement ces grands troncs longilignes et de les replanter en ligne à côté de ceux qui restent le long de l’allée qui descend à la serre et à la maison du jardinier : nous immortalisons  la chose avec des photographies exceptionnelles qui donnent une tinte d’exotisme suranné à cette partie du parc qui avait été reprise à la fin du XIXe siècle ; j’en fait implanter un également à la hauteur de la serre pour maintenir la courbe de l’allée que les voitures ont tendance à couper ; à cette occasion nous avons défriché la bordure du grand fossé en dégageant les vieux ifs et les murs de l‘ancien chenil ; l’effet est remarquable en gagnant du terrain et en valorisant cette zone de liaison avec la maison du jardinier tout en mettant en valeur cette haute muraille sombre formée par ces ifs magnifiques plus que centenaires qui soufraient au milieu d’une végétation hostile et parasite.

Du coup la vision du parc depuis le perron de la maison est renouvelée avec une vue bien dégagée vers le chevet de l’église de Mireval, avec en premier plan les murs de l’écurie dépourvus d’ouverture que les visiteurs prennent elle-même pour une vielle chapelle avec son fronton à l’italienne et son crépi d’un ocre inimitable ; à droite a surgi une oasis de palmier en colonne par deux débouchant sur l’espace de la serre et du chenil cantonné par ce monumental alignement sombre d’ifs que l’on distinguait à peine jusqu’à présent. Ajouté à cela l’arrachage d’énormes pieds de lauriers à l’angle et en face de la bibliothèque qui donne plus de lisibilité à la façade et surtout qui dégage le bassin qui servait à recueillir les eaux pluviales, dans lequel Yves envisage du coup d’installer une composition florale autour de nénuphars.

Plus prosaïquement, l’étendage qui défigurait ce secteur est évacué…

Germain Noël évacue ainsi un nombre indéterminé de bennes à destination de la décharge municipale du cimetière ce qui permet de se débarrasser de souches qui n’auraient jamais été consumées sur l’énorme brasier qui est mis à feu avec les branchages, troncs, palmes et autres « déchets verts ».

Nous nous sommes attaqués en priorité aux souches d’Ailantes, appelés ici arbres du Japon, espèce invasive, sans aucune valeur et nauséabonde dont il est pratiquement impossible de se débarrasser.

Au Midi, Yves taille sévèrement le buis de l’ancien bassin rond dit de Luce afin de dégager une vue sur le vieux puits : François l’y aide avec une énergie qui nous surprend.

Mardi 12 janvier 2011. Paris.

Journée passée aux bureaux de l’association rue du Dr Lancereaux à rédiger un nombre considérable de vœux avec le joli carton établi cette année à partir d’un petit tableau d’Évremond de Bérard représentant le canal de Suez à l’époque de son inauguration, mis à notre disposition par Gabriel de Bérard chez qui j’ai dîné ce lundi soir.

Téléphone avec Jean-Paul Calon.

18h. Académie de Versailles où Bertrand Lissarrague nous retrace l’histoire des avoués qu’une loi récente vient de supprimer à l’horizon de janvier 2012. J’y retrouve le père Allouchery qui prépare un nouveau voyage en Égypte avec des compagnons du devoir cette fois-ci, Isabelle de Hédouville-Fournis, Mme Cabestan toujours impayable qui m’invite à une de ses prochaines séances de théâtre.

20h chez Florent qui est sorti ce soir : fatigué, je regarde La Tulipe noire à la télévision bêtement mais avec plaisir.

Mercredi 13 janvier 2011. En TGV.

Lever 5h30. Départ de la gare de Lyon 7h20. 10h06. Nous arrivons déjà à Nîmes : grand beau…Mais la brume me rattrape à Mireval ; dommage. Je rencontre Jacques Pech de Laclauze et son épouse en gare de Narbonne, charmants comme à leur habitude : nous nous voyons peu mais il existe une réelle et rare complicité amicale et familiale avec eux.

Jeudi 14 janvier 2011. Mireval.

Le soleil arrive enfin par ici : je savoure les résultats de la reprise en main du parc du côté de l’écurie et de la serre.

Pascale Gorgues m’apporte de nouveaux projets intérieurs regroupant cuisine et salle de bain dans l’ancienne remise, dégageant ainsi les espaces intérieurs de l’écurie du moins pour l’instant. Le projet prend forme et nous devrions signer les premiers ordres de travaux sans plus tarder, en particulier pour la partie portes, fenêtres et escalier dont l’entreprise Hunt est chargée.

Je commence à acheter du matériel : crémaillères pour aménager des rayonnages de livres dans la chambre à deux lits du nord-est.

Michel Dardier me rend visite pour m’apporter le cadeau traditionnel de la municipalité aux personnes du troisième âge…Nous parlons d’abord de la mairie et puis petit à petit des vieilles familles du village et des environs, de M. Serres, des Mercières, en particulier que l’on a enterré cette semaine au Villasavary.

Jeudi 20 janvier 2011. A bord du Thalys.

19h01. Départ pour Bruxelles en première classe, repas servi à ma place : volaille froide avec brocolis et riz parfumé, blanc muscadet et crème banale. International Herald Tribune : réception par Barak Obama de son homologue chinois, affaire de la Tunisie etc. La gare du Nord a fait des progrès mais demeure impersonnelle et à peine fonctionnelles : nous sommes loin d’Attocha à Madrid ou même des gares prussiennes de Metz ou de Strasbourg… ou même de la poésie de Central Station au Caire.

Journée commencée tôt aux nouveaux et provisoires bureaux de l’association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps rue du Dr. Lancereaux pour signer la demande de subvention à Yves de Gaulle avec un projet de budget tel que nous l’avons défini hier soir à La Défense avec Philippe Capron, dernières cartes de vœux, discussion avec Lina Sbeih sur le classement du fonds Goby, avec Marie-Pierre Diquelou sur les archives de l’association, avec Claudine Auger sur l’administration générale. La qualité de fondation nous est contestée par un juriste qui se dit spécialisé : fatigant…

11h30. Cafétéria du musée de l’architecture et du patrimoine, au Trocadéro, où je retrouve Mohamed Tawaf désormais en doctorat à l’école des chartes ; il arrive du Yémen où il a rencontré le Qadi Abou el-Rijal : le projet de bâtiment neuf court toujours avec une main mise par les Allemands autour de Wolf Buchman ; il n’en sait ou dit pas beaucoup plus. Je l’invite à assister au colloque des archives d’entreprises que nous organisons dans la nouvelle tour GDF SUEZ dite T1 à La Défense le 3 février prochain.

12h30. Café de l’homme au musée de l’homme : déjeuner à l’invitation de Jean-Philippe Bernard avec Mme Chaix, professeure à Paris II Assas en mathématique et géostratégie ou quelque chose comme cela : elle est ancien auditeur de l’Ihedn,  et l’ancien ambassadeur  au Panama, Christophe Philibert qui m’offre son second recueil d’aquarelles sur les chemins de fer américains ; membre aussi de la Société de Géographie, il me promet de ré adhérer à notre association qu’il avait quittée en raison d’un différent avec le général Rousseau sur Panama. Il m’invite surtout chez lui à Ankara à ‘occasion de l’inauguration d’une exposition de ses aquarelles : nous partageons un grand intérêt pour la Turque, pays en pleine expansion alors qu’il est incroyablement décrié – à tord – en France. Après le repas, nous poursuivons notre conversation dans un café de la place du Trocadéro. Je devais ensuite rejoindre Philippe Capron rue d’Astorg mais notre rendez-vous est déplacé et je termine l’après midi au Starbuck de Saint-Philippe du Roule avant de rallier la gare du Nord.

Jeudi 3 février 2011. Paris La Défense.

Journée d’étude de l’Association des archivistes français, section des archives d’entreprise présidée par Laurent Ducol, actuellement chez Ernst and Young, précédemment à la Ratp d’où il m’avait bien aidé pour le master en archivistique de Saint-Quentin en Yvelines ; nous nous sommes enfin croisée l’un après l’autre, lui après moi aux Comores et en Éthiopie : cela établit des liens… GDF Suez est la puissance invitante en même temps que l’association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez qui acquiert là une bonne visibilité ; cent quarante archivistes professionnels sont inscrits, en provenance des entreprises les plus diverses et variées : Saint-Gobain avec Maurice Hamon, Henri Zuber pour la Sncf, et puis Total, les laboratoires Fabre, Aventis, Allianz, les Houillères de Lorraine etc. J’ouvre avec un exposé sur les archives de la compagnie universelle du canal maritime de Suez, suivi par Philipe Capron pour la suite des différentes fusion-acquisition de Suez jusqu’à GDF Suez. Mohamed Tawaf, notre collègue yéménite assiste à l’ensemble de cette journée ; il est actuellement en doctorat d’archivistique à l’École des chartes. Christine Martinez, actuellement au Conseil international des archives me donne des nouvelles de la dernière réunion de la branche arabe du CIA qui s’est réunie en décembre dernier au Caire où j’avais failli moi-même aller.

Je suis de très près l’actualité des événements en Égypte où cela va de mal en pis après les premières journées euphoriques ; un message d’Arnaud du Boistesselin, photographe en résidence au Caire est angoissant ; l’insécurité touche les appartements eux-mêmes alors que la police, détestée et pourchassée, a disparu.

Dimanche 13 février 2011. Mireval.

10h. Messe à Prouilhe avec François ; nous y retrouvons comme d’habitude Jacqueline Ramière de Fortanier, Catherine et Henri Géli, Anne-Marie Noël etc. Retour par Fanjeaux où nous nous arrêtons au café et revenons par La Cassaigne, Laurac et Laurabuc magnifiques dans une légère brume.

Journée en grande partie passée à consulter Facebook où les Égyptiens ont repris leur commerce ; avec Ismaïl Serageldin en particulier, le directeur charismatique de la Bibliotheca Alexandrina, et l’ancien ambassadeur Aly Maher qui me demande d’adhérer à la campagne de signatures pour que la jeunesse égyptienne reçoive le prix Nobel de la Paix, ce que je fais alors que le chiffre de 1.500 n’est pas encore atteint.

Travail dans le jardin avec François.

Maguelonne passe rapidement avec Laure et Raphaëlle ; elle envisage de recevoir ses amis à Mireval le 11 juin prochain en inaugurant ainsi la rénovation de la remise et de l’écurie ; elle m’emprunte pour cela le Bottin Mondain.

Lundi 14 février 2011. Castelnaudary et Mireval.

7h30 au marché avec François : grand café dit café vert où nous retrouvons Pascal Gorgues qui m’assure que les ordres de travail pour la rénovation de l’écurie sont bien partis pour le menuisier Hunt et pour l’entreprise de construction ECB d’Alain Bouissou ; il passera ce soir à Mireval pour faire le point. Plus loin, nous allons saluer Ludovic Dauriac à son stand de légumes, à côté du pépiniériste de Ricaud que nous étions allé voir la semaine dernière avec Yves Moisdon.

9h. En rentrant à Mireval, je trouve l’entreprise Akrosystem qui vient récupérer les billes de bois d’Hélianthe et terminer d’élaguer le grand pin d’Alep dont une branche risque d’endommager la toiture de l’écurie.

Actualités d’Égypte : les événements ont l’air de se calmer ; la presse se met à parler d’autre chose… Anne-Elisabeth Elwy a adhéré à la campagne pour que la jeunesse égyptienne reçoive le prix Nobel de la paix ; déjà plus de trois mille signatures.

Lundi 21 mars 2011. Mireval.

De 7h30 à 8h30 au marché de Castelnaudary avec François qui y a ses rites.

Journée en grande partie passée dans le parc par un temps de printemps merveilleux : lauriers tins en fleurs blanches, comme les mahonias jaunes et quelque violettes encore existantes. Les rosiers sortent leurs bourgeons à qui mieux-mieux.

Mardi 22 mars 2011. Maurémont et Castelnaudary.

Déjeuner fort agréable au château de Maurémont, près de Villefranche de Lauragais, à l’invitation de Jean de Rigaud et de son épouse née Bénédicte de Cibeins, avec Xavier de Boisséson, une Mme de Malphette qui doit être une de ses belles-sœurs, et un ménage dont l’épouse est une Jammes de Lagoutine. Retrouvailles très sympathiques avec le « tout Toulouse » des années 60 à l’époque où tout le monde cousinait entre les Boisséson et les Bazelaire, alors que l’on se souvenait encore de grand père directeur de la Banque de France qui avait pris sa retraite au 1 de la place Sainte-Scarbe, tout près du 12 de la rue Vélane où Me Puntous nous avait trouvé un appartement chez Mme de Tapi née Triniac… Tour de parc magnifique ; j’admire l’immense façade de brique rose dont les contrevents sont refaits et repeints à neuf. Jean de Rigaud m’offre trois œufs d’oies sauvages. Il me fait admirer deux portraits de la famille de Saint-Félix-Maurémont récemment rachetés chez Drouot et qui ont retrouvé leur place auprès du grand portrait de l’amiral de Saint-Félix, ancien maître des lieux.

J’ai juste le temps de revenir sur Castelnaudary chercher François à son atelier qu’il quitte à 17h15 pour l’amener chez son orthophoniste, notre cousine Béatrice Sirdey.

A 18h à la mairie pour la cérémonie officielle de remise des brioches des handicapés au maire de la ville, Patrick Mogard : photo de François dans ses bras… Le bonheur !

Mercredi 23 mars 2011. Mireval et Carcassonne.

Carcassonne : dîner annuel du conseil d’administration de la Société d’études scientifiques de l’Aude au restaurant l’Écurie ; j’y retrouve Me de Capella et son épouse, Marie-Rose Viala, le général Olagnier, Jean Cau, Michel Prun, Roubion etc. Peytavie, le président en exercice n’est pas là : directeur du Centre d’études cathares déclaré en faillite, il est désormais au chômage.

Je quitte rapidement pour rejoindre directement la gare de Carcassonne où je prends mon train couchettes pour Paris.

Jeudi 24 mars 2011. Paris.

Arrivée 7h30 à Austerlitz ; je vais prendre ma douche et mon petit déjeuner à Versailles chez Florent qui travaille en ce moment chez lui, ravi d’avoir gagné un autre Ipad à un concours informatique.

14h. 26 rue des Francs-Bourgeois aux Archives nationales pour le groupe de travail sur la valorisation des archives privées du Conseil supérieur des Archives. J’y retrouve outre Jacques Pérot qui m’y a fait inscrire, Christine de Joux, Hélène Say actuellement archiviste de la Meurthe et Moselle à Nancy, Olivier Mellerio et l’archiviste d’Arcellormital, Nathalie Legrand. Nous avons des exposés de Bernard Barbiche sur les archives de l’église de France, et de David Peyceré qui est toujours aux archives de l’Institut français d’architecture.

Je suis à la fois heureux et assez ému de me retrouver comme cela en visiteur quasi anonyme dans ces beaux locaux que j’ai fréquentés quotidiennement pendant dix années du temps de Jean et de Lucie Favier (1984-1994). Coup d’œil sur le jardin de mon ancien bureau de l’inspection générale qui, depuis, a quitté les lieux etc.

18h à La Défense, Tour T1 de GDF SUEZ pour notre assemblée générale pour laquelle une trentaine d’adhérents a eu le courage de s’aventurer dans un quartier particulièrement peu connu des Parisiens ; locaux fastueux tout de même que je tenais à leur faire connaître. Les Toussoun, Emmanuel de Vogüé, Patrick et Isabelle Billioud, Pierre Volait, Anne de Lesseps, Mme de Jenlis et son fils Arnaud, l’ambassadeur Pierre Hunt, ambiance chaleureuse poursuivie par un verre de Champagne servi dans le foyer. Il nous manquait en particulier Jean-Paul Calon hospitalisé et dont le moral ne va pas bien, Jean Pouchol très fatigué également de même que Jean Mesnet ; Gabriel de Bérard avait son assemblée générale de copropriétaires de son immeuble de Neuilly, et Jean-Philippe Bernard était en Belgique.

Retour à pied de nuit entre les gares rive droite et Chantiers de Versailles. Cela me fait du bien après la tension inhérente à ce genre de manifestation qui peut déraper à tout instant.

Vendredi 25 mars 2011. Paris et Versailles.

Matinée tranquille chez Florent qui travailla aussi chez lui : tous les deux sur nos ordinateurs autour de la table ronde en bois blanc. Il me donne sa tablette Apple Ipad pour François après y avoir enregistré jeux et animations adaptées ; j’en profiterai largement moi aussi à Mireval ne serait-ce que pour lire mon journal et continuer à progresser dans le monde informatique qui évolue sans cesse et par rapport auquel je ne veux pas être trop rapidement déphasé. L’Ipad2 sort aujourd’hui au même prix que son prédécesseur !

14h rapide passage à la Société générale du boulevard de Courcelles pour récupérer la carte bancaire de l’association : je prends rendez-vous avec notre correspondant pour la semaine prochaine pour essayer de comprendre un peu mieux quelle y est la gestion de notre compte par où transitent des sommes relativement importantes depuis que nous avons développé les relations internationales.

15h à K8 rue du Dr Lancereaux pour une réunion de travail avec Philippe Capron et les professeurs Beltran et Williot pour organiser et développer la recherche dans nos fonds historiques ; il est décidé de créer un comité scientifique international dès l’an prochain et de proposer à GDF SUEZ la constitution cette année-même d’une bourse de master afin d’avoir à notre disposition un jeune chercheur qui travaillerait sur place dans nos nouveaux locaux de la rue d’Astorg qu’il faudra bien animer d’une façon ou d’une autre lorsque Lina Sbeih et Marie-Pierre Diquelou nous auront quittés. Par la suite, c’est une convention de financement d’une thèse de doctorat que nous tenterons de mettre en place. Cela correspond précisément à la fin du travail de quatre années du groupe Isthme de Mercedes Volait qui remettra ses travaux et la documentation constituée à cette occasion lors d’un colloque programmé à Ismaïlia en octobre prochain et que rien pour l’instant ne laisse supposer qu’il serait reporté.

Soirée avec Florent chez lui toujours autour de nos ordinateurs qui s’accumulent dans sa grande pièce aux trois fenêtres débordant de lumière.

Ahmed Youssef m’appelle pour organiser un rendez-vous mardi prochain afin de me tenir au courant du mois et demi qu’il vient de passer en Égypte ; il me laisse entendre qu’il est prêt à avoir là bas un « destin national ». Rien n’est et ne sera plus pareil là-bas désormais ; on s’imagine mal l’inverse… Il fait allusion également aux recettes du canal de Suez : un scandale de plus ?

M. Véra, notre voisin de la ferme du Noyer près de Crabonégado m’avertit que le tracteur Fiat 550 est presque prêt ; il souhaite mon accord pour installer un compte tours neuf ainsi qu’une pièce électrique importante qui serait en train de défaillir  (l’alternateur ?) ; j’accepte sans hésiter car il s’agit d’un très bel outil qui mérite d’être remis en état de fonds en comble alors que l’expertise du grand garage Lavail à Revel, recommandé par Germain Noël, nous le présentait comme inutilisable avec une réparation dépassant largement les cinq mille euros. Je compte le reprendre dès demain soir à mon retour de Versailles, et l’essayer durant le weekend. Jean-Manuel suit la question de très près également.

Samedi 26 mars 2011. Matin en TGV via Narbonne et soirée à Mireval.

 Lever 5h à Versailles : je prends mon petit déjeuner avec Florent qui ne s’est pas couché, toujours heureux sur son ordinateur… Il est satisfait de l’acquisition de son système par la Banque de France : je lui remémore ses aïeux à « La Banque » : le marquis de Ploeuc qui en fut sous-gouverneur à l’époque de la Commune de Paris, et mon grand-père Henry Ramière, directeur à Perpignan, Montpellier et enfin Toulouse où il devança sa retraite au moment du Front populaire qui nationalisa ce symbole du capitalisme et des cent familles…

7h20, départ de la Gare de Lyon.

10h. Grand beau toujours du côté des Alpilles alors qu’Évelyne m’annonce un temps couvert sur Mireval avec une mauvaise météo pour toute la semaine : elle en profite pour planter des fleurs qui seront arrosées naturellement. François passe la journée à Carcassonne avec son groupe de Foi et Lumière. Demain dimanche, je l’accompagnerai à Cugnaux, près de Toulouse, pour répéter son spectacle avec Domino. Il ne manque pas d’occupations de qualité, et exprime un enthousiasme qui fait plaisir à voir.

10h05. Nous arrivons en gare de Nîmes en longeant le cimetière où reposent les parents de Luce. Passé et présent se superposent ici paisiblement. Dans ce pays nîmois, cyprès et pins d’Alep n’ont rien de funèbre.

12h30. La voiture est toujours là à m’attendre le long du canal, dans le quartier de la gare de Carcassonne ; parking gratuit : une rareté de nos jours…

Temps merveilleux en fait à Mireval où je fais le tour des plantations récentes. M. Vera m’appelle pour que j’aille reprendre à Laurabuc notre tracteur Fiat 550 enfin réparé et surtout nettoyé de fonds en comble : d’après lui, le filtre à huile serait d’origine… L’alternateur changé, les injecteurs débouchés, une durite remplacée, révision générale ; je rentre triomphant à la maison avec un vieux serviteur dont on avait sonné la retraite trop tôt.

17h. Peter Katan me ramène François qui a passé la journée à Carcassonne avec son groupe Foi et Lumière qu’il aime bien. Je lui remets l’Ipad, cadeau de Florent : il est aux anges…

Bonne soupe court bouillon au jarret de veau réchauffée au coin du feu, et au lit.

A la télévision : Égypte, Tunisie, Lybie, Côte d’Ivoire, tsunami et alerte nucléaire au Japon ; demain, c’est le second tour des élections cantonales. Tout semble déréglé ; personne ne croit plus au progrès ; les écologistes progressent. Dans les années 80, il y avait une alternance possible ; aujourd’hui, où est-elle ?

Dimanche 27 mars 2011. Domino à Cugnaux.

Journée de répétition pour François à Cugnaux, près de Toulouse, où je l’accompagne en Saxo et reste pour déjeuner ; je travaille sur une petite table dans une ambiance monastique… Nous faisons le point avec Yves Moisdon sur les plantations du parc de Mireval. Retour sous la pluie.

Train pour Paris à 23h59. Une demi-heure de retard non annoncé à poiroter à la gare dans l’humidité d’une nuit pluvieuse.

Lundi 28 mars 2011. Versailles-Paris.

Matinée chez Florent à accuser le coup d’une nuit qui aurait pu être meilleure.

13h. 4 rue d’Anjou, restaurant « le1738 » – ancien hôtel particulier qui hébergea le marquis de La Fayette, somptueusement restauré par un groupe américano japonais. Déjeuner en l’honneur du contre-amiral Bellec, ancien conservateur du musée de la Marine, président fondateur de l’académie de Marine, vice-président de la Société de Géographie etc. qui accepte très aimablement d’entrer à notre conseil d’administration. Je suis avec Philippe Capron et l’ingénieur général Jean-Philippe Bernard qui est à l’initiative de cette rencontre. Excellent moment qui compense largement certains moments de découragement.

16h30. Versailles. Conseil d’administration de la Société des amis où je suis réélu pour une durée de trois ans ; son développement est assez incroyable avec une dizaine de milliers d’adhérents. Outre le président en exercice Roland de l’Espée et Olivier de Rohan, j’y retrouve les architectes des monuments historiques Frédéric Didier et Lablaude, Jean-Michel Rainjeard, l’ambassadeur Jean Guénigou, Marcel Raynal très fatigué, Gérard Eskenazy , Anne de Lacretelle avec qui nous parlons de son fils Arnaud de Labriffe, le baron Guilhaume, ancien ambassadeur de Belgique et président du Grand parc de Versailles, le professeur Villard etc. Après la visite des restauration de la cour aux cerfs, nous rejoignons la salle de 1848 au delà de la galerie des Batailles, pour la cérémonie de départ à la retraite d’Anémone Wallet où elle me présente à ses neveux qui se trouvent être les héritiers de la comtesse Grefulhe, habitant dans les immeubles de la rue d’Astorg qui font face à Suez… Parenté Levert, Sellier, Wendel et descendants de cette Luce de Gourcy née La Bourdonnaye dont le grand portrait en grand robe rouge orne le château de Luz près d’Orléans où nous avions été reçus très chaleureusement, Luce et moi par la comtesse Wallet, dite tante Mitou.

Mardi 29 mars 2011. Versailles et Paris.

Nouvelle matinée studieuse chez Florent à préparer ma communication sur les archives des villes nouvelles.

12h. rendez-vous 11 bd Malesherbes avec le gestionnaire de notre compte à la Société générale pour préparer la prise en main de Jean-Philippe Bernard, notre nouveau vice-président trésorier.

Café à une terrasse avenue de Friedland où je tente de faire le point de tout ce qu’il me reste à faire, y compris pour les travaux dans l’ancienne écurie de Mireval. Tout le personnel et la clientèle porte la Kipa et me regarde d’une façon bizarre avec mon Stetson sur la tête…

Message de Mme de Peyronnet-Dryden, de l’institut culturel allemand, qui me demande de présider la séance française du colloque qu’elle organise le 23 mai sur les archives nobiliaires ; nous nous étions rencontrés en 2002 à la fondation Singer-Polignac dont elle a conservé le souvenir de mon exposé sur les archives du château de Thoiry.

Mais je suis aussi poursuivi par Loïc Vadelorge et par Marie-Noëlle Munier qui pleurent après les textes que je leur ai promis et dont je n’arrive pas à accoucher ; mon éternelle difficulté à achever une rédaction…

15h30. Drugstore des Champs Élysées où je retrouve le prince Hussein Toussoun en attendant le Dr. Ahmed Youssef toujours largement en retard. Lorsque ce dernier arrive enfin, il est fêté par le personnel qui vient l’embrasser, des jeunes femmes de toutes origines, essentiellement arabes et africaines, parlant arabe comme je l’avais remarqué la dernière fois ; la caissière, blonde, elle, arbore une énorme montre bracelet en or. Il nous tient au courant des principaux événements qui se passent en ce moment en Égypte où l’ancien ministre médiatique de la culture Farouk Hosny serait en résidence surveillée ; c’est notre hôte égyptien qui nous avait reçu au Conseil suprême de la culture en juillet dernier qui le remplace au moins provisoirement : il avait rédigé en termes très nassériens  la postface de sa biographie en arabe de Ferdinand de Lesseps; nous convenons de solliciter de sa part un rendez-vous au plus tôt pour intervenir en faveur du projet de musée du canal à Ismaïlia d’où le PND (parti national démocratique) est parti, laissant enfin libres les anciens locaux administratifs de la Compagnie universelle analysés en leur temps par Bruno Chauffert-Yvart. Le bruit court que le ministère de la culture les aurait d’ores et déjà récupérés. Ce pourrait être pour le 8 avril, c’est-à-dire dans à peine plus d’une semaine. A la Bibliothèque d’Alexandrie, Ismaïl Serageldin aurait des ennuis en raison des importants comptes occultes de Suzanne Moubarak et de l’ancien président lui-même. Ahmed Youssef est enfin redevenu correspondant d’Al Ahram à Paris et en tant que tel dispose au Caire d’un bureau au septième étage du siège du journal ; Mohamed Salmawy et Shérif Shoubashi y seraient assis entre deux chaises mais toujours bien en place.

Ahmed Youssef a également un projet grandiose comme lui seul sait les mener, dans la petite ville de Woippy, près de Metz, dont le maire UMP vient d’être réélu largement devant le candidat Front national. Il nous y invite pour le 20 mai prochain. Je lui parle de mes racines messines, de mon grand père Paul de Bazelaire qui a fait partie des « optant » de 1871, de ma mère ancienne élève du Sacré Cœur de Montigny-lès-Metz etc.

20h. Dîner à Versailles avec Emma et Florent.

Jeudi 30 mars 2011. Versailles.

Journée de travail chez Florent.

Je lis un article de Mohamed Salmawy dans Al-Ahram hebdo de ce jour à propos de Bernard Lewis qu’il considère comme absolument dépassé et responsable du concept que la démocratie serait incompatible avec la mentalité islamique.

Opinion

Les théories qui sont tombées à Tahrir
Mohamed Salmawy

Il est incorrect de dire que la révolution du 25 janvier a été déclenchée essentiellement pour renverser le régime. Bien qu’elle ait bel et bien renversé la tête du régime, d’une manière surprenante, il n’en demeure pas moins qu’elle a fait de même avec de nombreuses théories politiques qui prédominaient sur l’Egypte et le monde arabe.

Ces dites théories tiraient leur force de l’esprit rétrograde et arriéré du grand orientaliste Bernard Lewis, le professeur à l’Université de Princeton, qui a rédigé plus de 40 livres sur l’islam et le monde arabe dans lesquels il a affirmé que l’islam est, par sa nature, hostile à la démocratie et que les Etats arabes ne pouvaient être gouvernés que par la dictature. Il est allé même jusqu’à dire que le monde arabe se trouvera plus enclin à appliquer les régimes communistes totalitaires qui sont nettement loin de la démocratie. Il s’agit là des théories qui ont façonné les politiques occidentales orientées vers le monde arabe tout au long des années de la guerre froide.

Lundi 18 avril 2011. Paris.

9h. Brasserie des Invalides. Rendez-vous avec Mohamed Tawaf qui me donne des nouvelles du Yémen ; il insiste sur le fait qu’une bonne partie des manifestations sont en faveur du président Saleh ; quant aux Archives nationales, j’ai compris que le chantier avait commencé mais se trouvait toujours en panne de crédits. Le souci principal exprimé par Mohamed Tawaf est le maintien de l’unité de son pays : il fait observer que si le Nord et le Sud se séparaient à nouveau, la région est de l’Hadramaout en ferait de même. Quant à lui il se dit toujours aussi satisfait de la préparation de son doctorat en archivistique à l’école des chartes dont il loue beaucoup l’enseignement de Christine Nougaret.

14h. Réunion du bureau de la nouvelle section nationale de la Propriété rurale, 11 rue de La Baume, dont je suis désormais secrétaire général adjoint Josiane Béliard ayant pris la présidence à la suite de Michel de Beaumesnil qui demeure au bureau. Bien que je ne sois pas un grand spécialiste, je constate que cette voie syndicale agricole à laquelle je n’étais pas destiné naturellement fonctionne relativement bien, faute de candidature alternative probablement…

Mardi 19 avril 2011. Paris-Versailles.

Lever 7h30. Rapide passage rue Colbert à la banque Palatine où je retire un carnet de chèques de François échoué ici on ne sait trop pourquoi puisque nos comptes ont été transférés à Toulouse depuis longtemps maintenant. Passage avec un pincement au cœur sous les fenêtres de notre appartement de la Grande écurie : suis-je/sommes-nous toujours les mêmes ? Grand beau au pied de la statue du roi soleil désormais au bord de l‘avenue.

10h-17h : Section nationale de la Propriété rurale (Snpr), 11 rue de la Baume à Paris : conseil d’administration où je connais maintenant presque tout le monde : Abel de Rubercy, Pierre Gay, Michel de Beaumesnil, Josiane Béliard etc.

17h30 à la Défense, tour T1 de Gdf Suez où je retrouve Philippe Capron et Claudine Auger pour préparer le compte rendu de notre dernière assemblée générale et envisager le déroulement – toujours problématique – de notre dernier [ ?] déménagement vers la rue d’Astorg. Marie-Pierre Diquelou et Lina Sbeih nous quittent ce mois-ci et Philippe Capron panique à l’idée de tout déplacer en si peu de temps. Je vais reprendre contact avec Yasmina Boudhar à propos de l’aménagement des collections iconographiques.

Dîner relevé chez Florent : onglet de bœuf, petits pois, vin rouge Roche-Mazet, fromage de chèvre.

21h34 RER pour Paris-Austerlitz.

22h5 train de nuit pour Toulouse.

Mercredi 20 avril 2011. Mireval.

7h TER Toulouse-Castelnaudary : quinze minutes de retard à attendre sur le quai en plein courant d’air. Achat rituel de pain aux céréales chez Paul. Rédaction de mon diaire en profitant du soleil levant sur de rares nuages : nous aurons encore une belle journée.

Jeudi, 21 avril 2011. Lourdes.

J’accompagne François à Lourdes en voiture par la Piège jusqu’à Auterive en passant par Plaigne, Belpech, Mazère et Auterive et ensuite par l’autoroute d’où la vue sur le pic du Midi est stupéfiante.

A Lourdes vers dix heures où nous retrouvons la communauté Foi et Lumière de la paroisse Sainte-Bernadette de Versailles. François y est accueilli comme un revenant ; on se souvient de ses photos de l’an dernier à Bordeaux. Le père Olivier Leborgne, vicaire apostolique de Versailles, qui a bien connu Luce et les Musseau, préside la délégation avec l’évêque de Nanterre. Ambiance parfaite : Peuple de Saints.

Vendredi 22 avril 2011. Mireval.

Journée à vaquer aux occupations quotidiennes : jardin, déplacement de livres et de cadres de l’écurie vers la vieille maison : je retrouve des correspondances de Tinou Dumont de 1995 : elle nous écrivait alors presque tous les mois ; amitié solide, ancienne, profonde, marseillaise… Je mets de côté aussi les enveloppes timbrées. Je retrouve la photo du congrès de 1988 où je figure à côté de François Mitterand et beaucoup d’autres ; s’agit-il de la même vie ?

Travail dans le jardin ; munch (paillis en français), chasse aux lianes, arrosage, quelques branches à couper avec les cisailles, attaque au pic de la souche de laurines laissée par Hébrard devant la serre ; et à Crabo aussi où je passe la tondeuse AS Motors jusqu’à ce qu’elle ne s’arrête ; je la ramène à Mireval où le travail ne manque pas non plus.

Le vent marin dure depuis quelques jours et rend la vie difficile ; heureusement qu’il s’arrête vers vingt heures donnant la place à une pluie fine s’apparentant plutôt à de l’humidité qui fait du bien à la végétation. J’ai acheté aujourd’hui à GamVert cinq géraniums pour donner de la couleur aux pieds des palmiers de l’allée de la serre.

Samedi 23 avril 2011. Mireval.

Surprise : Florent vient passer le grand weekend de Pâques à Mireval pour aider Jean-Manuel dans ses travaux à la maison du jardinier, à la construction en bois de la piscine en particulier. Il est seul, Emma étant en ce moment avec sa mère en Irlande. Je ne bouge pas de la maison. Gros orage.

Dimanche 24 avril 2011. Lourdes.

Lever 5h30 et départ pour Lourdes en Saxo ; le temps se lève au fur et à mesure où je progresse vers l’ouest et les Pyrénées centrales apparaissent dans toute leur magnificence au milieu de nuages qui contribuent à la solennité du paysage.

Je retrouve l’équipe Etoile du Berger de Foi et Lumière de Versailles à l’hôtel de la Providence et vais directement rejoindre François dans la basilique Saint-Pie-X qui est remplie de pèlerins tous plus handicapés les uns que les autres ; je redécouvre Lourdes sous un aspect que j’avais ignoré jusqu’à présent, et la vrai foi, celle des pauvres, des petits, de ce qui n’est pas accessible aux riches…

Après midi consacrée à une célébration festive du quarantième anniversaire de la création de Foi et Lumière suivie d’un lâcher de ballon. François retrouve miraculeusement son ancienne référente de Maule, Carmen, et aussi la famille Berger que nous avions perdue de vue mais dont il parle souvent. Bilan vraiment très positif.

Au retour immense arc en ciel au dessus d’Avignonnet dans un paysage ravagé par les inondations des jours précédents.

Lundi 25 avril 2011. Mireval et Crabo.

Journée passée chez les Dubrulle avec Florent, François et Marie-Lys ; recherche traditionnelle des œufs de Pâques. Dîner à la maison du jardinier avec Marie-Sophie et Jean-Manuel. Famille.

23h59. Départ de Florent par le train de nuit.

Mercredi 27 avril 2011. Mireval.

Invité à La Pomarède par Mme Bonnemaison, veuve de l’amiral, née La Motte-Saint-Pierre et cousine des Laurent-Castelet, je me trompe d’heure et me pointe chez elle à 20h alors qu’il s’agissait d’un déjeuner… Belle promenade tout de même dans un secteur proche de Mireval mais que je connais mal.

Jeudi 28 avril 2011. Paris.

Déjeuner chez Suez rue du Dr. Lancereaux avec Ahmed Youssef et le prince Hussein Toussoun : nous commentons l’actualité et travaillons sur le projet de musée à Ismaïlia.

17h. Résidence de l’ambassadeur de Russie, 79 rue de Grenelle. Exposition des œuvres de Serebriakova et de Lanceray avec les administrateurs de la fondation Serebriakoff réconciliés pour l’occasion, dans un décor somptueux aux dorures pétard dignes des palais pétersbourgeois. J’y retrouve aussi la veuve de Paul de Saint-Hippolyte et Béatrice de Guillenchmidt, fille de Robert de Boisséson, qui est au Conseil constitutionnel.

Retour prolongé à Mireval où les Jean-Manuel sont en congés, à leur maison du jardinier.

Jeudi 5 mai 2011. Castelnaudary.

Je dépose mon testament chez Me Bruno Belloc, notaire à Castelnaudary, qui réside à Bagnères, ferme qui nous est voisine à Mireval. Je lègue à François l’écurie en cours de rénovation avec les champs qui la jouxtent au midi, à charge pour lui s’il demeure sans enfants, de le transmettre à Jean-Manuel ou aux descendants de ce dernier, cela afin de ne pas démembrer irrévocablement l’ensemble résidentiel de Mireval à l’intérieur de son parc.

Lundi 9 mai 2011. Mireval.

Réunion avec l’entreprise chargée par Erdf de la rénovation de la ligne électrique qui desserts la ferme et le château de Mireval ainsi que la maison du jardinier et, désormais, l’écurie. Il est convenu de l’enterrer depuis le ruisseau et de supprimer les trois consoles qui défigurent les façades ; le tout est de savoir à combien cela nous reviendra…

Jeudi 12 mai 2011. Carcassonne.

Académie des arts et sciences ; conférence sur les Cadets de Gascogne à Carcassonne en 1898, qui reprend ma publication du congrès des sociétés savantes de Toulouse en 2003. Guerre de monde, mais c’est un peu mon intronisation dans cette docte assemblée dont mon oncle Emmanuel avait été membre correspondant dans l’après Guerre.

Dimanche 15 mai 2011. Lagrasse.

Sortie des Vieilles Maison françaises dirigée par Jean Guiraud de Lévizac, au château de Cumiès et à l’abbaye de La Grasse, secteur que je découvre avec surprise car tout proche de Trèbes et de Carcassonne.

La famille de Calmels nous fait visiter son vieux château dont l’entretien semble figé au milieu du XIXème siècle avec les i en papier de la Restauration ; j’y retrouve avec surprise et émotion Marie-Hélène Sire, inspecteur général des monuments historiques dont le mari, universitaire, est proche parent des Calmels, eux-mêmes apparentés aux Lévis-Mirepoix et aux Ferluc. Régis Ramière participe activement à cette journée atypique et passionnante.

Mardi 17 mai 2011. Paris.

Rapide aller-retour à Paris entre deux trains de nuit pour préparer et présider le conseil d’administration de l’association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez qui a encore lieu à K8, rue du Dr. Lancereaux avant notre installation que nous espérons pour le mois de juin dans nos locaux historiques de la rue d’Astorg. Gabriel de Bérard et le contre-amiral Bellec y font leur première apparition depuis leur élection. Gros problèmes avec la Fondation de France dont on ne perçoit plus très bien à quoi elle sert, et discussion autour du prince Toussoun et du Dr. Ahmed Youssef sur les récents événements en Égypte. Important ordre du jour comme à l’accoutumé avec des administrateurs motivés et soucieux d’être bien informés. L’après Jean-Paul Calon commence à se roder ; ce dernier participe au début de la séance par conférence téléphonique ; il va globalement bien mais a de grosses difficultés à sortir de chez lui, plus que nonagénaire, toujours admirable de lucidité et d’optimisme.

Samedi 21 mai 2011. En TGV Bordeaux-Paris.

Ce matin lever à 4h ; en voiture à Toulouse où je prends le TGV pou Paris via Bordeaux afin de rejoindre Metz par la gare de l’Est : Ahmed Youssef m’invite à participer à un débat avec Jean Lacouture dans la cadre du festival méditerranéen des premières rencontres musicales Orient-Occident à Woippy dont il est le responsable ; invitation tardive et imprévue mais acceptée car, outre une vieille connivence avec le Dr. Ahmed Youssef, j’apprécie beaucoup Lacouture dont les articles et les ouvrages ont ponctué ma pénible découverte des problèmes de la décolonisation et du Moyen-Orient ; j’ai eu la chance de faire sa connaissance grâce à Ahmed Youssef qui a consacré un livre d’entretien à ce témoin privilégié, ancien élève des Jésuites de Bordeaux qui a aussi rédigé un ouvrage sur Montesquieu et la vigne… Je ne sais trop comment cela se passera cette après midi, mais j’ai l’intuition que cela en vaut le coup d’autant que Jean Lacouture se fait âgé. Je suis aussi curieux de retrouver la Lorraine messine dont sont originaires les Bazelaire : ma mère a été élevée au Sacré-Cœur de Montigny-lès-Metz, et mon grand père est né au Ban-Saint-Martin-lès-Metz qu’il a dû quitter avec ses parents après la défaite de 1871. Moi-même, le Méditerranéen, je suis né à Nancy… De nos jours, Metz fait l’actualité avec le Centre Pompidou qui s’y est décentralisé avec succès.

Nous devrions débattre de la Méditerranée à l’heure des bouleversements actuels ; sujet qui ne me quitte pas depuis mes années marseillaises bien lointaines maintenant mais indélébiles. Comme pour me le rappeler, Madeleine et Louis Ravanas viennent de passer quelques jours à Mireval, pour la première fois depuis la mort de Luce : ils ne rajeunissent pas eux non plus, mais nous nous sommes retrouvés comme à l’époque de la Corniche, du Roucas-Blanc, de la Clémentine et de la traverse des Zéphyrs…

9h30. Angoulême : je me dis que mon trajet est bien compliqué pour rejoindre la Méditerranée à l’est de la France !

Mon projet est de rester ce weekend à Metz, de passer la nuit à Versailles chez Florent, de passer la journée de lundi à Paris où je dois présider à l’Institut culturel allemand une journée d’études sur les archives nobiliaires en France et en Allemagne. Retour nocturne sur Mireval pour préparer mon voyage en Égypte, participer à une réunion agricole à la Préfecture de Carcassonne, contrôler les travaux qui ont enfin commencés dans l’écurie, voir Maguelonne et François, souffler enfin un peu avant de m’envoler pour Alexandrie via Amsterdam mercredi matin. Je devrais rencontrer Emad. Abou Ghazi, nouveau ministre de la Culture, dès jeudi avec Ahmed Youssef qui me rappelait tantôt qu’il me connaissait déjà à travers mon rapport de 1993 pour l’Unesco sur les Archives égyptiennes ; je l’ai enfin déjà rencontré au mois de juillet dernier au Caire lors du colloque sur les saint-simoniens qui a s’est déroulé au Conseil suprême de la culture dont il était alors le directeur fort affable ; il nous avait accompagné au fort Kaitbay à Alexandrie. Il s’agit de l’intéresser au projet de musée du canal qui pourrait être créée à Ismaïlia dans les anciens locaux administratifs de la Compagnie universelle pour lesquels nous avions fait faire une étude à Bruno Chauffert-Yvart ; alors occupés par le PND, parti de Hosni Moubarak, ils sont désormais libérés et risquent à tout moment d’être à nouveau squattés par les uns ou les autres… il y a donc urgence. Je devrais m’y rendre la semaine prochaine pour faire le point. Tout bougeant décidemment à la fois en Égypte, je passerai également par Port-Saïd afin de faire un autre point sur l’ancien hôtel National pour lequel nous venons d’adopter le principe d’une intervention financière pour financer une étude de faisabilité d’une jeune architecte égyptienne recommandée par Mercedes Volait et Claudine Piaton, nos amies responsables du programme In Visu sur les villes du Canal de Suez. Quant au colloque organisé par Jean-Yves Empereur à Alexandrie, il est à nouveau consacré à la presse francophone en Égypte ; nous sommes concernés par le site du canal de Suez, cette presse ayant débuté à Port-Saïd à l’ombre de la Compagnie universelle ; il y en avait des collections complètes dans les archives de Suez, mais Philippe Capron a dû s’en dessaisir faute de place au profit de la BnF. Je vais enfin préparer le voyage de l’association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez jumelé avec le Cercle de la Mer, qui devrait avoir lieu début octobre prochain, la question étant quel degré de sécurité régnera alors dans le pays après les élections législatives et avant les présidentielles… Ahmed Youssef est très pessimiste ; Mercedes Volait pas du tout : qui croire ? Pour ma part, mon avis est d’y aller coute que coute pour manifester auprès de nos amis égyptiens combien nous sommes solidaires. A suivre…

Mardi 24 mai 2011. Mireval, Carcassonne.

Arrivé à Toulouse à 6h44, je récupère ma voiture au parking Sncf et arrive à Mireval  avant les ouvriers de l’Entreprise chaurienne de construction (ECB) qui posent le plancher béton dans l’écurie, et vais contrôler le travail des émondeurs qui continuent à purger le parc des repousses anarchiques  d’hélianthes autour de la serre et le long du ruisseau de la maison du jardinier, vers les figuiers.

10h. Préfecture à Carcassonne : installation de la toute novelle commission départementale de consommation des espaces agricoles où je siège en tant que représentant Fdsea des propriétaires ; cercle réduit où l’on bénéficie d’informations de première main sur l’évolution économique à long terme du département.

Retour rapide à Mireval où je fais le point sur toutes les instances administratives qui m’y attendent.

Pascal Gorgues, l’architecte de la rénovation de l’écurie, vient prendre mes consignes pour mon absence qui tombe mal en plein travaux, mais qu’y faire ?

Patrick Jarret, l’émondeur, passe également ; nous faisons des projets pour le parc que je reprends en main vigoureusement et… onéreusement, et prenons rendez-vous pour qu’il nettoie le puits du chêne, ce que nous n’avons jamais fait depuis note installation à Mireval. Il me confirme son impression que la tour que nous avons dégagée entre la serre et le tennis serait bien un ancien puits bouché.

J’arrose sous le grand cyprès près du bassin en trèfle, les lys qui commencent à se mettre en fleur quand je parts, et les plantations d’Yves Moisdon derrière l’écurie.

Mercredi 25 mai 2011. Mireval, Toulouse, Amsterdam, Le Caire, Alexandrie.

En vol KLM Toulouse-Amsterdam. Embraer 190. Appareil que j’emprunte pour la première fois, qui remplace parait-il les Fokker 100 ; moyen courrier dont l’intérieur rappelle un peu les anciennes Caravelles : deux sièges seulement de part et d’autre du couloir. Je suis confortablement installé près d’un hublot ; personne à côté de moi ; plantureux breakfast ; voyage qui commence bien. Régis Ramière m’a accompagné à Toulouse Blagnac avec sa voiture, ayant couché à Mireval pour partir à 4h après nous être levés à 3h1/2. Il me parle d’Amérique du Sud ; je l’entretiens du Moyen-Orient…  Une grève de taxi devrait bloquer la circulation à Toulouse comme dans le reste de la France mais à partir de 7h seulement ; la victoire est pour ceux qui se lèvent tôt…

Amsterdam-Schiphol : bel aéroport où l’on ne se sent pas perdu comme à Francfort ; j’y fais l’achat d’un carnet « molesquine » digne des globetrotteurs d’entant, les Hemingway, Paulhan et autres. Plaisir d’écrire, du beau papier…

Un nuage provenant d’une éruption volcanique en Islande devait bloquer la circulation aérienne de ce jour : nous passons à travers sans encombres et arrivons tranquillement avec notre petit Airbus bleu 737 de KLM sur un aéroport international du Caire quasi désert, bien différent de ce que nous avons connu jusqu’à présent. Les passagers sont vraiment cosmopolites à souhait : beaucoup de Chinois et de Sud Américains, Argentins.

J’arrive dans une Égypte nouvelle après les révoltes de la place Tahrir, cette même place où nous avions été accueillis par Leïla Enan il y a bientôt trente ans avec Luce et Brigitte de Greling-Sambucy : elle nous avait même reçus au cercle Tahrir censé être celui des officiers libres, compagnons des présidents Nasser et Sadate dont faisait partie son mari. D’une Révolution l’autre.

Passage rapide de la douane, et je trouve au premier rang Mohamed, mon chauffeur de taxi frété par Jean-Yves Empereur, avec une pancarte à mon nom. Limousine noire doté de l’air conditionné : il fait plus de 30°, on parle même de 38° au Caire que nous contournons par un boulevard (ring comme à Londres) qui contourne la citadelle par un trajet que je ne connaissais pas ; nous ne passons donc pas par la place Tahrir et les ponts qui ont fait l’actualité de ce printemps arabe. Les pyramides en revanche sont bien toujours là, gage d’un temps immobile d’une Égypte multimillénaire. Juste à côté, sur la route dite du désert qui mène à Alexandrie, « smart village » représente la face moderne et l’avenir industriel de l’Égypte d’aujourd’hui. Beaucoup de travaux routiers ; on construit un nombre incalculable d’échangeurs ; toujours autant de tôle froissée, parfois gravement, mais j’ai un excellent chauffeur : pas question de prendre le volant soi-même au milieu de tous ces véhicules gros et minuscules qui se croisent de tous les côtés en toute fluidité, enfin, en général…

Je retrouve Alexandrie au coucher de soleil avec ses banlieues interminables au milieu de lacs fétides en cours d’assèchement, d’usines fumantes et de taudis poussiéreux. Nous débouchons tout d’un coup sur la place du stadium – ancienne place Omar Toussoun – , entrapercevons le vieil immeuble du centre d’études alexandrines avec sa terrasse et ses espaliers de bois, et plongeons dans la rue Ptolémée où je m’installe avec soulagement dans l’appartement que Jean-Yves Empereur met à la disposition des chercheurs de passage : j’y ai mes habitudes, chose précieuse en voyage. Un chercheur français y est installé mais il y a largement la place avec trois chambres, deux salles de bain, cuisine, salon, salle à manger et une belle vue aux alentours du neuvième étage. Le trousseau de clés comporte celle du Centre d’études alexandrines voisin que je vais visiter aussitôt à la nuit tombante ; il s’y trouve en encore deux chercheurs qui me reconnaissent comme un habitué des lieux ; cela me remémore l’ambiance amicale et studieuse de l’Institut français d’archéologie orientale dans le palais Mounira du Caire lors de mon premier séjour dans le début des années 1980.

Au retour, je magasine : rue Fouad, changement de ma ligne de téléphone égyptienne Vodafone, l’abonnement précédent ayant été annulé faute d’appel pendant trois mois ; achat de nescafé, d’eau minérale et de pain de mie dans ne petite boutique de rue,  occasion de parler et de reprendre contact avec un quartier familier où les commerces sont ouverts jusqu’à 11h. J’appelle comme convenu Ahmed Youssef qui est en train de changer d’avion au Caire et qui arrivera cette nuit lui aussi à Alexandrie ; nous nous donnons rendez-vous pour demain. Contact également avec Évelyne qui tient la main avec François à Mireval. J’ai aussi Florent à Paris, qui, lui, se trouve du côté du Louvre.

Quartier silencieux : je dors comme un pape tout seul dans un grand lit…

Jeudi 26 mai 2011. Alexandrie.

Lever 7h30 ; petit déjeuner sur place. Travail sur mon ordinateur portable dans l’appartement jusqu’à 10h30 où je rejoins le CEAlex où il y a une connexion internet ; tout y est paisible, jeudi et vendredi étant jours fériés en pays musulman.

J’ai Hédi Picard, notre consul général de France, au téléphone : il m’invite au dîner de gala organisé ce soir par la Chambre de commerce franco égyptienne en l’honneur du centenaire de la construction du beau bâtiment actuel menacé de vente par un ministère français des Affaires étrangères toujours avide d’économies stupides. J’y retrouverai les Dr. Ahmed Youssef et Abbas Abou Gazhala ; le prince Hussein Toussoun absent, en fait partie : cela commence bien.

J’ai aussi au téléphone le docteur vétérinaire Mostapha Moussa de Port-Saïd, que j’informe de mon séjour en Égypte, lui demandant de bien vouloir organiser mon passage sur le canal de Suez et aussi de me faire réserver une chambre dans mon vieil hôtel de la Poste ; Pierre Affaroba, le directeur de l’Alliance française, est aujourd’hui au Caire : nous devons nous revoir ensemble pour parler aussi de la rénovation de l’hôtel National et préparer le voyage d’octobre prochain de l’association et du Cercle de la mer. Je n’appellerai pas Clémence à la Suez Canal Authority d’Ismaïlia avant ce samedi car nous sommes en plein weekend férié ; de même pour la Bibliotheca Alexandrina.

A Paris depuis GdfSuez, Philippe Capon continue à me tenir aucourant heure par heure de la marche de l’association ; téléphone et internet fonctionnent bien.

14h. Déjeuner sur la terrasse du centre ; j’y apprends avec extrême tristesse le décès de Loulou, vieux compagnon de plongée de Jean-Yves Empereur, qui nous préparait de fameuses bouillabaisses toulonnaises ; sa photographie trône sur le bar toujours aussi bien approvisionné en Pastis. Nous sommes une quinzaine autour de Marie-Lou Empereur : Jean-Yves, son mari, est parti en France jusqu’à jeudi prochain. Je reconnais au moins un tiers des convives dont  xxx  qui travaille à Roubaix sur la cartographie alexandrine, qui se dit très satisfaite de l’accueil qu’elle y reçoit notamment de Gersende Piernas ; elle doit y revenir prochainement. La conversation s’élargit et tourne autour du rôle de la Compagnie universelle dans la recherche archéologique de la région du canal, en particulier dans les années 1910 ; nous faisons allusion aux travaux et publications de Ginette Lacaze de la société d’égyptologie de Pau. Je souligne à cette occasion qu’à cette époque là c’était le prince d’Arenberg qui présidait la Compagnie universelle avant le marquis de Vogüé puis François Charles-Roux, tous membres de l’Institut ; je signale le travail de Lina Sbeih sur les archives de Jean-Édouard Goby, membre de l’Institut d’Égypte, ainsi que le classement des archives de l’association par Marie-Pierre Diquelou. J’apprends avec surprise et quelque doute que le musée archéologique de Suez voulu par Zaï Awas aurait dû être inauguré la semaine dernière ! Je parle enfin de nos propres projets pour un futur musée du canal à Ismaïlia dans les locaux abandonnés brutalement par le Parti national démocrate de l’ex président Moubarak. Il  a ici un monde intéressé par nos activités, proche de l’Ifao et de nos amis qui travaillent dans le groupe Isthme avec Mercedes Volait et Claudine Piaton qui sont bien connues ici. Un chercheur est britannique, une autre allemande, plusieurs égyptiens : excellente ambiance de carrefour culturel de très haut niveau.

Je reste l’après midi à travailler au calme dans la bibliothèque.

En nage, je passe à l’appartement prendre une douche et me changer pour me rendre à l’invitation du consul général de France.

19h. Je me présente parmi  les premiers dans le bel immeuble du consulat qui fête en ce moment son centenaire, ayant été reconstruit sur un terrain gagné sur la mer après le bombardement de 1882 qui a complètement rasé ce quartier central avec notamment les établissements français, dont la banque marseillaise Pastré. Il s’agit d’une somptueuse garden-party avec tables rondes, offerte par la Chambre de commerce franco-égyptienne, section d’Alexandrie, l’ancien  CAFÉ dont fait partie le prince Hussein Toussoun, absent aujourd’hui.  Nadine Doucet en est la directrice générale : nous échangeons nos cartes. J’y retrouve Ahmed Youssef et le ménage Abbas Abou Gazhala, ce qui fait que rapidement je suis présenté à pas mal de monde, des industriels généralement ; le consul général de la People’s Republic of China, Liu Aizhong,  est placé à côté de moi.

Nous nous entretenons en particulier avec Jean-François Fau, consul-adjoint, qui a rédigé la plaquette du centenaire, elle-même préfacée par le consul général Hédi Picquart qui donne un élément important en matière institutionnelle : « Depuis 2004, le consulat général de France à Alexandrie, de consulat traditionnel, est devenu un consulat général d’influence. Outre certaines missions traditionnelles de protection consulaire de la communauté française, la mission d’influence et de rayonnement qui lui est confiée porte sur les domaines politiques, économiques et culturels. Le consulat héberge ainsi la section alexandrine de la Chambre de Commerce Française en Égypte, et coopère étroitement avec l’Institut Français d’Égypte (connu comme Centre Culturel Français)… » Il conclut avec ses notes prospectives dans un contexte lourd de crainte de fermeture pour raisons d’économies : « Cet édifice consulaire, qui en son siècle d’existence a été, est, et demeurera le symbole de notre présence à Alexandrie, constitue un atout essentiel pour la conduite de notre mission d’influence dans la deuxième ville du pays, fenêtre méditerranéenne et vitrine francophone de l’Égypte moderne ».

Le consulat est attesté dès 1172 et en 1215, 3000 marchands francs résidaient à Alexandrie où leur présence fut compromise par la septième croisade de Louis IX. Au XVIème siècle le prévôt municipal des marchands devient un officier du roi dont toute activité commerciale est interdite à partir de 1618 ; en contrepartie il perçoit une rémunération dont la charge est confiée à la Chambre de commerce de Marseille qui lève à cet effet un droit proportionnel de 2% de la valeur des marchandises débarquées ou embarquées des navires français.

Le marseillais Jean-André Magallon est consul de 1795 à 1803. C’est Bernardino Drovetti, turinois d’origine, qui est consul sous l’Empire et la Restauration à partir du 2 juin 1803. Mathieu de Lesseps, lui, est consul général au Caire lorsqu’en 1804 un attentat est perpétré contre le consulat général de France : il se réfugie alors à Alexandrie d’où il demande à Talleyrand d’être relevé de ses fonctions, ce qui fut fait un mois plus tard, en novembre 1804.

« En 1832, celui que Gambetta surnomma « le Grand Français », Ferdinand de Lesseps fut nommé vice-consul à Alexandrie. Afin de patienter pendant la quarantaine du navire qui l’avait conduit à bon port, Mimaut lui envoya quelques livres, parmi lesquels les mémoires de Jean-Marie Le Père, un ingénieur qui avait été chargé par Bonaparte d’étudier un projet de percement de l’isthme de Suez lors de l’expédition d’Égypte. De cette lecture, et de la rencontre avec les saint-simoniens, serait née, dans l’imagination de Lesseps, le projet du Canal de Suez. De Lesseps séjourna un an à Alexandrie où ses fonctions furent essentiellement d’ordre commercial ; le 27 octobre 1833, il fut nommé Consul de France au Caire ». (p.31) Le consulat d’Alexandrie est alors supprimé jusqu’au 14 septembre 1876.

Amoury de Lacretelle est consul  de 1892 à 1897. En 1956, c’est Guy Monod qui est consul au moment de l’affaire de Suez ; le consulat n’est rouvert qu’en 1963. Gilles Gauthier est consul de 1999 à 2003 à la suite de Jean-Pierre Castella, Louis Blin de 2003 à 2005, Marie-Christine Glas de 2005 à 2008, et Hédi Picquart est en poste depuis lors.

Les bruits les plus fous circulent quant à une éventuelle fermeture du consulat d’Alexandrie pour raisons d’économie : ils ne paraissent pas fondés en l’état actuel. Pourtant, cette soirée de gala en tenue de soirée avec les bijoux de toutes ces femmes de riches entrepreneurs qui dansent au son de la musique techno, parait décalée avec ce que l’on sait de l’Égypte d’aujourd’hui et de la foule qui se presse derrière les hauts murs de protection de ce luxueux oasis artificiel dont les immenses palmiers semblent assurer la jonction avec le ciel.

Le bruit de la musique finissant par empêcher les conversations, je consulte mes messages sur mon I phone et tombe sur une alerte Google qui reprend un le Guide du Routard quant à l’inauguration hier du musée archéologique de Suez pour lequel le ministre Zaï Awas nous avait sollicités. Cela correspond au rapport de Michel Colardelle sur lequel a travaillé Yasmina Boudhar ; mais nous n’en avions plus entendu parler jusqu’au communiqué de presse annonçant le retour de Zaï Awas. Interrogée récemment lors de l’exposition à l’Inha des photos d’escaliers de Tunis par Arnaud de Boistesselin, Claudine Piaton qui dirige pourtant la publication sur la ville de Suez, nous avait dit n’être au courant de rien. Encore un point à vérifier ; faiblesse de notre réseau d’informateurs…

Retour de nuit en partie à pied, en partie en taxi, avec les Abou Gazhala qui m’invitent à passer la journée de samedi prochain avec eux. S’ils sont dans l’expectative pour ce vendredi où de nouvelles manifestations sont annoncées, la soirée est parfaitement calme ; ils me font observer que les vendeurs à la sauvette au milieu même de la chaussée sont un phénomène nouveau depuis la disparition de la police. Ils me racontent que nombre de policiers ont quitté leur service en raison de l’impopularité dans laquelle les tient la population ; d’où la recrudescence des petits larcins et de l’incivilité qui donne cette impression partagée d’une montée de la violence qui, d’après Hédi Picquart, demeure néanmoins moindre que dans les métropoles équivalentes. C’est en tout cas l’heure où il fait bon vivre dehors où les rues sont pleines de paisibles promeneurs en famille ; de nombreux commerces sont ouverts comme d’habitude jusqu’à 11h.

Vendredi 27 mai 2011. Alexandrie. CEAlex.

Journée passée tranquillement à la bibliothèque du Centre d’études alexandrines où je suis seul, la fenêtre ouverte sur la place du Stadium qui est calme comme un jour férié ; rien pour l’instant ne laisse présager les manifestations annoncées au Caire, à Suez et ici, à vrai dire dans un autre quartier.

Je réunis une documentation sur Jean Clédat qui fut engagé en 1904 par le prince d’Arenberg en tant qu’archéologue en titre de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez. Je tiens enfin la main à mon diaire afin de profiter au maximum de l’opportunité qui m’est offerte ne ce moment en Égypte.

Échange de messages avec Pierre Affaroba, le directeur de l’Alliance française de Port-Saïd, avec qui je prépare l’organisation de mon déplacement sur le canal et aussi un rendez-vous avec la jeune architecte en charge de l’hôtel National que nous rémunérerions cette année à la demande du groupe Isthme qui a étudié en détail cette relique du vieux Port-Saïd « colonial ».

Je continue à rechercher sans grand succès des renseignements frais à propos de ce musée archéologique de la ville de Suez : ouvert ou pas ouvert ? Ahmed Youssef recherche l’information parue probablement en arabe dans Al Ahram, à laquelle se réfère le Guide du routard.

J’essaye aussi de faire le point sur le consulat d’Alexandrie et du passage qu’y firent Ferdinand de Lesseps et son père Mathieu qui était en fait consul au Caire.

Pas de repas de midi ; la cantine de la terrasse est fermée le vendredi. Café et eau encapsulée Baraka.

Samedi 11 juin 2011. Mireval.

Travail dans le parc ; lutte quotidienne contre les repousses d’Hélianthes, eau dans le bassin aux sangsues, les lianes et autres plantes parasites. Le tour de la serre prend de plus en plus forme et parait avoir toujours été comme cela. Evelyne débroussaille aux pieds des murs de la serre pour y créer des platebandes de fleurs. C’est maintenant beaucoup plus lumineux depuis que l’on a abattu le vieux tilleul et un paquet d’hélianthes dégingandés.

Maguelonne débarque à 8h30 en tenue de jogging et repasse en fin d’après midi en vélo avec ses enfants : plaisir de la proximité ! Nous parlons de ses projets de travaux à l’ouest de la ferme de Crabonégado dans la perspective de locations.

Je rédige le compte rendu de notre entretien du Caire avec le ministre de la culture Emad Abou Ghazi. Courrier, comptabilité, reprise de contact avec les affaires courantes qui sont toujours aussi nombreuses. En revanche, pas de nouvelles de l’architecte Pascal Gorgues qui joue les inutilités sur un chantier qui n’est pas prêt de se voir terminé ; nous courons par téléphone avec Jean-Manuel après Hunt pour les menuiseries et la grande verrière du sud de la remise.

Dimanche de Pentecôte 12 juin 2011. Mireval, Prouilhe, Montgey.

Lever 8h. Tour dans le parc et sur le chantier de l’écurie que j’ouvre pour l’aérer et faire sécher la chape de béton. France musique diffuse des Veni Creator Spriritus en insistant sur ses origines médiévales, le sacre des rois de France etc.

Dimanche 31 juillet 2011. Mireval.

Messe à Prouilhe où je retrouve tout Fortanier : Jacqueline avec les Lalubin et les Berne. Si l’on ajoute Jean-Manuel et Marie-Sophie avec leurs enfants plus François, nous étions bien une vingtaine de la famille. En plus Catherine et Henri Géli, les d’Uston et l’équipe de Domino déjà arrivée en préparation du stage de théâtre de François à Fanjeaux : Marie-Claire Grasset, Sophie-Anne Martin et Yves Moisdon.

Je laisse à Mireval François qui déjeune à la maison du jardinier chez Jean-Manuel et Marie-Sophie et je pars vers Villespy à l’invitation de Jean-Adrien et Neige Gaffinel où je retrouve Jean et Chantal Guiraud de Lévizac, Patrick et  Lemarié et le nouveau ménage Baysset, les propriétaires du château de Lasbordes.

Déjeuner au milieu de la terrasse qui donne sur le jardin à une hauteur inhabituelle vis-à-vis de l’orangerie qui clôt le jardin dont les grands arbres arrivent à peine à notre hauteur.

Je rejoins vers 17h François à Fanjeaux où il va passer quinze jours avec Domino à faire du théâtre.

Dîner dehors à Mireval sur la terrasse de la maison du jardiner avec Marc et Véronique de Sambucy qui ont apporté un excellent corton.

Jeudi 18 août 2011. Mireval-Bordeaux.

François et moi rejoignons Bordeaux avec notre petite Saxo : nous retrouvons notre groupe Foi et Lumière où nous ne connaissons personne, au Béquet, à Bègles, dans un couvent de sœurs de la charité qui envisagent de mettre leurs locaux à disposition d’une nouvelle fondation de l’Arche.

Vendredi 19 août 2011. Pologne : Mont-Sainte-Anne. Annaberg. Gora Swietej Anny.

18h. Arrivée à notre première étape après vingt six heures au moins de car. Le pèlerinage du Mont-Sainte-Anne est situé à l’intérieur du périmètre du cratère d’un ancien volcan avec une chapelle baroque au sommet, près de Strzelec Opolski. Partout le souvenir de Jean-Paul II est manifeste : il a effectué ce pèlerinage en 1983. Nous logeons dans les vastes locaux de l’hospitalité d’une église catholique d’un pays fervent et  largement pratiquant ; nous y retrouvons des délégations de Foi et Lumière de l’ouest de la Pologne qui ont les mêmes usages et chants que nous : cela facilite notre rencontre. Jeux, prières, messes, chemin de la croix etc. Tout cela est parfaitement organisé et chacun nous fait fête. François y est parfaitement à l’aise : il est fasciné par Sylvain, notre séminariste originaire de Carbon-Blanc près de Bordeaux, dont il retient qu’il va être bientôt diacre comme Bernard Amiez… Nous sommes reçus par l’animatrice régionale, Krysia Pustkowiak, qui restera avec nous jusqu’à la fin et de très jeunes femmes, dont Dominica, dix huit ans, qui elle aussi ne nous quittera pas : elle s’exprime parfaitement en français, ayant été jeune fille au pair en France : elle fait l’unanimité en sa faveur ; elle nous dit se préparer à faire des études de médecine. Elisabeth, notre responsable française de la région d’Entre Deux Mers,  a participé cette année au même pèlerinage à Lourdes que nous.

Chambre à deux lits avec François parfaitement organisée à l’intérieur d’un immense bâtiment où nous nous réunissons pendant deux jours avec nos hôtes du lieu. Nous récupérons rapidement.

Samedi 20 août 2011. Swietej Anny.

Journée passée avec les équipes régionales de Foi et Lumière qui ont à peu près les mêmes pratiques, chants, gestes etc. que nous en France, ce qui favorise la fusion de nos groupes, la « communion ». La représentation de sainte Bernadette m’aide à réaliser l’importance de Lourdes dans l’inspiration donnée à Foi et Lumières par Jean Vanier et Marie-Odile Mathieu. Nombreux jeux adaptés aux innombrables handicapés qui nous accompagnent : rythmes, chants, travaux manuels, confection d’œufs traditionnels (pisanki) etc. Messe à la chapelle baroque où les voitures des handicapés arrivent péniblement : les chants rythmés et dansés sont saisissants ; je saisi quelques séquences avec mon Iphone avec lequel je m’initie à l’image mobile et sonorisée. Chemin de croix de nuit dans les alentours boisés, qui culmine à une reconstitution de la grotte de Lourdes.

Dimanche 21 août 2011. Swietej Anny (suite) et Chestochowa.

Nombreuses animations le matin et départ en début d’après midi pour Chestochowa.

Mardi 23 août 2011. Poznan.

Lever 6h pour mettre la main à la publication de ma communication sur la société chaurienne au temps des saint-simoniens que Jean-Claude Guerre me réclame ; mais je manie encore maladroitement le nouvel ordinateur portable que Florent m’a offert durant ces vacances et je perds du temps à bafouiller comme un débutant ; mais question informatique, on est toujours plus ou moins débutant. Je me reporte sur mon diaire que je néglige depuis un certain temps.

François dort encore sur le lit du salon de la famille Heydell qui nous a reçus hier soir bien chaleureusement dans son appartement cossu de trois pièces d’un petit immeuble qui doit dater de l’époque communiste ; il se trouve dans un quartier résidentiel boisé qui rappellerait un peu les cités jardins. J’ai pour ma part un canapé tout à fait confortable. Nombreux souvenirs de famille y compris d’une cérémonie au Monte-Cassino. Livres en polonais bien sûr mais aussi un exemplaire du Quid : ils parlent tous français, connaissent Belfort, Grasse, Paris etc. Ils ont eux aussi un enfant handicapé qui est dans une institution spécialisée : il passe une semaine par mois chez eux où il utilise le salon où nous sommes reçus en ce moment. Arrivés assez tard hier au soir, nous avons très familièrement dîné dans la cuisine : soupe de choux fleur, viande pannée avec champignons de Paris noirs, concombres, salami, fromages polonais, thé.

Mercredi 24 août 2011. Poznan (Posen).

Lever 6h et mise en ordre de mes notes, valise etc. Cela fait deux jours que je n’ai plus de connexion internet, ce qui me gêne pour la préparation de notre prochain voyage en Egypte ; la vie en groupe m’empêche d’aller dans un cybercafé. Juste un bref créneau dans une halte genre Mac Do où je communique brièvement avec Suez.

Visite du centre ville de Wroclaw, l’ancien Breslau du temps de la domination allemande. Tout a été reconstruit à l’identique ou à peu près : c’est une spécialité polonaise dont j’avais entendu parler pour Varsovie mais non pour l’ensemble des villes de la Pologne contemporaine qui affiche ses racines et sa culture. Surprise : c’est aussi la ville des Nains, des Stroumphs en particulier, que l’on retrouve un peu partout, y compris sur les réverbères…

Soirée sur les bords de l’Oder très dégagés, verdoyants, éclairés, très agréables. Un saxophoniste égaie l’entrée d’un pont métallique peint de couleur bleu. Des mariées se font photographier dans l’obscurité. Fin de soirée fort sympathique aux abords de la cathédrale de brique rouge sombre, sur une terrasse de café où handicapés et accompagnateurs fusionnent parfaitement. Nous abordons déjà la préparation du prochain pèlerinage de Lourdes en 2012, qui se passera dans notre Région d’Entre deux Mers. Coucher 10h.

Jeudi 26 août 2011. Wroclaw.

8h. Petit déjeuner gargantuesque au petit séminaire où nous avons couché cette nuit, François et moi, chacun dans une chambre confortable du rez-de-chaussée avec salle de bain et même kitchenette. Gros orage cette nuit mais au matin, il fait grand beau. Messe ensuite à la cathédrale voisine où je réalise que la cérémonie en polonais n’est pas moins intelligible qu’en latin ; comme les mélodies sont les mêmes, on suit relativement bien : seul le sermon… Adieux touchants avec nos hôtes polonais : Frédéric dont c’est l’anniversaire, fonds en larmes.

Pour la première fois nous partons à l’heure : 10h.

Traversée de l’Allemagne par Leipsig, Bamberg, Bayreuth, Munich, Nurenberg. Pancartes pour Berlin, Prague etc. Nous sommes bien en Europe !

Du 5 au 8 novembre 2011. Mireval.

Séjour d’Isabelle de Bazelaire de Rupierre de retour de Merville, près de Blagnac, où elle devrait s’installer définitivement au début de l’an prochain ; elle devrait en effet alors remettre Domme en Périgord près de Sarlat à ses beaux enfants Beaumont. Sa venue en Toulousain me fait plaisir car c’est une cousine cultivée et artiste avec qui je partage de nombreux souvenirs que nous évoquons longuement : elle était déjà venue à Mireval il y a assez longtemps avec sa mère lors d’un voyage pour rencontrer les « Bazelaire de Toulouse » ; ils étaient également à notre mariage au Pont des Îsles en 1967 avec Hugues, le sculpteur qui aménage une vieille bâtisse à Castillon-du-Gard. Par leur mère née de Job, elle est enfin la cousine germaine des enfants de l’oncle Guy de Bazelaire, Jean, Christian, Hubert, Françoise et Geneviève comme des Billioud et des Dieuleveult de Versailles, c’est dire… En Périgord, elle a entretenu d’étroites relations de voisinage avec les Lombarès, les Saint-Exupéry et Tristan de Bazelaire, le petit fils d’oncle Louis qui était propriétaire du château de Lapeyrouse à l’époque où tout le monde était châtelain. Olivier-Pomponne de Bazelaire, son père, était une personnalité atypique qui m’aimait bien ; il a laissé plusieurs publications autobiographiques dont des « souvenirs avant ma mort » et des souvenirs d’Egypte ; outre d’avoir été l’architecte du comte de Paris, il a également travaillé pour le Négus et participé à la reconstruction d’Istanbul. Ses archives sont pour une part aux Archives départementales de Côte d’Or et à celles des Yvelines où je les avais récupérées de justesse. Il a été enfin l’architecte de la famille Viellard à Morvillard, ce qui avait passablement facilité mon intégration à Belfort vers 1965. Elle a épousé en secondes noces Richard de Beaumont du Repaire, ami d’Henry Ramière, fils d’un grand ami de mon propre père, apparenté avec tout ce qui compte dans le Midi, dont les Saporta, propriétaires de la Mogère à Montpellier. J’avais été le témoin à leur mariage de Richard alors qu’Isabelle m’avait demandé de la conduire à l’autel ; j’avais dû prononcer ensuite un discours improvisé dans la grande salle à manger du château de Virieu que leur avait mis à leur disposition la vieille marquise de Virieu, mère du célèbre journaliste alors maire de la ville de Marly-le-Roy.

Je l’ai emmenée à En-Calcat qu’elle ne connaissait pas sinon de réputation par l’artiste tapissier Dom Robert de Chaunac dont nous visitons une courte exposition à l’abbaye-école de Sorèze où nous avons déjeuné très agréablement ; transition idéale pour la rencontre d’Yves Moisdon et Sophie-Anne Martin qui nous rejoignent à Mireval en fin de journée pour parler de l’aménagement de l’ancienne écurie et du parc, avec en particulier le projet auquel je suis très attaché de réalisation d’un vitrail de pierre de verre éclaté tel que les faisait HenrI.

J’avais rendu visite il y a très longtemps  dans l’extrême nord de la Bourgogne au grand père d’Isabelle, le général de Bazelaire de Rupierre qui a été gouverneur militaire de Toulouse dans les années trente, dans son prieuré de Recey sur Ource, patrie du père Lacordaire qui y est né et qui est venu mourir à Sorèze. Tout s’enchaine… Recey leur vient de la famille Petitot-Belavène qui a donné au XIXe siècle un gouverneur de Saint-Cyr. Un Petitot a réalisé un album de dessins de la région de Recey, qui vient d’être édité et qu’Isabelle me laisse en cadeau avec une belle dédicace. Allusion également à leur plus sulfureuse ancêtre Mme Tallien…

C’est leur cousin Cointet qui a repris le bel hôtel particulier du 78 rue d’Anjou à Versailles où le futur maréchal Lyautey hébergeait son cheval alors qu’il était élève à Saint-Cyr… Hugues, lui, loge rue Royale et a son atelier de sculpture dans la rue de l’école du paysage. Nous rencontrions régulièrement ces Bazelaire de cousinage en fait assez éloigné, chez l’oncle Carle de Bazelaire qui organisait chaque année la fête de la Saint-Nicolas ; plus récemment, Isabelle était au mariage de son petit fils Marc-Sigisbert à Trentel, en Périgord dans la belle famille Fabre, descendant de l’inventeur marseillais de l’hydravion.

Tante Catherine de Bazelaire était elle-même la fille d’un architecte, M. de Saint-Maurice qui construisit entre autre l’exubérante « villa » du Cœur Volant à Louveciennes, près de Marly, où je fus présenté au comte de Paris voici plus d’un demi siècle par mon oncle Pierre de Bérard.

Pendant quatre jours les conversations se sont succédé à un rythme soutenu dans tous les domaines de l’histoire de l’art, Isabelle comme Hugues étant tout deux diplômés de l’école du Louvre. Les Beaumont ont été parmi les plus dynamiques soutiens de l’association Lucien de Malleville, cet artiste périgourdin qui a laissé un nombre considérable de représentation de ce vieux pays et dont nous avons un rare ouvrage illustré à Mireval.

Mercredi 9 novembre 2011. En TGV entre Poitiers et Montparnasse.

Lever ce matin à 3h30 pour prendre un TGV à Toulouse à 5h30 en raison d’une nouvelle grève Sncf qui a annulé mon train de nuit habituel. On s’adapte quand même ; la semaine dernière c’était Air France en grève avant le pont du 1er mai, cette fois-ci c’est avant le pont du 11 novembre, ce qui complique mes projets de retour sur Mireval où s’annoncent les Ramière de Lyon.

J’ai rendez-vous à midi et demi sur la péniche du Cercle de la Mer avec l’ingénieur général Jean-Philippe Bernard qui m’invite à déjeuner avec le Dr. Abbas Abou Gahzala, notre ami alexandrin ; séance de comptabilité ensuite rue d’Astorg avant de recevoir Jean-Jacques Luthi qui achève un nouvel ouvrage sur Emile Bernard. Je dîne et couche ensuite à Neuilly chez les Bérard qui m’accompagnent demain au déjeuner des Lepère de Graveron dans leur campagne près de Gisors.

J’arrive à temps quai de Suffren où l’ingénieur général Jean-Philippe Bernard nous attend déjà ; les Abou Gahzala ne sont pas très loin mais un peu perdus dans le quartier de la Tour Eiffel ; je vais à leur rencontre en naviguant par téléphone portable : reconnaissances touchantes : ils arrivent d’une consultation à l’hôpital Georges Pompidou après une semaine passée dans leur résidence française d’Arcachon. Abbas a en projet un nouvel ouvrage sur Alexandrie du temps de Bonaparte pour lequel il fait des recherches à la Bnf. Nous sommes les invités de M. et Mme Bernard sur une table ronde isolée sur la plage arrière au bord de l’eau : c’est assez merveilleux et l’ambiance et très amicale ; nous évoquons notre récent séjour égyptien en attendant le suivant.

15h30. Réunion rue d’Astorg où Patrick Billioud nous rejoint ; nous élaborons le budget de 2012 et préparons la liquidation de celui de 2011 en insistant sur la numérisation des collections avec en particulier celle de la presse francophone du canal.

16h. Jean-Jacques Luthi nous rend visite : sa culture est encyclopédique et sa conversation délicieuse. Il termine un nouvel ouvrage sur Émile Bernard ; nous parlons aussi de Gaston Zananiri qu’il a bien connu.

Dîner et coucher rue Deleau à Neuilly chez Gabriel et Madeleine de Bérard avec qui nous partageons nos nombreux souvenirs de jeunesse dont le séjour à Saint-Jean-de-Luz à la villa Ené Ėchéa, la visite chez M. Pose, directeur de la Bncia, l’escalade de la Rhune etc.

Jeudi 10 novembre 2011.

9h. Réunion à la Défense avec Philippe Capron pour préparer en particulier les cérémonies de lundi prochain où sera inauguré le nouveau monument aux morts de Gdf Suez et parcourir tous les dossiers en cours de notre association. Pour une fois, je rédige le discours que je devrai prononcer au nom de Suez.

13h. Nous nous retrouvons à une dizaine d’anciens du dernier voyage en Égypte dans le beau château de Grandmaison, près de Gisors, à l’invitation d’Aude et Jacques Lepère de Graveron qui descend de l’ingénieur de Bonaparte qui réalisa la mesure du projet de canal de Suez, participa à la rédaction de la Découverte de l’Égypte etc. Ils conservent dans d’excellentes condition des souvenirs précieux de cette époque : lunettes de visée, alidades, rapports manuscrits, correspondance et un recueil spécial plus ou moins tiré à part de la Découverte de l’Égypte, le tout dans un état remarquable. Aude est née Martimprey comme Mme de Reviers qui nous hébergea, ma mère et moi, dans son bel appartement du 182 bd Hausman ; elle me donne des nouvelles de ses enfants, Baudoin, Nicole et Hélène, religieuse à la Délivrande de Caen, tous amis de jeunesse de ma mère ; du père Jo de Reviers également, qui maria mes parents aux Invalides. Ils connaissent bien les Guerrier de Dumast par l’Ordre de Malte. Outre les Bérard,  Il y a les Toussoun, le général Capdepont, les Marq,… Château du début XVIIe siècle rénové de fonds en combles, parc parfaitement entretenu, meubles et tableaux anciens, chapelle où trône un beau tableau de Jouvenet. Jacques de Graveron est délégué départemental de la propriété privée rurale, le syndicat concurrent du mien, mais nous en parlons très librement.

Je reste le soir chez les Bérard qui reçoivent avec leur dernière fille, deux de leurs nièces Barraud qui terminent leurs études de droit économique à la faculté de Nanterre.

Vendredi 11 novembre 2011. Paris-Toulouse.

6h. Florent vient me chercher en voiture avec Emma pour passer ensemble à Mireval le grand weekend du 11 novembre, mais un voyant lumineux s’allume sur le périphérique extérieur de Paris, nous décidons dans l’incertitude d’annuler ce projet et revenons sur Versailles où nous déjeunons avant que je ne prenne un TER gare des Chantiers pour rejoindre à Montparnasse un TGV pour Toulouse qui part à 14h10. J’y termine mon discours pour le 14 novembre et mets à jour mon diaire ; je commence à apprécier les voyages de jour où j’arrive maintenant à mieux travailler qu’autrefois grâce en partie au nouveau petit ordinateur portable que m’a donné Florent.

Après Maguelonne, Jean-Manuel me donne des nouvelles de François qui a monté à cheval cette après midi comme d’habitude à Villeneuve-la-Contal ; nous sommes attendus à 20h30 à la maison du jardinier pour déguster un bon cassoulet. Le tracteur Fiat est presque prêt à Laurabuc chez M. Vérat ; les progrès de débroussaillages du parc suscitent l’enthousiasme. Ils ont descendu de Lyon leur chat pour combattre les souris qui ont envahi leur maison…

19h45, je récupère la Saxo au parking de la gare Matabiau.

20h30. Cassoulet à la maison du jardinier chez les Jean-Manuel qui sont avec une famille amie de Lyon avec quatre enfants : tout se passe très bien…

Samedi 12 novembre 2011. Mireval.

Journée en famille. Nous déménageons avec François la bibliothèque de Versailles toujours stockée en vrac dans ce qui doit devenir la chambre dans la future maison de François ; j’ai en effet l’impression que les travaux vont enfin commencer sérieusement la semaine prochaine. Il y a aussi les fauteuils du salon de Mireval et ceux du petit salon noir de Fortanier : qu’est-ce que tout cela va-t-il bien pouvoir devenir ? Malgré le vent marin, le temps est agréable dans cette arrière saison aux couleurs d’été indien.

Je travaille comme je l’ai rarement fait le texte de mon discours d’inauguration de la plaque des morts des deux dernières guerres mondiales qui aura lieu ce lundi à la tour T1 de La Défense en présence de M. Sirinelli, vice-président de GDF SUEZ. Pour notre association, c’est un peu une consécration car c’est la première fois que nous intervenons en public à ce point au nom des anciens de Suez, ce qui du reste est strictement notre vocation, mais la question se posait de la transmission de ce réflexe dans le cadre de la fusion de Suez avec le géant GDF. Deux pages seulement, mais deux pages qui comptent !

Lundi 14 novembre 2011. La Défense.

Cérémonie d’inauguration des deux plaques aux morts pour la France de Gdf et de Suez en présence du vice président de Gdf Suez, M. Sirinelli. Les anciens combattants proviennent exclusivement de l’ex Gdf ; de toute part on me dit que ces événements que j’ai évoqués autour du canal de Suez sont entièrement nouveaux ; on se donne rendez-vous pour le prochain 8 Mai qui sera plus particulièrement consacré à la guerre de 39-45. Il est certain que l’évocation par exemple, de la prise de parole du commandant d’Estienne d’Orves à Ismaïlia le 14 juillet 1940 prend un relief particulier ; c’est à approfondir. Déjeuner formel sur place.

Mon discours pourra peut-être être publié.

Mardi 15 novembre. Versailles.

Journée rue d’Astorg.

20h. Conseil d’administration de l’Académie de Versailles. Tristounet ; peu de monde ; Didier de parait pas. Bertrand Lissarague n’a pas convoqué Patricia Bouchenot-Déchin : nous nous heurtons à ce sujet. L’ambiance n’y est plus.

Mercredi 16 novembre 2011. Versailles et Paris.

9h. Je reprends contact avec Paul Bertin qui gère le site internet de l’Académie de Versailles dans la perspective d’en faire de même pour notre association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps.

Journée rue d’Astorg.

17h30 Péniche du Cercle de la mer. Réunion de retour des participants du dernier voyage en Egypte. L’amiral Briselance nous fait l’honneur de nous accueillir. Film sur l’inauguration de Port-Fouad en 1923 avec le passage sur le yacht royal Mahrroussa sur lequel nous avons été reçus le mois dernier : gros effet et excellente ambiance autour d’un verre de champagne.

Jeudi 17 novembre 2011. Paris.

13h Repas chartiste au restaurant l’Arganier, 19 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, où je retrouve entre autres Odile Dresch-Krakovitch, Philippe Henrat, Françoise Mosser et Anne René-Bazin. Dans le feu de la conversation, je me fais voler mon portefeuille : salut l’artiste !

Passage aux Archives nationales où Philippe Henrat, maintenant membre de l’Académie de Marine, a conservé ses petites entrées ; nous recherchons des renseignements dans la bibliographie spécialisée sur le Mahrroussa et  le yacht impérial, l’Aigle, qui était une corvette militaire.

Rencontre avec le secrétaire général du Conseil international des Archives, David Leich, que je tiens au courant de mes activités en Ėgypte et au Yémen, et pour préparer l’adhésion de notre association à la branche des archives d’entreprises du ICA/CIA qui est présidée par l’actuel archiviste de Saint-Gobain-Pont-à-Mousson. Je retrouve avec grand plaisir Mmes Annick Carteret et Nathalie Florent toujours fidèles au même poste dans ce monde des Archives qui bouge tellement depuis que je l’ai quitté en 2004 déjà.

Vendredi 18 novembre 2011. Paris et Versailles.

8h30 Au Medef, matinée à l’invitation de l’ambassade de Panama à l’occasion de la visite de son ambassadeur qui nous fait une longue intervention sur le plan économique et géostratégique ; je suis accompagné par Gabriel de Bérard et par Philippe Capron.

Déjeuner avec Gabriel de Bérard dans une crêperie rue Saint-Dominique.

14h30. A la Fnsea, rue de La Baume, réunion de la « commission littoral » présidée par Josiane Béliard,  avec un représentant du Conservatoire du Littoral.

20h. Dîner chez Patricia Bouchenot-Déchin au Chesnay avec le conservateur du musée d’histoire de Berlin et Béatrice Saule, directeur désormais du Musée du château de Versailles. Ambiance chaleureuse, conversations de haut niveau, vieille amitié.

Samedi et dimanche 19-20 novembre. Versailles.

Salon du livre d’histoire de Versailles  où j’accompagne notre ami architecte égyptien Amin Naguib pour y présenter la dernière publication du groupe Isthme de Mercedes Volait et Claudine Piaton : « Suez », publié à et par l’Ifao, au Caire. L’hôtel de ville de Versailles est un écrin somptueux pour une telle manifestation ; François de Mazières toujours charmant.

J’anime un débat entre Amin Naguib et Robert Solé qui vient de publier « Le Pharaon renversé, dix-huit jours qui ont changé l’Egypte » ; une centaine d’auditeurs attentifs, certains habitués de l’Académie de Versailles, et Patrick Billioud, Jean-Philippe Bernard, Hugues de Bazelaire, Nicole de Benque etc. Nous avions obtenu pour une fois le partenariat de Gdf Suez : une fois n’est pas coutume…

Dimanche à 11h messe pour tante Jacqueline de Roquefeuil près de Ginette : j’y retrouve un nombre considérable ce cousins et de neveux Roquefeuil bien sûr, et aussi Bazelaire et Crevoisier. Déjeuner frugal au séminaire, rue de Satory, en face de mon ancienne caserne du service historique de l’armée de l’air où je passai trois mois en 1966. Je suis à côté d’Aymar de Crémiers qui est l’actuel président de l’association Madame Elisabeth, connue pour regrouper des catholiques ultra conservateurs ; Jean de Viguerie vient d’en démissionner de la vice-présidence : c’est dire…

Lundi 21 novembre 2011. Castelnaudary, Mireval et Trèbes.

5h15. Arrivée en gare de Castelnaudary.

7h30 à 8h30. Au marché du lundi avec François toujours aussi à l’aise et heureux au milieu de tous ces producteurs qui lui font fête.

9h. Réunion de chantier avec Alain Bouyssou pour fixer les derniers détails du chantier de l’ancienne écurie, qui devrait démarrer bientôt ; mais faut-il vraiment y croire ?

15h. Session de la Chambre d’agriculture d e l’Aude où nous votons le budget modificatif, ce qui est une occasion à un vaste tour d’horizon de l’état de l’agriculture et de la viticulture audoise. Dîner sur place avec un succulent canard au foi gras.

Mercredi 23 novembre. Paris.

Arrivée en gare d’Austerlitz avec une heure de retard pour cause d’intervention de la police en gare de Narbonne. Je traverse à pied le pont sur la Seine pour emprunter le RER pour La Défense où je me rends maintenant avec un plaisir renouvelé : le grand hall du Cnit, le pouce de César et cette magnifique architecture plus contemporaine que futuriste au milieu de laquelle s’inscrit la grande tour T1 de Gdf Suez où je retrouve au vingt-septième étage Philippe Capron et Jean-Philippe Bernard.

13 h, déjeuner formel en brasserie en l’honneur de la nouvelle conseillère culturelle auprès de l’ambassade d’Égypte à Paris avec le Prince Hussein Toussoun, le Dr. Ahmed Youssef, Jean-Philippe Bernard et Philippe Capron. Nous évoquons les événements dramatiques du jour place Tahrir au Caire et l’avenir compliqué de la révolution égyptienne ; des projets aussi de manifestations en janvier pour leur premier anniversaire, et surtout une commémoration de Tahaa Hussein qui m’intéresse beaucoup en relation avec les Cahiers du Sud.

17h30. Conseil d’administration très réussi dans la majestueuse bibliothèque de la rue d’Astorg où Jean-Paul Calon renonce malheureusement à nous rejoindre. Hélène Braeuner et Yasmina Boudhar interviennent en tant qu’experts chargées de finaliser enfin un inventaire professionnel de nos collections. Difficultés avec la Fondation de France : nous souhaiterions transférer ce dossier à l’Institut de France à l’occasion de la pose par le chancelier Gabriel de Broglie  d’une plaque en l’honneur de Goby. Projet de nouveau contrat de dépôt aux Archives nationales du monde du travail. Interventions du Prince Hussein Toussoun, du Dr. Ahmed Youssef et de l’ambassadeur Pierre Hunt à propos des événements en cours.

20h30. Dîner à Neuilly chez les Bérard avec Hélène Braeuner qui va les aider dans leurs recherches sur Ėvremond de Bérard. J’y couche dans leur grand studio du rez-de-chaussée.

Jeudi 24 novembre 2011. En TGV via Nîmes, Sète, Agde…

Lever à 5h45 pour attraper mon TGV en gare de Lyon à 7h20. Je commence à m’habituer aux trajets de jour : cinq heures, confortablement installé dans un bon fauteuil permettent de récupérer une journée parisienne trépidante et bien occupée. Je reprends mon diaire trop délaissé en temps normal. Décidément les gares et les trains sont favorables à la réflexion et à l’écriture…

Les arbres finissent de perdre leurs feuilles mais la lumière est toujours incroyable, surtout à la sortie de la brume épaisse qu’a traversée aux aurores notre TGV. Flamands roses et pique-bœufs maintenant dans les robines du côté d’Agde et de Sète ; je pense à Luce et à ses amis camarguais…

Je lis la presse nationale qui rend compte des nouveaux événements place Tahrir au Caire : nous avons bien fait d’y aller le mois dernier… Les islamistes ont gagné les élections en Tunisie et risquent de bien faire pareil au Maroc. Le président du Yémen passe enfin la main, mais à son vice-président : pas beaucoup de changement à espérer de ce côté-là non plus. Bachar el-Assad s’accroche à son pouvoir en Syrie ; l’Iran en est à sa bombe atomique ; Israéliens et Palestiniens toujours imprévisibles ; seule la Turquie parait progresser et gagner en leadership. En France la campagne présidentielle bat son plein même si elle n’est pas encore officiellement ouverte ; François Hollade caracole en tête mais Nicolas Sarkozy rattrape son handicap en exploitant la cacophonie entre socialistes et verts à propos des centrales nucléaires.

J’arrive enfin en gare de Castelnaudary à 13h10.

20h. Conseil municipal à Mireval village. On fait avancer le dossier le la future mairie. Plainte d’une dame qui dépose la radiographie de son chat criblé de plombs de chasse…

Vendredi 25 novembre 2011. Mireval.

Yves Moisdon vient pour mettre en place les travaux autour de l’écurie pour aménager l’accès des voitures et un stationnement qui ne soit pas visible de la maison. Arek a loué une pelle mécanique : il arrache le dernier gros laurier de derrière l’ancienne remise afin de ménager le passage des camions pour les travaux de création de la porte ouest et l’installation de la fosse septique. Nous discutons des plantations à faire dès cet hiver : méditerranéennes au midi et plus toulousaines du côté de la serre où nous déplaçons le jardin potager et modifions le tracé du chemin qui descend à la maison du jardinier tout en en créant un nouveau qui longera l’ancien tennis où nous allons replanter les pins pignons attesté sur les photographies du début du vingtième siècle, avec un retour le long du bassin aux sangsues. Tour du parc du côté des canelets où les peupliers que j’avais plantés à la fin des années cinquante sont à bout du rouleau : Yves Moisdon conseille de les remplacer par des noyers de Pécan originaires de Floride. Il cherche à nous installer des érables de Montpellier et des arbustes à feuillages aux belles couleurs d’automne comme des Liquidambars et des plaqueminiers, dits kaki du Japon, ou des néfliers.

Maguelonne passe nous voir avec Laure ; puis Laetitia et Ludovic Dauriac avec leur amie Morgane. Les trois juments islandaises font bel effet dans la nouvelle prairie entre la remise et le village.

Samedi 26 novembre 2011. Mireval.

Seul à Mireval par un temps sec assez exceptionnel en cette saison. Journée tranquille à travailler et à jardiner, à me reposer après mes deux derniers déplacements à Paris qui n’ont pas été de tout repos. François est à Carcassonne pour sa journée mensuelle de Foi et Lumière avec Noëlle Amiez et Peter Kathan. Je vais à Laurabuc récupérer le tracteur Fiat 550 dont Patrick Verra a changé le moteur : cela fait bien un an sinon plus qu’il est immobilisé.

Les radios et télévisions commentent l’élection d’un parti islamiste au Maroc comme en Tunisie et probablement cette semaine en Égypte : ce n’est pas ce que les journées révolutionnaires de cette année nous avaient fait espérer pour le Monde arabe…

Jeudi 15 décembre 2011. Mireval et Carcassonne.

Arrivée en gare de Castelnaudary à 5h12. Rapide reprise de contact avec Mireval où je réveille François à 6h30 et prends mon petit déjeuner-Ricoré avec lui avant son départ à 7h30.

8h15 Carcassonne au café Saint-Germain où je retrouve les membres de la Chambre d’Agriculture de l’Aude pour préparer la réunion officielle de la Commission départementale sur la consommation des terres agricoles : excellente ambiance intersyndicale, avec les jeunes agriculteurs etc. Serge Vialette, le président de la section départementale de la Fnsea, est un virtuose de l’organisation des réunions où il fait passer ce qu’il veut.

9h30. Direction départementale de l’équipement, des territoires et de la mer où nous examinons les plans locaux d’urbanismes et les plus importants permis de construire en milieu agricole devant un aéropage de fonctionnaires, d’élus et de « personnalités compétentes » dont je suis au titre des propriétaires ruraux.

J’ai juste le temps de manger un morceau à Mireval que l’équipe des plombiers de Guy Cravero débarque pour installer le chauffage central alors que je les attendais pour la rénovation de l’écurie ; mais toujours content lorsque ce type de corps de métier consent à répondre à mon appel…J’assiste nostalgique au démantèlement de l’énorme chaudière à mazout mise en place par ma mère lorsqu’elle s’était installée à Mireval dans les années 60 ; c’était M. Bénazeth, plombier au Villasavary qui était intervenu à cette époque-là.

Travail dans le parc où je ramasse du bois tout en admirant les derniers travaux de débroussaillage.

Samedi 17 décembre 2011. Mireval.

5h12 : arrivée de Florent et d’Emma en gare de Castelnaudary fermée à cette heure-là ; nous nous retrouvons avec quelque hésitation en tournant autour du bâtiment, un peu comme les copains de Jules Romain.

François a sa journée mensuelle de Foi et Lumière à Carcassonne ; c’est Peter Kathan qui vient le chercher cette fois-ci.

Dimanche 18 décembre 2011. Mireval et Toulouse.

Journée de travail à ranger mes papiers et à préparer mon prochain voyage en Egypte.

9h. Accompagnement de François et d’Emmanuel Amiez à leur journée mensuelle à Cugnaux, près de Toulouse, et nouvel aller-retour en voiture pour les récupérer. Je conduis François à Toulouse Blagnac où il prend son avion pour Lyon où il va passer quelques jours chez son frère Jean-Manuel ; il reviendra en voiture conduite par Marie-Sophie avec ses trois enfants avant d’aller du côté de Saint-Girons passer Noël chez sa sœur Vésiane de Truchis qui le ramènera à Cugnaux le 28 décembre pour un nouveau stage d’expression.

Archives and Revolution. 1789: French Revolution  and National Archives establishment. From myth to reality.

Arnaud Ramière de Fortanier

Former Inspecteur general des Archives de France

The French Revolution is not the first Revolution: we know the British Revolution one Century before, but it is typical for the contradictions between chaos,    destructions and vandalism, and the establishment of new institutions which are still strongly in place such as Museums, Libraries and Archives. The French Revolution invented the notion of heritage, what is called in French “Patrimoine”.

There were huge Archival institutions during the centuries before : the French Monarchy had a strong frame of administrative institutions with their own system to preserve their documentation and records such as “the Trésor des chartes” or “la Cour des Comptes” the highest Court for Finances, Justice, Finance, Universities etc. The ecclesiastic institutions was in possession of magnificent and rich collections from medieval ages. Public notaries keep carefully their files in their offices like private properties. There are permanent archivists in the medieval ages such as in the City of Marseilles in the thirteen century where are still preserved notarial registers, paper made, from the time of Crusades.

The French Monarchy was always trying to centralize more and more all these institutions around the whole territory, but didn’t succeed. In this time, there were at least five thousand seven hundred archives depositories in France without any organization!

In this time, Archives and Records are imagined like a juridical tool for the interest of Administrations, not for individuals; there are not yet citizens in this time!

The historical sciences begin slowly in the seventeen century with Benedictine monks like don Mabillon; they publish documents useful for historians such as the huge History of Languedoc or genealogies for aristocratic families, compendium of laws and decrees… Cartularies.

A new job appeared in the eighteen century whose name was “feudiste” specialized to find and bring again to live old feudal rights; they were very unpopular; they are a part of the origin of the French Revolution and of the burning of seigniorial records in 1789.

The recognition of the importance of records to organize society was one of the important gains of the revolution and resulted in three major contributions to the development of archives administrations:

  • The establishment in France of an independent national system of archival administration
  • Proclamation of the principle of public access to records
  • Recognition of the responsibility of the state for the care of the valuable cultural resources represented par its records (Encyclopedia of Library and Information Science, 1968)

The result is the establishment of Museums, Libraries and Archives.

The Revolution is supposed to begin on July 14      : the new Assembly establish for the first time National Archives as an office for the clerk of the Court ; their official name is given on September 12 1790.

Next year the Assembly decide that the Royal notaries would be Public Notaries, then that the Birth registries would no more be ecclesiastic; in charge of the towns from this time. The town archives are organized in this point of view.

A big amount of private or ecclesiastical archives are confiscate and centralized in the newly created local archives institutions in hundred new departments.

The main initiative about public Archives was decided during the reign of Terror by the famous law on Messidor an II. It worked during two centuries till the law on January 3 1979…

The problem is that they was in charge to destroy the memory of ancient time without any instruction in the interest of Education; the Libraries was in charge of this mission , not the Archives in the first time.

A lot of rich archives were destroyed by uprising movements and vandalism but another part was saved by the new institutions.

The important problem of access will be looked in the next century.

It is important to notice that more than two centuries were necessary to realize step by step the first principles of the French Revolution: the first public reading room appeared only in 1842 and access remains nowadays the main problem for public Archives.

As we use to say : Paris has not be built in one day…

Semaine du 24 au 27 janvier 2012. Paris, Unesco.

Commémoration du premier anniversaire de la Révolution égyptienne : notre association Lesseps est co invitante avec la délégation égyptienne auprès de l’Unesco et le bureau culturel de l’ambassade d’Égypte à Paris pour avoir subventionné cette opération avec quatre mille euros ; cela nous donne une visibilité assez exceptionnelle vu la discrétion sinon l’absence des services publics français. Cela commence par un grand débat avec des personnalités d’ancien régime comme Boutros Boutros Galy ou des écrivains bien connus comme Robert Solé qui tentent de commenter des événements qui demeurent en grande partie inexplicables, leur futur encore plus alors que personne ne les avait prévus. J’y retrouve avec surprise et plaisir Gilles Guillaud avec qui nous avions introduit à Marseille Inter Service Migrants, et aussi l’ambassadeur en poste Nasser Kamel et Ali Maher son prédécesseur. Inauguration officielle ensuite de l’exposition de photographies sur la Révolution en présence des photographes, avec la projection sur sept écrans du système Cultnat imaginé par le Dr. Fathi Saleh qui avait fait inscrire les archives du canal au registre de la mémoire du monde du temps où il était conseiller culturel puis ambassadeur de l’Égypte auprès de l’Unesco. Cela se termine par un grand spectacle musical devant un millier de personnes par le groupe Inshad qui réunit des artistes musulmans, coptes et indonésiens. J’y retrouve entre autres Claudie Musy-Préault, les Billioud, Lina Sbei, Olivier Gagnier, Thierry Chambolle et Véronique Saint-Olive.

Le lendemain mercredi, c’était 111 bd Saint-Michel au Centre culturel égyptien où je présentais chaleureusement le Dr. Fathi Saleh. Anne René-Bazin nous y avait rejoints ainsi que Jean-Philippe Bernard, Philippe Capron, Amal el-Sabban et M. Toussaint, président des Vieilles Maisons françaises. Dîner ensuite au beau restaurant Le Méditerranée qui appartint à Jean Cocteau et à Christian Bérard. Conversation très littéraires grâce au directeur du centre culturel, Ismaïl…., architecte de formation, et le Dr. Ahmed Youssef qui évoque Taha Hussein dont on va fêter cette année le centenaire, Louis  Cossery, Naguib Mafhous et d’autres écrivains égyptiens. J’avais déjà un très bon souvenir de ce haut lieu du quartier latin, situé juste en face de l’Odéon, où nous allions du temps où l’Institut français d’Architecture se trouvait encore rue de Tournon. Excellente soirée : je raccompagne en taxi du côté de la Porte d’Italie Armelle Le Goff avant d’attraper mon train de nuit pour Versailles après une journée bien chargée… Jeudi studieux dans nos nouveaux bureaux de la rue d’Astorg où je continue à expédier des centaines de vœux avec la belle carte réalisée à partir d’un tableau d’Ėvremond de Bérard, et de mettre  le point final à l’édition de la plaquette du cent cinquantième anniversaire de la création de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez en panne depuis plusieurs années. Visites de M. Darolles, de Pierre Boulesteix, Jean-Philippe Bernard etc. Les choses se mettent en place ; Philippe Capron me fait déjeuner en brasserie avec un certain nombre de ses collègues de GDF SUEZ, dont Cayetanot, ce qui contribue à m’intégrer dans la vie du groupe. Je bénéficie désormais d’un badge pour entrer et circuler 1 rue d’Astorg, de la clé de nos bureaux, d’un poste informatique, bientôt d’un bureau présidentiel, véritable privilège dans probablement le quartier le plus onéreux de Paris.

Vendredi consacré au Dr. Fathi Saleh que nous retrouvons le matin à l’Unesco et qui se rend avec nous rue d’Astorg où nous le photographions dans la cage d’escalier d’honneur sous la plaque commémorative de l’Unesco où figure son nom. Il visite longuement avec Mme Amal el-Sabban le musée dans l’ancienne salle du conseil. Déjeuner vers deux heures en brasserie avec Philippe Capron, Jean-Philippe Bernard et M. Prache qui est un de nos plus anciens adhérents. Après midi studieuse à faire du secrétariat avec Claudine Auger jusqu’à 19h30. En plus du comité directeur GDF SUEZ et les Amis de l’Université française d’Égypte, j’envoie aussi des cartes de vœux au conseil de la Société d’études scientifiques de l’Aude et aux membres de l’Académie de Versailles : joignant l’utile à l’agréable, cela permet d’élargir à bon compte la réputation de l’association.

Dîner 7 avenue Constant Coquelin chez Jean-Louis et Annick Marcq avec Thierry Chambolle, Véronique Saint-Olive et le ménage Lepère de Graveron qui sont tous des anciens du voyage d’octobre en Égypte. Je me couche à pas d’heure chez Florent qui n’est pas encore arrivé et qui dort encore quand je repars sur la pointe des pieds dès 5h45 du matin pour aller chercher mon TGV à la gare de Lyon.

Samedi 28 janvier 2012. Versailles, Mireval, Carcassonne.

Lever 5h15 chez Florent, rue de Vergennes à Versailles ; mal réveillé, je ne trouve pas mes lunettes… TGV gare de Lyon à 7h15. Texto d’Isabelle de Beaumont-Bazelaire m’annonçant son hospitalisation à Brive : je me demande bien comment elle peut envisager de s’installer seul à Merville dans les étages avec sa cuisine au bas de la cage d’escalier… Temps magnifique en survolant la Bourgogne ; nous sommes déjà en Provence vers 10h : cyprès, mouettes, canaux etc.

10h06, Nîmes déjà ; changement de train !

Téléphone à Maguelonne qui va mener Laure à Mireval où Evelyne après avoir fait partir François à Foi et Lumière va la garder en attendant que j’arrive vers 13h30.

Diaire de la semaine sur mon ordinateur portable.

Ce soir dîner à Carcassonne et théâtre avec Sabine Lemarié, les Bruno de Lambert des Granges, Bénédicte et Jean de Rigaud-Maurémont, les Cibeins etc.

Jeudi 16 février 2012. En vol AF 6112 Air Bus 320. Orly-Toulouse.

Nous sortons d’un fort épisode neigeux sur le Lauragais qui nous a bloqués pendant près d’une semaine : voiture immobilisée dans une congère sur la route d’EnCès à Canast, canalisations gelées à la métairie et sur la face ouest de la maison où se trouvent les w c et la salle de bain etc. J’ai dû annuler un certain nombre de réunions importantes à Carcassonne dont deux prévues en présence de la préfète.

Mardi soir conseil d’administration exceptionnel de l’Académie de Versailles pour approuver le compromis au sujet de la succession Bonnefous : vente de l’immeuble familial de la rue Limoges pour six millions d’euros et achat de la petite chapelle de l’hôpital Richaud pour y installer notre Académie qui trouve ainsi dans une perspective beaucoup plus brillante qu’auparavant. Dénouement imprévu là où j’avais sérieusement pensé l’an dernier déclencher une instance judiciaire avec Mme Michel de Guilhenchmidt ; mais ceci n’est peut-être pas sans effet sur cela ? Patricia Bouchenot-Déchin participait à ce conseil alors que jusqu’à présent elle n’était plus convoquée par mon successeur qui a pris le contrepied de tout ce que nous avions mis en place durant deux présidences harmonieuses. Mais le succès recolle les morceaux. Je finis  enfin cette année mon mandat de vice président qui fait suite à ma présidence elle-même précédée par deux autres années de première vice présidence, Six ans en tout !.

Mercredi autre conseil d’administration : celui de l’association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez dans les locaux somptueux de la rue d’Astorg où nous prenons désormais nos habitudes ; évolution également favorable grâce à une installation immobilière exceptionnelle, constante de mes différentes responsabilités depuis Belfort, Marseille et Versailles. Presque tous les administrateurs sont présents et actifs.

Samedi et dimanche 18 et 19 février 2012. Mireval.

Nous sommes samedi matin seize enfants et petits enfants à dîner à Mireval à la salle à manger : il n’y manque que les Truchis. Rite du brûlement d’un énorme tas de branchages dans le tennis par un temps maussade mais il n »y a pratiquement plus trace de neige. Jean-Manuel et François font plaisir à voir à travailler dans le parc à éliminer les souches de lauriers arrachés les semaines précédentes par Areck. Les choses se précipitent de plus en plus à la veille de mon nouveau départ pour l’Egypte où je serai allé tous les deux mois depuis juillet dernier ; en une époque de transition et de profonds bouleversements pareils, c’est vraiment un privilège.

Lundi 20 février 2012. En vol Paris-La Caire, AF 508, Airbus A330 bimoteur.

Arrivé vers 8h du matin en gare d’Austerlitz où je prends ma douche traditionnelle, je rejoins tranquillement l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle par le RER en passant par Saint-Michel, Chatelet-les-Halles et Gare du Nord. Je retrouve le groupe de l’Ideo sans trop de difficulté alors que je n’y connais absolument personne : plutôt âgé, à peu près de ma génération mais accueillant de toute façon. Je fais tout de suite connaissance d’un architecte qui a travaillé avec l’école d’architecture de Versailles, a eu Arretche comme patron de thèse, a travaillé avec Jean Castex, Depaule etc.  Nous parlons d’Hassan Fathy, Bernard Maury, Lauer etc. Je reprends dans l’avion l’ouvrage de Maillot sur les Coptes, question de me mettre un peu à jour pour la grosse semaine que nous allons passer ensemble. Outre les Amis de l’Institut dominicain d’études orientales l’Ideo), il y a également comme organisateurs Chrétiens de Méditerranée que je ne connais pas encore.

Mardi 29 février 2012. En vol AF 503 Airbus 777 long courrier.

Lever 4h et dernier petit déjeuner à l‘hôtel Méridien ou nous commençons nos adieux un peu émus après cette longue semaine passée ensemble. Nous rejoignons vite l’aéroport proche d’Héliopolis et embarquons sans encombre et tranquillement ; ma valise est enregistrée directement pour Toulouse puisque nous volons sur Air France.

Le bilan est extrêmement positif pour un voyage d’études auquel  je m’étais inscrit brusquement sans trop savoir à quoi cela m’engageait : il y avait la caution de Jean-Jacques Pérennès, directeur de l’Institut dominicain d’études orientales où j’avais été accueilli sur la recommandation de Bernard Montagnes en 2005, juste après la mort de Luce. L’information m’était parvenue par le biais des amis de l’Idéo auxquels j’avais souscrit d’abord en reconnaissance, ensuite en raison de la qualité de leur lettre qui a donné parmi les meilleurs commentaires des événements de 2011 en Egypte. Mon intérêt pour ce pays où je suis allé pour la première fois en 1982 ne fait que croître et je m’y rends le plus souvent qu’il m’est possible : en juillet 2010 pour un colloque sur les saint-simoniens et l’Egypte organisé par notre ami le Dr. Ahmed Youssef, puis en juillet 2012 à l’invitation cette fois-ci de Jean-Yves Empereur et de son Centre d’études alexandrines pour la réunion annuelle sur la numérisation de la presse francophone d’Egypte et pour étudier la faisabilité d’un voyage d’études de notre association sur le canal de Suez, que l’on me déconseillait alors fermement ; puis en octobre pour ce fameux voyage qui fut un grand succès en plein milieu des bouleversements de la transition démocratique ; en décembre enfin à l’invitation des Archives nationales d’Egypte pour parler de la création des Archives nationales par l’assemblée constituante de 1789 : j’avais alors repris contact avec l’Ideo qui m’avait invité à déjeuner le jour de Noël. Entre temps j’étais allé écouter au couvent du bd Saint-Honoré un débat entre Jean-Jacques Pérennès et la journaliste Claude Guibal, soirée organisée précisément par l’Ideo. Mon inscription était encore problématique car je m’étais bien préinscrit mais j’avais négligé de confirmer à la date limite de clôture des inscriptions ; j’avais dû solliciter une intervention de Jean-Jacques Pérennès pour arriver à mes fins. Il  a enfin en filigrane fort l’influence du père Bernard Montagnes qui m’a introduit dans la vie du père Lagrange, le fondateur de l’Ecole biblique de Jérusalem, elle-même à l’origine de la fondation de l’Ideo… Ce qui est nouveau pour moi est que je ne suis pas familier des voyages organisés et surtout que ma démarche vis-à-vis de l’Egypte contemporaine a consisté à m’intéresser presqu’exclusivement à la société civile en négligeant le phénomène religieux, copte en particulier. J’ai profondément évolué cette année en raison d‘une révolution à laquelle je ne m’attendais pas malgré la lecture d’Halaa el-Aswany, et où les problèmes religieux sont apparus au grand jour. Evolution personnelle enfin d’un intérêt renouvelé pour la priorité aux plus pauvres qui renoue avec mes premiers contacts avec Economie et Humanisme du père Lebret, encore un dominicain, les fraternités de Charles de Foucauld, la Cimade à Marseille avec Inter Services Migrants et le mouvement de la Vie Nouvelle où nous sommes restés longtemps à Versailles où nous avions des contacts chaleureux avec le responsable de la mosquée de la rue Mermoz. L’Association du souvenir de Ferdinand de Lesseps enfin dont je suis administrateur depuis 1983 est marquée par l’extraordinaire charisme de Jean-Paul Calon qui l’a délibérément orientée vers un rapprochement franco égyptien à travers l’histoire de Ferdinand de Lesseps et de la Compagnie universelle, un des sujets les plus controversés qui puisse exister avec nos amis égyptiens. Pardessus tout, la dynamique lancée en 1982 autour des Cahiers du Sud et de l’Orient des Provençaux où j’étais chargé de la partie consacrée à la Provence et l’Egypte de Bonaparte à l’inauguration du canal de Suez.

« Chrétiens de Méditerranée » est pour moi une découverte : milieu assez homogène marqué par l’aide aux communautés palestiniennes, les pèlerinages en Terre Sainte et le dialogue Cristiano-musulman. Un ménage d’Aix-en-Provence a appartenu à la Vie Nouvelle, ce mouvement personnaliste fondé par Jacques Delord auquel nous avons participé à Marseille et à Versailles. ….Jean-Claude Petit a été directeur de La Croix, d’autres sont dans différents mouvements œcuméniques ; Samir Nassif est copte catholique, très impliqué. Hervé et Françoise Guerbé habitent Grand Siècle à Versailles où ils connaissent bien Sybille et Claude Nicolas ; Dominique Rohard est architecte, membre d’une fraternité saint Dominique. Patrick Gérault est responsable du groupe au titre des amis de l’Institut dominicain d’études orientales dont le secrétaire général … Vallon est directeur des relations humaines de la Bnf.

Quant à Jean-Jacques Pérennès qui nous suivra durant toute la semaine, c’est une figure marquante de l’ordre des dominicains, qui a rédigé la biographie de Mgr Claverie, l’évêque d’Oran assassiné récemment, et du père Anawatti qui joua un rôle clé à l’Ideo au sein de la société égyptienne dont il était issu ; il prépare deux autres biographies, celles du père Jansen, membre de l’Ecole biblique de Jérusalem et fondateur de l’Ideo, qui fut officier de renseignements aux côtés du colonel Lawrence durant la guerre de 1914 , et celle du père de Beaurecueil qui vécut en Irak et au Moyen-Orient. Comme Mgr Claverie, il n’est pas question pour lui de quitter l’Egypte quelque soit son avenir ; il est resté au Caire pendant tous les événements de l’an dernier, le couvent étant protégé par quatre chars sans ennui particulier sinon un cambriolage relativement mineur. Jean-Jacques Pérennès et les dominicains du Caire ont une connaissance remarquable de la société égyptienne, dans absolument tous les milieux que ce soit à al-Azhar avec le grand imam, chez les frères musulmans, chez les coptes orthodoxe et catholiques, chez les « révolutionnaires » de janvier 2011 dont ils ont hébergé un certain nombre, ou dans le corps diplomatique : il n’est pas passé inaperçu que Jean-Jacques Pérennès tutoie Jean Félix-Paganon, notre ambassadeur de France au Caire. Il allie à une présence physique massive une grande maîtrise de l’exposé et de la synthèse : ce n’est pas un dominicain pour rien ; il laisse enfin dévoiler une forte sensibilité relationnelle qui le mène à se fondre admirablement avec ses interlocuteurs. Il n’est pas dénué d’un brin d’humour allié à un grand recul par rapport à l’actualité. C’est un homme d’expérience et aussi un savant pour qui la langue et les écrits arabes n’ont pas de secret. Confiant en l’avenir de l’Egypte alors que l’immense majorité de la population musulmane a voté en faveur des partis islamistes, il a un discourt tout en nuances : il parle d’un fonds d’inquiétude, de rêve islamiste, « que va-t-il en être des chrétiens ? ». Il parle d’effets, de peurs et d’éléments de compréhension à situer dans une longue histoire et par rapport au passé chrétien du pays par rapport à ce qu’il est aujourd’hui. Pour lui « il n’y a pas de question simple ».  Il développe devant nous un exposé introductif très clair, nous parlant d’un « changement de regard sur les religions qui aboutira à Vatican II. »

Les pionniers :

Charles de Foucauld mort en1916 au cours d’un rezzou et non en martyr, qui a voulu être un chrétien parmi les musulmans ; Massignon avait été pressenti pour lui succéder. Les petits frères de Jésus sont ses successeurs ; les petites sœurs n’ont jamais quitté Kaboul, allant jusqu’à porter le voile islamique aux pires moments.

Massignon (1883-1962), orientaliste retrouvant la foi en 1908 en Irak « grâce à l’hospitalité des musulmans » ; son principal livre : Les trois prières d’Abraham ; pour lui les musulmans sont d’une certaine manière nos frères dans la foi.

Jeudi 22 mars 2012. Béziers.

Lever à 4h45 à Versailles. TGV en gare de Lyon. Changement à Montpellier.

14h30 accueil en gare de Béziers par Gilles Bancarel connu par ailleurs au titre des célébrations en mémoire de l’abbé Raynal. Il me conduit en centre ville au vieil et prestigieux hôtel de la Société archéologique, artistique et littéraire de Béziers où je présente François de Vésian, officier, dilettante et photographe des arènes de Béziers ; le diaporama semble intéresser un public qui me semble différent de celui de l’époque de Jean-Denis Bergasse dont on déplore le décès aussi brusque que récent. Régis Ramière dont la mère est native de Béziers assiste aussi à cette séance académique et me ramène en voiture à Mireval, occasion précieuse d’échanger des souvenirs de notre jeunesse commune.

Gilles Bancarel me fait également visiter le bâtiment neuf du CIRDOC, centre de documentation relié à la BnF consacré aux publications occitanes ; dans  une vitrine, un facsimile du Breviari d’Amor composé au XIIIe siècle à Béziers. Je suis stupéfait de son ampleur et des moyens mis à la disposition des langues régionales méridionales par les collectivités territoriales : douze collaborateurs à temps plein !

Vendredi 23 mars 2012. Carcassonne.

Matinée à Mireval à reprendre le cours des affaires en cours, notamment en ce qui concerne l’ancienne écurie qui possède enfin désormais ses portes et fenêtres.           Il y a encore à mettre en place la cage d’escalier et la chambre du haut de l’ancienne remise au sud.

Déjeuner-pizzas au coin du feu de bois, dans la cuisine en sous sol, avec Maguelonne et nos deux ouvriers Arek et Olivier qui arrachent des buis à Crabo pour les replanter le long du mur en terrasse de la route à Mireval.

15h. Chambre d’agriculture de l’Aude, zone de Sautés à Trèbes. Session. Longue séance globale sur les problèmes de l’eau dans le département. Chaque individu consomme cent cinquante litres d’eau par jour dont un pour cent seulement pour boire… J’aperçois [Jean-Claude ?] Monod, du Mas-Saintes-Puelles, Jacques de Saint-Exupéry, Jacques Serres, Serge Vialette, et bien sûr Guy Giva qui évoque la fin de son mandat. Je me demande combien de temps je dois assure ces responsabilités assez décalées par rapport à mes préoccupations principales.

20h. Château de Pennautier. Dîner dans le chai avec les administrateurs de la Société d’études scientifiques de l’Aude : Me de Capella, MM. Sauvayre, Blanc, Prun, Roubion etc. Mme Viala, de Castelnaudary. On me reparle d’une candidature éventuelle déjà évoquée pour la présidence de cette Société d’études scientifiques de l’Aude dont je suis membre depuis un demi-siècle déjà… J’hésite beaucoup car le dois absolument baisser significativement le niveau de mes activités. Je quitte enfin le cycle de l’Académie de Versailles fin juin ; dois-je cesser mes activités rurales pour me lancer – ou me replier ? – sur ce nouveau chantier de proximité ? Suez me prend de plus en plus de temps par ailleurs…

Samedi 24 mars 2012. Toulouse.

Lever 5h30 pour rejoindre l’aéroport de Toulouse-Blagnac où François prend son avion pour Paris à 7h15. Florent le récupère pour passer le weekend avec lui. Je patrouille dans Ramonville pour me faire de la monnaie nécessaire pour obtenir un billet de métro afin de débuter ma matinée place du Capitole, lire mon journal et rédiger mon diaire qui est en panne depuis mon retour d’Egypte, fin février ; que de choses faites depuis !

En décembre j’étais au Caire lorsque l’on récupérait les restes fumants des archives de l’Institut d’Egypte ; j’étais en région toulousaine au moment de la tuerie de Montauban et de Toulouse où l’on a vu un jeune franco-algérien de vingt trois ans tuer froidement septe personnes dont quatre juifs dans une école de Jolimont sur la Côte pavée, paisible quartier résidentiel où habitent les Emmanuel Ramière, non loin du lycée de Rémy de Truchis. Cinq mille personnes sont venues manifester hier soir sur cette place du Capitole qui résume à elle seule la ville de Toulouse.

Je me trouve au cœur d’un singulier défis qui consiste à témoigner de l’élévation de l’Islam, de son pacifisme, alors qu’une frange violente issue des zones de conflits du Proche Orient importe sur notre sol une violence quasiment militaire à laquelle nous ne sommes plus préparés depuis les années soixante qui ont vu la fin de cette atroce guerre d’Algérie : j’étais lycéen à Toulouse à cette époque, celle de 1956 avec le débarquement à Suez et déjà les mouvements « Algérie française » auxquels brièvement – heureusement – j’avais été sensible sur influence de mon milieu social et familial.

Le drame de Toulouse met bien en valeur l’ambiguïté d’un certain nombre de juifs français par rapport à Israël ; la famille décimée possédait la double nationalité française et israélienne tout en étant versaillais d‘origine, ce qui de toute façon ne justifie rien sur notre sol national. J’ai envoyé tout de suite un message de solidarité au rabbin Sam Ouazam, membre de l’académie de Versailles, qui m’en a remercié chaleureusement.

A 10h30, tout autre programme : assemblée générale de l’association Henri-Rousseau qui est partenaire de notre association Lesseps, le peintre orientaliste Henri-Rousseau étant natif d’Ismaïlia. Cette association de plus de cents membres est essentiellement animée par Ariane de Chassy, belle sœur de mon ami des années toulousaines, Henri Gèze qui avait été mon chef scout-routiers.

Ce soir dîner au château de Las Courtines, à Gaja-la-Selve, pour l’anniversaire de Véronique Leroy d’Audéric : c’est la première fois que j’t suis reçu ; ma mère en parlait avec éloge du temps de son amie Madame Mormich. Enorme propriété exploitée par Véronique qui nous dit en avoir racheté les autres parts familiales ; véritable château dans une contrée où il n’y en a pas tant que cela ; sorte de bastide du XVe siècle dont les salons sont toujours meublés de façon traditionnelle : glaces dorées, peintures à l’huile, grand lustres en verre de Venise etc. Très bien entretenu ; nous y pénétrons par la cuisine car des travaux sont en cours et une haute grue attaque la toiture d’une tour d’angle. On y accède par une longue allée qui serpente au milieu d’’épais bois de chêne clôturés d’Ursus comme pour des sangliers. Nous ne sommes qu’une dizaine autour de Laurent Spanghero que j’approche ainsi pour la première fois : il nous explique longuement la recette de fabrication du cassoulet de sa grand-mère et les difficultés de les faire entrer en boite ; il nous entretient également de ses voyages en Argentine où il a tenté de créer des affaires ; c’est un homme spontané et profond qui n’a pas oublié ses origines modestes et qui se dit mobilisé par les handicapés qui fréquentent ses ateliers de Castelnaudary. Un autre ménage est intéressant aussi : lui industriel à Villefranche de Lauragais, elle exploitante de vignes du côté de la cave de Routiers. Milieu Rotary et confrérie du cassoulet.

Vendredi 30 mars 2012. Paris.

Arrivée à Austerlitz avec un retard d’une demi -heure. Petit déjeuner et douche.

10h. Rue d’Astorg où je retrouve Philippe Capron, Claudine Auger et Jean-Philippe Bernard. Affaires courantes de l’association.

11h. Thierry Fabre, coordonnateur des expositions et de l’international au Musée de la Méditerranée de Marseille, MUCEM, vient visiter le musée pour choisir des œuvres à présenter dans le cadre de Marseille 2013. Brillant déjeuner ensuite avec Menehould de Bazelaire qui contribue aussi à ces manifestations avec son musée Hermès. Brillant déjeuné à la brasserie où se joignent l’ingénieur général Jean-Philippe Bernard et Philippe Capron.

« Merci pour votre si bel accueil! Très heureux d’avoir pu voir les œuvres et qu’elles puissent trouver leur place dans l’exposition.  J’espère à bientôt à Marseille. Il y a une réunion de travail le 19 avril du conseil scientifique dont j’aimerais que vous acceptiez de faire partie… Amitiés. »

Thierry Fabre 

Cher ami,

votre passage éclair rue d’Astorg a été un encouragement pour nous tous et pour les buts communs que nous poursuivons dans nos différentes institutions essentielles pour comprendre les points de fracture sur lesquels buttent nos contemporains de part et d’autre de la Méditerranée ; celle-ci devient malheureusement de plus en plus un lieu de fractures, de cette « ubris » chère aux Grecs de l’Antiquité, qu’Albert Camus a si bien décrite, loin du mythe d’une paisible mer latine « mare nostrum », terme qui nous a valu nombre d’ambiguïtés tragiques. Le rêve des saint-simoniens comme les réalisations de Lesseps sur l’isthme de Suez sont au cœur de cette problématique.

J’ai aimé que nous éprouvions tous les deux ensemble l’envie de citer ces « Andalousies perdues » du fameux discours de clôture de son cours au Collège de France par Jacques Berque, Jacques Berque dont j’ai fait la connaissance éclairée lors des manifestations de l’Orient des Provençaux au début des années 80. Nous sommes bien sur la même longueur d’onde.

Du coup je viens d’acheter et lire d’un seul trait ces Carnets d’Orient de Jacques Fernandez que je ne connaissais pas encore, ma culture en ce qui concerne l’Algérie étant fort lacunaire, ce qui n’est du reste pas un hasard pour quelqu’un de ma génération… j’y ai retrouvé avec émotion une très belle évocation de Jean Charlot que j’avais retrouvé plus tard à Pézenas. J’y ai retrouvé aussi avec plaisir un beau texte de Bruno Etienne, à côté de ses travaux sur Abdel Kader que, eux, je connais bien depuis longtemps, Abdel Kader qui joua un rôle si important en Egypte, sur le canal de Suez et à Alexandrie, ce qui n’est pas toujours bien relevé.

Nous attendons par l’intermédiaire de la RMN la demande officielle du prêt des œuvres de notre musée de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez que vous avez sélectionnées. Nous sommes heureux qu’elles participent ainsi en 2013 à la grande opération de Marseille capitale culturelle. Il y aurait éventuellement d’autres documents graphiques déposés aux Archives du Monde du Travail de Roubaix qui seraient susceptibles de vous intéresser.

Vous me proposez enfin de faire partie du conseil scientifique de cette exposition sur leBleu et le Noir dont vous êtes responsable : je l’accepte avec plaisir dans la continuité de l’Orient des Provençaux du temps où j’étais Marseillais – mais ne le suis-je pas toujours un peu ? – et de La Pensée de Midi dont nous déplorons tant la disparition. Je vais essayer de me libérer le 19 avril, jour où nous organisons précisément une conférence de l’amiral Bellec sur l’Orientalisme

Grâce à vous et avec Menehould de Bazelaire, nous avons participé à un déjeuné d’une rare élévation culturelle sous les auspices des Cahiers du Sud, de René Char, de Gabriel Audisio et de Louis Brauquier, et même de Bahia dont vous m’avez révélé les liens avec André Breton mais que j’avais présentée au Palais des Beaux arts, place Carli, avec Jean de Maisonseul.

L’ombre d’Edmonde Charles-Roux plane sur tout cela : quel serait son engagement éventuel ? J’aurais plaisir de boucler ainsi un long cycle méditerranéen qui m’a marqué à jamais.

Je demeure selon l’usage administratif à votre disposition pour tout renseignement complémentaire dont vous aurez besoin,

Mais surtout bien amicalement,

Arnaud Ramière de Fortanier

18h. Rue des Saint-Pères, remise des insignes des Arts et Lettres à ma filleule Menehould de Bazelaire en même temps que sa sœur, Diane de Fougeroux, reçoit les Palmes académiques des mains du directeur de l’Enseignement diocésain pour sa carrière d’enseignante chez les Jésuites de Reims et à Paris. Occasion pour Menehould et moi-même d’évoquer des souvenirs de famille et des carrières artistiques et littéraires inhabituelles dans nos familles ; j’évoque l’effarement des parents d’Olivier-Pomponne de Bazelaire de Rupierre annonçant son intention de « faire » les Beaux arts avant de devenir un architecte réputé auprès du comte de Paris et du Négus. Je lis à cette occasion des textes de Menehould dans la luxueuse revue d’Hermès sur les carpes japonaises à contre courant, les papillons ou les carnets de bal. C‘est l’occasion d’une importante réunion de famille où se sont joints bien entendu les Saint-Exupéry ou des amis proches comme Emmanuel Starcky, directeur du service à compétence nationale des musées et domaines de Compiègne et de Blérancourt qui a connu Menehould au temps où elle travaillait au Cabinet des dessins du musée du Louvre sous la bienveillante autorité de Roselyne Bacou, cohéritière de l’abbaye de Fontfroide. Il y a les René de Crevoisier, les Patrick et Jean de Roquefeuil, les Jacques de Saint-Exupéry qui ont bien connu Luce, une des filles de Tristan de Bazelaire de Boucheporn qui est veuve d’un Villèle à Mourville, Françoise de Boudemange, les Jean, Christian et Hugues de Bazelaire, les Pillet-Will, Benque, Augier de Cremiers, Chassain du Guerny, Cugnac, Sorbay, du Rusquet, Patrick Regnault de Beaucaron… J’y retrouve également François Maçay de Lespinay, ancien inspecteur général au ministère de la culture, excellent historien de l’art, et son épouse qui a été l’adjoint aux affaires culturelles à la mairie de Paris du temps de Jacques Chirac : ils sont les beaux parents d’un enfant des Fougeroux.

Coucher à Versailles chez Florent.

Samedi 31 mars 2012. Versailles.

15h. Hôtel de Ville. Assemblée générale extraordinaire de l’Académie de Versailles pour valider la liquidation de la succession du chancelier Bonnefous : la famille récupère l’hôtel particulier de la rue de Limoges que nous avons en indivision, et verse six cents mille euros qui vont permettre de finaliser l’acquisition de la chapelle des sœurs de l’ancien hôpital Richaud, en plein centre ville jouxtant le marché Notre-Dame, restaurée spécialement pour l’Académie à un prix de faveur. Notre premier vice-président, futur président, Frédéric Didier, est l’architecte des Bâtiments de France chargé de la partie historique de cette importante rénovation. Aboutissement d’un long processus dont j’avais fini par désespérer sous ma présidence au point de mettre en route l’an dernier une procédure judiciaire par l’intermédiaire de Me Michel de Guilhensmidt, ce qui n’a sans doute pas été sans effet sur la conclusion heureuse advenu du temps de mon successeur, Bertrand Lissarague, providentiellement avoué près la Cour d’Appel de Versailles. Il faut se souvenir que les plus anciens de l’Académie, souvent anciens conseillers municipaux à l’époque d’André Damien, donc anciens collègues des Bonnefous, conseillaient fermement d’abandonner tout espoir de ce côté et même de refuser purement et simplement la succession… J’ai été en froid à cause de cela avec Catherine Lecomte comme avec Alain du Closel qui, beaux joueurs, ont voté positivement le dénouement présent, seul pour une raison inexpliquée notre secrétaire perpétuel, le poète Jehan Despert, s’est abstenu. Cela ouvre une ère nouvelle à l’Académie des sciences morales, lettres et arts de Versailles et d’Île de France qui n’en finissait pas de perdre des positions depuis qu’André Damien l’avait fait sortir des anciens locaux prestigieux des Archives des Affaires étrangères de la rue de l’Indépendance américaine, actuelle bibliothèque municipale. Etienne Pinte, lui, nous supprima la grande salle de l’hôtel de ville pour nous reléguer dans les sous sol, salle Montgolfier ; quant aux locaux pompeusement nommés « Fondation Bonnefous », rue Ménard, malgré une rénovation fort couteuse, il ne s’agissait que d’un cul de sac malsain et sans prestige à côté de l’hôtel particulier vétuste mais dont néanmoins la salle à manger nous servait de salle de réunion académique. J’y retrouve Patricia Bouchenot-Déchin, le père Allouchery désormais chanoine de la cathédrale de Versailles, le baron Pinoteau, Eric Roussel, Olivier de Rohan, Alain du Closel, Nicole Dreneau, Frédéric Didier. Catherine Lecomte m’annonce la mort de sa mère  presque centenaire qui avait bien connu et apprécié Luce. Il s’y trouve également mon successeur, Elisabeth Gauthier-Desvaux.

Dimanche 1er avril 2013. Versailles.

Journée ensoleillée mais que je passe à travailler rue de Vergennes afin de consolider tout ce que je fais et qui se disperserait sans cela. Florent non plus ne bouge pas. Nous passons la journée face à face sur la table ronde en bois blanc devant nos ordinateurs. Touchant…

Lundi 2 avril 2012. Paris – Versailles.

Matinée rue d’Astorg où je prends connaissance de l’actualité du secrétariat à la veille de notre assemblée générale ; je mets sous enveloppe les invitations illustrées pour la conférence de l’amiral Bellec sur la tentation de l’Orientalisme. Déjeuner seul à la cantine en sous-sol.

14h45, 5 quais de l’horloge. Visite de la Cour de Cassation sous la direction du premier président Vincent Lamenda qui a exercé à Versailles dont il est toujours membre de l’Académie. Séance de l’Association de promotion des archives privées (APPAP) dans la grande salle d’audience  sous la présidence de Jacques Pérot. Excellent exposé sur les archives des parcs et jardins de Jean-Pierre Bady, ancien directeur du Patrimoine et aussi ancien directeur de l’Ecole du Patrimoine alors que j’y étais vice-président du jury du concours d’entrée.

Cocktail dans la tour du Bec où je retrouve Menehould de Bazelaire et Patrick de Beaucaron, Daru, Teilhard d’Erry, le marquis de Quinsonas-Oudinot etc.

19h30. Versailles à la Synagogue, très belle et émouvante cérémonie en mémoire des victimes juives de la tuerie de l’école de Toulouse, dont trois sont d’origine versaillaise. J’y retrouve le général Xavier Gouraud et son épouse née Hélène Gèze bien connue à Toulouse au temps du Caousou, sœur d’Henri Gèze, condisciple au Caousou et au lycée Pierre de Fermat,  qui avait été mon chef scout-routier et qui s’était tué en montagne : j’ai rencontré sa veuve, Diane de Chassy, la semaine dernière à Toulouse. Je vais dîner ensuite avec les  Bonneteau  non loin de là, rue Montebello, chez Annie et Joseph Musseau : ils repartent ensemble en Algérie pour y visiter de petites communautés chrétiennes résiduelles, cela pour la troisième fois consécutive.

Mercredi 4 avril 2012. Paris.

Je m’arrête quelques minutes quai Malaquais pour admirer les lieux et prendre un petit noir au café des Beaux arts ; un magnolia est en fleur ; je prends des photographies ; il n’y a pas grand monde à cette heure ; impression d’un monde immobile aux pieds du palais Mazarin où j’ai rendez-vous à 10h avec Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut. On me demande à l’entrée à quelle académie j’appartiens… De nombreux souvenirs m’assaillent en ce lieu singulièrement chargé d’histoire et où je suis venu souvent pour des événements importants. Mon père y avait reçu le prix des Antiquités nationales et mon nom y avait été proclamé à l’entrée et à la sortie de l’Ecole des chartes ; nous y sommes venus souvent avec Jean Favier du temps où j’exerçais à la direction des Archives de France, et ensuite avec les Académies de Province ; Jean Messmer inaugura les Archives des Yvelines en tant que chancelier de l’Institut comme André Chansom, de l’Académie française, l’avait fait un demi siècle avant à peu près à Belfort. Dans la salle d’attente décorée de tableaux et de sculptures de qualité, je prends en photos sous toutes les coutures le buste du chancelier Bonnefous, bienfaiteur de l’académie de Versailles, par Paul Belmondo. Mon compte rendu :

J’ai été reçu à son invitation par M. Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, quai Conti, le 4 avril 2012 de 10h à 11h.

Il s’agissait de faire le point sur le dépôt et le classement du fonds Goby auprès de l’Association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez. Nous avons constaté ensemble que cette opération s’est déroulée rapidement et dans les meilleures conditions au vu de l’état déplorable dans lequel  l’essentiel de ces documents se trouvait il y peu de temps encore, à même le sol de l’écurie de l’abbaye de Chaalis. Le chancelier laisse à l’Association l’initiative de la localisation définitive de cet ensemble et convient d’une manifestation de pose d’une plaque commémorative rue d’Astorg qui pourrait se situer au mois d’octobre prochain. Notre correspondant est Mme Pétrie, directeur des Services administratifs, que j’ai rencontrée également.

Nous nous sommes entretenus également de l’éventualité d’un dépôt en Egypte d’une partie de la Bibliothèque d’Edouard Goby, comme cela a été envisagé l’an dernier. Le chancelier estime qu’au vu des événements actuels il convient de reporter à plus tard cette réflexion ; il rappelle les actions que l’Institut a menées en Egypte tant à l’Université française qu’auprès de la Bibliotheca Alexandrina.

Un prix Goby est décerné tous les ans par l’Institut de France, conformément aux termes du legs d’Edouard Goby. Le comité qui s’en occupe en ce moment est en cours de réorganisation sous l’autorité du secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles lettres ; il s’agit de Michel Zinc que je connais bien, spécialiste de langue et littérature romane, domaine de ma thèse d’Ecole des chartes, il a présidé la séance solennelle de rentrée de l’Académie de Versailles du temps de ma présidence. Nous sommes aussi en relation avec d’autres membres de cette académie : Jean-Pierre Babelon, ancien inspecteur général des Archives de France et gestionnaire de l’abbaye de Chaalis où se trouvait le fonds Goby, Olivier Picard, mon condisciple à Henri IV et ancien directeur de l’Ecole française d’Athènes, et bien sûr, Jean Favier qui a été l’interlocuteur de Jacques de Vogüé pour le dépôt de nos Archives auprès des Archives nationales. Notre implication dans la gestion de ce prix est de l’ordre des possibilités à envisager dans les temps qui viennent.

J’ai demandé à M. de Broglie s’il accepterait de figurer parmi les membres d’honneur de notre Association ; tout en répondant favorablement, il réfléchit pour savoir si cela relève de lui ou plutôt de M. Zinc. Nous allons lui écrire pour lui demander que l’Institut de France soit représenté à notre comité d’honneur et il décidera en conséquence.

Il est d’accord pour envisager une cérémonie officielle d’inauguration du fonds Goby rue d’Astorg avec  la pose d’une plaque commémorative. Nous allons écrire à M. Gérard Mestrallet pour connaître son calendrier en la matière.

J’ai tenu informé M. de Broglie de l’évolution de notre situation vis-à-vis de la Fondation de France qui s’avère inadaptée à la gestion de collections patrimoniales et historiques. Il insiste pour refuser absolument de se trouver en quoi que se soit en difficulté par rapport à la Fondation de France dont il convient néanmoins qu’elle n’est absolument pas conçue pour cela. Si seulement la Fondation de France ou GDF SUEZ prennent l’initiative de lui demander de nous accueillir comme fondation hébergée, il s’y montrera favorable car c’est tout à fait dans la vocation de l’Institut de France qui a une large expérience en la matière. Je m’en entretiendrai donc  dans les jours à venir avec notre administrateur, Mme Agathe Waqué-Rouge qui représente la Fondation de France dans notre conseil d’administration, et avec notre interlocuteur désigné à l’Institut, Mme Pétrie.

Nous avons enfin repris un sujet que nous avions déjà abordé plusieurs fois ensemble : la publication des souvenirs dont les Broglie détiennent le manuscrit , du voyage d’inauguration du canal de Suez par la dame d’honneur de l’impératrice Eugénie,  la comtesse Sigismond de Nadaillac ; ce document inédit avait été proposé à SUEZ du temps de M. Worms, et nous a également été communiqué par Edmonde Charles-Roux qui le tient de son père, dernier directeur de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez ; en accord avec elle, j’en envisage moi-même la publication depuis un certain temps. M. de Broglie en tant que président de la Société des Bibliophiles français, confirme son intention de publier ce document en édition limitée de luxe si nous lui en remettons le texte établi et convenablement annoté et accompagné des illustrations représentant l’inauguration du canal de Suez choisies entre autre parmi nos collections (Riou, Barry, Ėvremond de Bérard etc.). Il attendrait que GDF SUEZ en prenne en charge deux cents exemplaires et que nous contribuions au lancement d’une souscription. Il est passablement déçu par le temps écoulé à ce sujet. Je me suis avancé en exprimant l’opinion que nous serions en mesure de mener à bien cette entreprise relativement rapidement maintenant que notre installation est assurée ; cela entre en tout cas parfaitement dans le champ de nos compétences.

Je me dois de souligner l’attention que M. le chancelier de l’Institut de France a porté à toutes ces questions qu’il connait parfaitement, le temps exceptionnel qu’il y a consacré et l’estime qu’il manifeste pour nos activités comme vis-à-vis de M. Gérard Mestrallet et du groupe GDF SUEZ qui montre un souci exemplaire pour son patrimoine historique.

11h30. Je traverse la Seine sur la passerelle des arts toujours aussi animée en dehors du flux des voitures, à cheval entre le Louvre  et la coupole de l’Institut ; puis traversée de la cour carrée, pyramide et passage du Palais royal ; place Colette… Le Paris que j’aime.

Jeudi 5 avril 2012. Mireval.

6h54. TER en gare de Toulouse à la descente de mon train de nuit parti à 22h53 de Paris-Austerlitz. Les transports en commun toulousain sont parait-il en grève, mais pour une fois mon train régional est opérationnel… J’attends avec impatience de retrouver Mireval au Printemps et d’assister à l’éclosion des nombreuses plantes installées cette année avec Yves Moisdon. Sécheresse généralisée : il faut arroser en attendant les pluies printanières.

Je répartis de nombreuses brouettes de paillis, « mulch » pour les initiés sur les platebandes du nord sous la terrasse et près de la serre ; cela fait très belle impression.

La maison de François avance doucement : Hunt a posé les portes  et fenêtres et ECB retire l’échafaudage de la façade ouest pour laisser la place à Areck qui dégage l’emplacement des deux fosses de l’assainissement qui se trouveront sous la future terrasse en lames de bois ; j’éprouve des difficultés à choisir le pavage des sols.

Samedi 7 avril 2012. Mireval.

Marie-Sophie et Jean arrivent de Lyon vers midi avec leurs trois enfants ; ils ouvrent la maison du jardinier qui s’anime.

Pendant ce temps là Grégoire Dubrulle termine à Crabo son déménagement : il va s’installer seul rue de la Comédie à Castelnaudary où il recevra ses enfants une semaine sur deux. J’ai fait restaurer dans cette perspective pour Maguelonne  le gros canapé Napoléon III en acajou cubain par Monoury, l’ébéniste de Revel que nous aimons bien : le résultat est remarquable en rejoignant les quatre fauteuils correspondants précédemment restaurés eux aussi et recouverts d’un nouveau tissu moderne à grandes fleurs et rayures roses.

De son côté, Laetitia van Eersel réinstalle les trois juments poneys islandaises dans la prairie du puits, au nord de la maison ; très sympathique.

Dimanche 8 avril 2012. Mireval.

Messe de Pâques à Prouilhe où nous retrouvons les Noël et Jacqueline Ramière. J’achète et commence à lire un recueil de textes  réunis par Timothy Radcliffe et Lucette Verboven  La voie dominicaine –  Bayard, 2012 – où se trouve en particulier un beau témoignage de Jean-Jacques Pérennès qui m’a reçu en février dernier au Caire : « Je pense qu’à l’heure actuelle le plus grand défi est le dialogue avec l’islam. Il s’agit de l’une des priorités les plus importantes de l’Ordre ».  Timothy Radcliffe, p 27-28. « Si l’église n’est pas présente là où les choses sont difficiles, cela n’a aucun sens d’y aller quand tout va bien. En outre, notre présence est très appréciée. On me demande parfois «  Que pouvez-vous faire ? » Mais le problème n’est pas de « faire » quelque chose. Il faut « être » avec les gens qui sont dans le besoin. Je ne peux parfois qu’exprimer ma peine ». Jean-Jacques Pérennès, p 32.    

Déjeuner sur la terrasse de la maison du jardinier   avec Marie-Sophie, Jean-Manuel et leurs enfants auxquels se joignent Anne-Marie et Germain Noël. Les Dubrulle ne viennent pas  c’est le dernier jour de Grégoire à Crabo.

Lundi 9 avril 2012. Mireval et Crabonegado.

Premier jour où Maguelonne se trouve seule à Crabo ; elle vient déjeuner avec ses enfants à Mireval avec les Ramière encore à la maison du jardinier qui a bien trouvé sa vitesse de croisière. Temps magnifique ; soleil printanier dans un parc au mieux de sa forme.

Je coupe l’herbe de la grande prairie de Crabo qui n’a pas été traitée depuis plusieurs années : des pousses de frêne ont plus de deux mètres de haut ; cela me dérègle complétement la débrousailleuse qui se bloque sur le Fiat 550, mais le résultat est remarquable.

Le soir films de Maupassant à la télévision qui pour une fois mérite le temps passé à la regarder.

Mardi 10 avril 2012. Castelnaudary.

Petit marché de Pâques à Castelnaudary, agréable car il y a peu de monde : François en vacances adore cela. A Mireval Guy Cravero reprend le chantier d’électricité plomberie ; je passe chez Bouyssou pour lui fixer le choix du sol. Tonte des prairies à Mireval. Il commence à pleuvoir sérieusement : April shows… A Crabo, Areck change les serrures et réinstalle les éclairages là où Grégoire a emporté ce dont il a besoin pour sa nouvelle installation rue de la Comédie à Castelnaudary.

Diaire janvier 2012

Semaine du 24 au 27 janvier 2012. Paris, Unesco.

Commémoration du premier anniversaire de la Révolution égyptienne : notre association Lesseps est co invitante avec la délégation égyptienne auprès de l’Unesco et le bureau culturel de l’ambassade d’Égypte à Paris pour avoir subventionné cette opération avec quatre mille euros ; cela nous donne une visibilité assez exceptionnelLE vu la discrétion sinon l’absence des services publics français. Cela commence par un grand débat avec des personnalités d’ancien régime comme Boutros Boutros Galy ou des écrivains bien connus comme Robert Solé qui tentent de commenter des événements qui demeurent en grande partie inexplicables, leur futur encore plus alors que personne ne les avait prévus. J’y retrouve avec surprise et plaisir Gilles Guillaud avec qui nous avions introduit à Marseille Inter Service Migrants, et aussi l’ambassadeur en poste Nasser Kamel et Ali Maher son prédécesseur. Inauguration officielle ensuite de l’exposition de photographies sur la Révolution en présence des photographes, avec la projection sur sept écrans du système Cultnat imaginé par le Dr. Fathi Saleh qui avait fait inscrire les archives du canal au registre de la mémoire du monde du temps où il était conseiller culturel puis ambassadeur de l’Égypte auprès de l’Unesco. Cela se termine par un grand spectacle musical devant un millier de personnes par le groupe Inshad qui réunit des artistes musulmans, coptes et indonésiens. J’y retrouve entre autres Claudie Musy-Préault, les Billioud, Lina Sbei, Olivier Gagnier, Thierry Chambolle et Véronique Saint-Olive.

Le lendemain mercredi, c’était 111 bd Saint-Michel au Centre culturel égyptien où je présentais chaleureusement le Dr. Fathi Saleh. Anne René-Bazin nous y avait rejoints ainsi que Jean-Philippe Bernard, Philippe Capron, Amal el-Sabban et M. Toussaint, président des Vieilles Maisons françaises. Dîner ensuite au beau restaurant Le Méditerranée qui appartint à Jean Cocteau et à Christian Bérard. Conversation très littéraires grâce au directeur du centre culturel, Ismaïl…., architecte de formation, et le Dr. Ahmed Youssef qui évoque Taha Hussein dont on va fêter cette année le centenaire, Louis  Cossery, Naguib Mafhous et d’autres écrivains égyptiens. J’avais déjà un très bon souvenir de ce haut lieu du quartier latin, situé juste en face de l’Odéon, où nous allions du temps où l’Institut français d’Architecture se trouvait encore rue de Tournon. Excellente soirée : je raccompagne en taxi du côté de la Porte d’Italie Armelle Le Goff avant d’attraper mon train de nuit pour Versailles après une journée bien chargée… Jeudi studieux dans nos nouveaux bureaux de la rue d’Astorg où je continue à expédier des centaines de vœux avec la belle carte réalisée à partir d’un tableau d’Ėvremond de Bérard, et de mettre  le point final à l’édition de la plaquette du cent cinquantième anniversaire de la création de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez en panne depuis plusieurs années. Visites de M. Darolles, de Pierre Boulesteix, Jean-Philippe Bernard etc. Les choses se mettent en place ; Philippe Capron me fait déjeuner en brasserie avec un certain nombre de ses collègues de GDF SUEZ, dont Cayetanot, ce qui contribue à m’intégrer dans la vie du groupe. Je bénéficie désormais d’un badge pour entrer et circuler 1 rue d’Astorg, de la clé de nos bureaux, d’un poste informatique, bientôt d’un bureau présidentiel, véritable privilège dans probablement le quartier le plus onéreux de Paris.

Vendredi consacré au Dr. Fathi Saleh que nous retrouvons le matin à l’Unesco et qui se rend avec nous rue d’Astorg où nous le photographions dans la cage d’escalier d’honneur sous la plaque commémorative de l’Unesco où figure son nom. Il visite longuement avec Mme Amal el-Sabban le musée dans l’ancienne salle du conseil. Déjeuner vers deux heures en brasserie avec Philippe Capron, Jean-Philippe Bernard et M. Prache qui est un de nos plus anciens adhérents. Après midi studieuse à faire du secrétariat avec Claudine Auger jusqu’à 19h30. En plus du comité directeur GDF SUEZ et les Amis de l’Université française d’Égypte, j’envoie aussi des cartes de vœux au conseil de la Société d’études scientifiques de l’Aude et aux membres de l’Académie de Versailles : joignant l’utile à l’agréable, cela permet d’élargir à bon compte la réputation de l’association.

Dîner 7 avenue Constant Coquelin chez Jean-Louis et Annick Marcq avec Thierry Chambolle, Véronique Saint-Olive et le ménage Lepère de Graveron qui sont tous des anciens du voyage d’octobre en Égypte. Je me couche à pas d’heure chez Florent qui n’est pas encore arrivé et qui dort encore quand je repars sur la pointe des pieds dès 5h45 du matin pour aller chercher mon TGV à la gare de Lyon.

Samedi 28 janvier 2012. Versailles, Mireval, Carcassonne.

Lever 5h15 chez Florent, rue de Vergennes à Versailles ; mal réveillé, je ne trouve pas mes lunettes… TGV gare de Lyon à 7h15. Texto d’Isabelle de Beaumont-Bazelaire m’annonçant son hospitalisation à Brive : je me demande bien comment elle peut envisager de s’installer seul à Merville dans les étages avec sa cuisine au bas de la cage d’escalier… Temps magnifique en survolant la Bourgogne ; nous sommes déjà en Provence vers 10h : cyprès, mouettes, canaux etc.

10h06, Nîmes déjà ; changement de train !

Téléphone à Maguelonne qui va mener Laure à Mireval où Evelyne après avoir fait partir François à Foi et Lumière va la garder en attendant que j’arrive vers 13h30.

Diaire de la semaine sur mon ordinateur portable.

Ce soir dîner à Carcassonne et théâtre avec Sabine Lemarié, les Bruno de Lambert des Granges, Bénédicte et Jean de Rigaud-Maurémont, les Cibeins etc.

Jeudi 16 février 2012. En vol AF 6112 Air Bus 320. Orly-Toulouse.

Nous sortons d’un fort épisode neigeux sur le Lauragais qui nous a bloqués pendant près d’une semaine : voiture immobilisée dans une congère sur la route d’EnCès à Canast, canalisations gelées à la métairie et sur la face ouest de la maison où se trouvent les w c et la salle de bain etc. J’ai dû annuler un certain nombre de réunions importantes à Carcassonne dont deux prévues en présence de la préfète.

Mardi soir conseil d’administration exceptionnel de l’Académie de Versailles pour approuver le compromis au sujet de la succession Bonnefous : vente de l’immeuble familial de la rue Limoges pour six millions d’euros et achat de la petite chapelle de l’hôpital Richaud pour y installer notre Académie qui trouve ainsi dans une perspective beaucoup plus brillante qu’auparavant. Dénouement imprévu là où j’avais sérieusement pensé l’an dernier déclencher une instance judiciaire avec Mme Michel de Guilhenchmidt ; mais ceci n’est peut-être pas sans effet sur cela ? Patricia Bouchenot-Déchin participait à ce conseil alors que jusqu’à présent elle n’était plus convoquée par mon successeur qui a pris le contrepied de tout ce que nous avions mis en place durant deux présidences harmonieuses. Mais le succès recolle les morceaux. Je finis enfin cette année mon mandat de vice président qui fait suite à ma présidence elle-même précédée par deux autres années de première vice présidence, Six ans en tout !

Mercredi autre conseil d’administration : celui de l’association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez dans les locaux somptueux de la rue d’Astorg où nous prenons désormais nos habitudes ; évolution également favorable grâce à une installation immobilière exceptionnelle, constante de mes différentes responsabilités depuis Belfort, Marseille et Versailles. Presque tous les administrateurs sont présents et actifs.

Samedi et dimanche 18 et 19 février 2012. Mireval.

Nous sommes samedi matin seize enfants et petits enfants à dîner à Mireval à la salle à manger : il n’y manque que les Truchis. Rite du brûlement d’un énorme tas de branchages dans le tennis par un temps maussade mais il n »y a pratiquement plus trace de neige. Jean-Manuel et François font plaisir à voir à travailler dans le parc à éliminer les souches de lauriers arrachés les semaines précédentes par Areck. Les choses se précipitent de plus en plus à la veille de mon nouveau départ pour l’Egypte où je serai allé tous les deux mois depuis juillet dernier ; en une époque de transition et de profonds bouleversements pareils, c’est vraiment un privilège.

Lundi 20 février 2012. En vol Paris-La Caire, AF 508, Airbus A330 bimoteur.

Arrivé vers 8h du matin en gare d’Austerlitz où je prends ma douche traditionnelle, je rejoins tranquillement l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle par le RER en passant par Saint-Michel, Chatelet-les-Halles et Gare du Nord. Je retrouve le groupe de l’Ideo sans trop de difficulté alors que je n’y connais absolument personne : plutôt âgé, à peu près de ma génération mais accueillant de toute façon. Je fais tout de suite connaissance d’un architecte qui a travaillé avec l’école d’architecture de Versailles, a eu Arretche comme patron de thèse, a travaillé avec Jean Castex, Depaule etc.  Nous parlons d’Hassan Fathy, Bernard Maury, Lauer etc. Je reprends dans l’avion l’ouvrage de Maillot sur les Coptes, question de me mettre un peu à jour pour la grosse semaine que nous allons passer ensemble. Outre les Amis de l’Institut dominicain d’études orientales l’Ideo), il y a également comme organisateurs Chrétiens de Méditerranée que je ne connais pas encore.

Mardi 29 février 2012. En vol AF 503 Airbus 777 long courrier.

Lever 4h et dernier petit déjeuner à l‘hôtel Méridien ou nous commençons nos adieux un peu émus après cette longue semaine passée ensemble. Nous rejoignons vite l’aéroport proche d’Héliopolis et embarquons sans encombre et tranquillement ; ma valise est enregistrée directement pour Toulouse puisque nous volons sur Air France.

Le bilan est extrêmement positif pour un voyage d’études auquel je m’étais inscrit brusquement sans trop savoir à quoi cela m’engageait : il y avait la caution de Jean-Jacques Pérennès, directeur de l’Institut dominicain d’études orientales où j’avais été accueilli sur la recommandation de Bernard Montagnes en 2005, juste après la mort de Luce. L’information m’était parvenue par le biais des amis de l’Idéo auxquels j’avais souscrit d’abord en reconnaissance, ensuite en raison de la qualité de leur lettre qui a donné parmi les meilleurs commentaires des événements de 2011 en Egypte. Mon intérêt pour ce pays où je suis allé pour la première fois en 1982 ne fait que croître et je m’y rends le plus souvent qu’il m’est possible : en juillet 2010 pour un colloque sur les saint-simoniens et l’Egypte organisé par notre ami le Dr. Ahmed Youssef, puis en juillet 2012 à l’invitation cette fois-ci de Jean-Yves Empereur et de son Centre d’études alexandrines pour la réunion annuelle sur la numérisation de la presse francophone d’Egypte et pour étudier la faisabilité d’un voyage d’études de notre association sur le canal de Suez, que l’on me déconseillait alors fermement ; puis en octobre pour ce fameux voyage qui fut un grand succès en plein milieu des bouleversements de la transition démocratique ; en décembre enfin à l’invitation des Archives nationales d’Egypte pour parler de la création des Archives nationales par l’assemblée constituante de 1789 : j’avais alors repris contact avec l’Ideo qui m’avait invité à déjeuner le jour de Noël. Entre temps j’étais allé écouter au couvent du bd Saint-Honoré un débat entre Jean-Jacques Pérennès et la journaliste Claude Guibal, soirée organisée précisément par l’Ideo. Mon inscription était encore problématique car je m’étais bien préinscrit mais j’avais négligé de confirmer à la date limite de clôture des inscriptions ; j’avais dû solliciter une intervention de Jean-Jacques Pérennès pour arriver à mes fins. Il y a enfin en filigrane fort l’influence du père Bernard Montagnes qui m’a introduit dans la vie du père Lagrange, le fondateur de l’Ecole biblique de Jérusalem, elle-même à l’origine de la fondation de l’Ideo… Ce qui est nouveau pour moi est que je ne suis pas familier des voyages organisés et surtout que ma démarche vis-à-vis de l’Egypte contemporaine a consisté à m’intéresser presqu’exclusivement à la société civile en négligeant le phénomène religieux, copte en particulier. J’ai profondément évolué cette année en raison d‘une révolution à laquelle je ne m’attendais pas malgré la lecture d’Halaa el-Aswany, et où les problèmes religieux sont apparus au grand jour. Evolution personnelle enfin d’un intérêt renouvelé pour la priorité aux plus pauvres qui renoue avec mes premiers contacts avec Economie et Humanisme du père Lebret, encore un dominicain, les fraternités de Charles de Foucauld, la Cimade à Marseille avec Inter Services Migrants et le mouvement de la Vie Nouvelle où nous sommes restés longtemps à Versailles où nous avions des contacts chaleureux avec le responsable de la mosquée de la rue Mermoz. L’Association du souvenir de Ferdinand de Lesseps enfin dont je suis administrateur depuis 1983 est marquée par l’extraordinaire charisme de Jean-Paul Calon qui l’a délibérément orientée vers un rapprochement franco égyptien à travers l’histoire de Ferdinand de Lesseps et de la Compagnie universelle, un des sujets les plus controversés qui puisse exister avec nos amis égyptiens. Pardessus tout, la dynamique lancée en 1982 autour des Cahiers du Sud et de l’Orient des Provençaux où j’étais chargé de la partie consacrée à la Provence et l’Egypte de Bonaparte à l’inauguration du canal de Suez.

« Chrétiens de Méditerranée » est pour moi une découverte : milieu assez homogène marqué par l’aide aux communautés palestiniennes, les pèlerinages en Terre Sainte et le dialogue Cristiano-musulman. Un ménage d’Aix-en-Provence a appartenu à la Vie Nouvelle, ce mouvement personnaliste fondé par Jacques Delord auquel nous avons participé à Marseille et à Versailles. …Jean-Claude Petit a été directeur de La Croix, d’autres sont dans différents mouvements œcuméniques ; Samir Nassif est copte catholique, très impliqué. Hervé et Françoise Guerbé habitent Grand Siècle à Versailles où ils connaissent bien Sybille et Claude Nicolas ; Dominique Rohard est architecte, membre d’une fraternité saint Dominique. Patrick Gérault est responsable du groupe au titre des amis de l’Institut dominicain d’études orientales dont le secrétaire général … Vallon est directeur des relations humaines de la Bnf.

Quant à Jean-Jacques Pérennès qui nous suivra durant toute la semaine, c’est une figure marquante de l’ordre des dominicains, qui a rédigé la biographie de Mgr Claverie, l’évêque d’Oran assassiné récemment, et du père Anawatti qui joua un rôle clé à l’Ideo au sein de la société égyptienne dont il était issu ; il prépare deux autres biographies, celles du père Jansen, membre de l’Ecole biblique de Jérusalem et fondateur de l’Ideo, qui fut officier de renseignements aux côtés du colonel Lawrence durant la guerre de 1914 , et celle du père de Beaurecueil qui vécut en Irak et au Moyen-Orient. Comme Mgr Claverie, il n’est pas question pour lui de quitter l’Egypte quelque soit son avenir ; il est resté au Caire pendant tous les événements de l’an dernier, le couvent étant protégé par quatre chars sans ennui particulier sinon un cambriolage relativement mineur. Jean-Jacques Pérennès et les dominicains du Caire ont une connaissance remarquable de la société égyptienne, dans absolument tous les milieux que ce soit à al-Azhar avec le grand imam, chez les frères musulmans, chez les coptes orthodoxe et catholiques, chez les « révolutionnaires » de janvier 2011 dont ils ont hébergé un certain nombre, ou dans le corps diplomatique : il n’est pas passé inaperçu que Jean-Jacques Pérennès tutoie Jean Félix-Paganon, notre ambassadeur de France au Caire. Il allie à une présence physique massive une grande maîtrise de l’exposé et de la synthèse : ce n’est pas un dominicain pour rien ; il laisse enfin dévoiler une forte sensibilité relationnelle qui le mène à se fondre admirablement avec ses interlocuteurs. Il n’est pas dénué d’un brin d’humour allié à un grand recul par rapport à l’actualité. C’est un homme d’expérience et aussi un savant pour qui la langue et les écrits arabes n’ont pas de secret. Confiant en l’avenir de l’Egypte alors que l’immense majorité de la population musulmane a voté en faveur des partis islamistes, il a un discourt tout en nuances : il parle d’un fonds d’inquiétude, de rêve islamiste, « que va-t-il en être des chrétiens ? ». Il parle d’effets, de peurs et d’éléments de compréhension à situer dans une longue histoire et par rapport au passé chrétien du pays par rapport à ce qu’il est aujourd’hui. Pour lui « il n’y a pas de question simple ».  Il développe devant nous un exposé introductif très clair, nous parlant d’un « changement de regard sur les religions qui aboutira à Vatican II. »

Les pionniers :

Charles de Foucauld mort en1916 au cours d’un rezzou et non en martyr, qui a voulu être un chrétien parmi les musulmans ; Massignon avait été pressenti pour lui succéder. Les petits frères de Jésus sont ses successeurs ; les petites sœurs n’ont jamais quitté Kaboul, allant jusqu’à porter le voile islamique aux pires moments.

Massignon (1883-1962), orientaliste retrouvant la foi en 1908 en Irak « grâce à l’hospitalité des musulmans » ; son principal livre : Les trois prières d’Abraham ; pour lui les musulmans sont d’une certaine manière nos frères dans la foi.

Jeudi 22 mars 2012. Béziers.

Lever à 4h45 à Versailles. TGV en gare de Lyon. Changement à Montpellier.

14h30 accueil en gare de Béziers par Gilles Bancarel connu par ailleurs au titre des célébrations en mémoire de l’abbé Raynal. Il me conduit en centre ville au vieil et prestigieux hôtel de la Société archéologique, artistique et littéraire de Béziers où je présente François de Vésian, officier, dilettante et photographe des arènes de Béziers ; le diaporama semble intéresser un public qui me semble différent de celui de l’époque de Jean-Denis Bergasse dont on déplore le décès aussi brusque que récent. Régis Ramière dont la mère est native de Béziers assiste aussi à cette séance académique et me ramène en voiture à Mireval, occasion précieuse d’échanger des souvenirs de notre jeunesse commune.

Gilles Bancarel me fait également visiter le bâtiment neuf du CIRDOC, centre de documentation relié à la BnF consacré aux publications occitanes ; dans une vitrine, un facsimile du Breviari d’Amor composé au XIIIe siècle à Béziers. Je suis stupéfait de son ampleur et des moyens mis à la disposition des langues régionales méridionales par les collectivités territoriales : douze collaborateurs à temps plein !

Vendredi 23 mars 2012. Carcassonne.

Matinée à Mireval à reprendre le cours des affaires en cours, notamment en ce qui concerne l’ancienne écurie qui possède enfin désormais ses portes et fenêtres.           Il y a encore à mettre en place la cage d’escalier et la chambre du haut de l’ancienne remise au sud.

Déjeuner-pizzas au coin du feu de bois, dans la cuisine en sous sol, avec Maguelonne et nos deux ouvriers Arek et Olivier qui arrachent des buis à Crabo pour les replanter le long du mur en terrasse de la route à Mireval.

15h. Chambre d’agriculture de l’Aude, zone de Sautés à Trèbes. Session. Longue séance globale sur les problèmes de l’eau dans le département. Chaque individu consomme cent cinquante litres d’eau par jour dont un pour cent seulement pour boire… J’aperçois [Jean-Claude ?] Monod, du Mas-Saintes-Puelles, Jacques de Saint-Exupéry, Jacques Serres, Serge Vialette, et bien sûr Guy Giva qui évoque la fin de son mandat. Je me demande combien de temps je dois assure ces responsabilités assez décalées par rapport à mes préoccupations principales.

20h. Château de Pennautier. Dîner dans le chai avec les administrateurs de la Société d’études scientifiques de l’Aude : Me de Capella, MM. Sauvayre, Blanc, Prun, Roubion etc. Mme Viala, de Castelnaudary. On me reparle d’une candidature éventuelle déjà évoquée pour la présidence de cette Société d’études scientifiques de l’Aude dont je suis membre depuis un demi-siècle déjà… J’hésite beaucoup car le dois absolument baisser significativement le niveau de mes activités. Je quitte enfin le cycle de l’Académie de Versailles fin juin ; dois-je cesser mes activités rurales pour me lancer – ou me replier ? – sur ce nouveau chantier de proximité ? Suez me prend de plus en plus de temps par ailleurs…

Samedi 24 mars 2012. Toulouse.

Lever 5h30 pour rejoindre l’aéroport de Toulouse-Blagnac où François prend son avion pour Paris à 7h15. Florent le récupère pour passer le weekend avec lui. Je patrouille dans Ramonville pour me faire de la monnaie nécessaire pour obtenir un billet de métro afin de débuter ma matinée place du Capitole, lire mon journal et rédiger mon diaire qui est en panne depuis mon retour d’Egypte, fin février ; que de choses faites depuis !

En décembre j’étais au Caire lorsque l’on récupérait les restes fumants des archives de l’Institut d’Egypte ; j’étais en région toulousaine au moment de la tuerie de Montauban et de Toulouse où l’on a vu un jeune franco-algérien de vingt trois ans tuer froidement septe personnes dont quatre juifs dans une école de Jolimont sur la Côte pavée, paisible quartier résidentiel où habitent les Emmanuel Ramière, non loin du lycée de Rémy de Truchis. Cinq mille personnes sont venues manifester hier soir sur cette place du Capitole qui résume à elle seule la ville de Toulouse.

Je me trouve au cœur d’un singulier défis qui consiste à témoigner de l’élévation de l’Islam, de son pacifisme, alors qu’une frange violente issue des zones de conflits du Proche Orient importe sur notre sol une violence quasiment militaire à laquelle nous ne sommes plus préparés depuis les années soixante qui ont vu la fin de cette atroce guerre d’Algérie : j’étais lycéen à Toulouse à cette époque, celle de 1956 avec le débarquement à Suez et déjà les mouvements « Algérie française » auxquels brièvement – heureusement – j’avais été sensible sur influence de mon milieu social et familial.

Le drame de Toulouse met bien en valeur l’ambiguïté d’un certain nombre de juifs français par rapport à Israël ; la famille décimée possédait la double nationalité française et israélienne tout en étant versaillais d‘origine, ce qui de toute façon ne justifie rien sur notre sol national. J’ai envoyé tout de suite un message de solidarité au rabbin Sam Ouazam, membre de l’académie de Versailles, qui m’en a remercié chaleureusement.

A 10h30, tout autre programme : assemblée générale de l’association Henri-Rousseau qui est partenaire de notre association Lesseps, le peintre orientaliste Henri-Rousseau étant natif d’Ismaïlia. Cette association de plus de cents membres est essentiellement animée par Ariane de Chassy, belle sœur de mon ami des années toulousaines, Henri Gèze qui avait été mon chef scout-routiers.

Ce soir dîner au château de Las Courtines, à Gaja-la-Selve, pour l’anniversaire de Véronique Leroy d’Audéric : c’est la première fois que j’t suis reçu ; ma mère en parlait avec éloge du temps de son amie Madame Mormich. Enorme propriété exploitée par Véronique qui nous dit en avoir racheté les autres parts familiales ; véritable château dans une contrée où il n’y en a pas tant que cela ; sorte de bastide du XVe siècle dont les salons sont toujours meublés de façon traditionnelle : glaces dorées, peintures à l’huile, grands lustres en verre de Venise etc. Très bien entretenu ; nous y pénétrons par la cuisine car des travaux sont en cours et une haute grue attaque la toiture d’une tour d’angle. On y accède par une longue allée qui serpente au milieu d’’épais bois de chêne clôturés d’Ursus comme pour des sangliers. Nous ne sommes qu’une dizaine autour de Laurent Spanghero que j’approche ainsi pour la première fois : il nous explique longuement la recette de fabrication du cassoulet de sa grand-mère et les difficultés de les faire entrer en boite ; il nous entretient également de ses voyages en Argentine où il a tenté de créer des affaires ; c’est un homme spontané et profond qui n’a pas oublié ses origines modestes et qui se dit mobilisé par les handicapés qui fréquentent ses ateliers de Castelnaudary. Un autre ménage est intéressant aussi : lui industriel à Villefranche de Lauragais, elle exploitante de vignes du côté de la cave de Routiers. Milieu Rotary et confrérie du cassoulet.

Vendredi 30 mars 2012. Paris.

Arrivée à Austerlitz avec un retard d’une demi -heure. Petit déjeuner et douche.

10h. Rue d’Astorg où je retrouve Philippe Capron, Claudine Auger et Jean-Philippe Bernard. Affaires courantes de l’association.

11h. Thierry Fabre, coordonnateur des expositions et de l’international au Musée de la Méditerranée de Marseille, MUCEM, vient visiter le musée pour choisir des œuvres à présenter dans le cadre de Marseille 2013. Brillant déjeuner ensuite avec Menehould de Bazelaire qui contribue aussi à ces manifestations avec son musée Hermès. Brillant déjeuné à la brasserie où se joignent l’ingénieur général Jean-Philippe Bernard et Philippe Capron.

« Merci pour votre si bel accueil ! Très heureux d’avoir pu voir les œuvres et qu’elles puissent trouver leur place dans l’exposition.  J’espère à bientôt à Marseille. Il y a une réunion de travail le 19 avril du conseil scientifique dont j’aimerais que vous acceptiez de faire partie… Amitiés. »

Thierry Fabre 

Cher ami,

votre passage éclair rue d’Astorg a été un encouragement pour nous tous et pour les buts communs que nous poursuivons dans nos différentes institutions essentielles pour comprendre les points de fracture sur lesquels buttent nos contemporains de part et d’autre de la Méditerranée ; celle-ci devient malheureusement de plus en plus un lieu de fractures, de cette « ubris » chère aux Grecs de l’Antiquité, qu’Albert Camus a si bien décrite, loin du mythe d’une paisible mer latine « mare nostrum », terme qui nous a valu nombre d’ambiguïtés tragiques. Le rêve des saint-simoniens comme les réalisations de Lesseps sur l’isthme de Suez sont au cœur de cette problématique.

J’ai aimé que nous éprouvions tous les deux ensemble l’envie de citer ces « Andalousies perdues » du fameux discours de clôture de son cours au Collège de France par Jacques Berque, Jacques Berque dont j’ai fait la connaissance éclairée lors des manifestations de l’Orient des Provençaux au début des années 80. Nous sommes bien sur la même longueur d’onde.

Du coup je viens d’acheter et lire d’un seul trait ces Carnets d’Orient de Jacques Fernandez que je ne connaissais pas encore, ma culture en ce qui concerne l’Algérie étant fort lacunaire, ce qui n’est du reste pas un hasard pour quelqu’un de ma génération… j’y ai retrouvé avec émotion une très belle évocation de Jean Charlot que j’avais retrouvé plus tard à Pézenas. J’y ai retrouvé aussi avec plaisir un beau texte de Bruno Etienne, à côté de ses travaux sur Abdel Kader que, eux, je connais bien depuis longtemps, Abdel Kader qui joua un rôle si important en Egypte, sur le canal de Suez et à Alexandrie, ce qui n’est pas toujours bien relevé.

Nous attendons par l’intermédiaire de la RMN la demande officielle du prêt des œuvres de notre musée de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez que vous avez sélectionnées. Nous sommes heureux qu’elles participent ainsi en 2013 à la grande opération de Marseille capitale culturelle. Il y aurait éventuellement d’autres documents graphiques déposés aux Archives du Monde du Travail de Roubaix qui seraient susceptibles de vous intéresser.

Vous me proposez enfin de faire partie du conseil scientifique de cette exposition sur le Bleu et le Noir dont vous êtes responsable : je l’accepte avec plaisir dans la continuité de l’Orient des Provençaux du temps où j’étais Marseillais – mais ne le suis-je pas toujours un peu ? – et de La Pensée de Midi dont nous déplorons tant la disparition. Je vais essayer de me libérer le 19 avril, jour où nous organisons précisément une conférence de l’amiral Bellec sur l’Orientalisme

Grâce à vous et avec Menehould de Bazelaire, nous avons participé à un déjeuné d’une rare élévation culturelle sous les auspices des Cahiers du Sud, de René Char, de Gabriel Audisio et de Louis Brauquier, et même de Bahia dont vous m’avez révélé les liens avec André Breton mais que j’avais présentée au Palais des Beaux arts, place Carli, avec Jean de Maisonseul.

L’ombre d’Edmonde Charles-Roux plane sur tout cela : quel serait son engagement éventuel ? J’aurais plaisir de boucler ainsi un long cycle méditerranéen qui m’a marqué à jamais.

Je demeure selon l’usage administratif à votre disposition pour tout renseignement complémentaire dont vous aurez besoin,

Mais surtout bien amicalement,

Arnaud Ramière de Fortanier

18h. Rue des Saint-Pères, remise des insignes des Arts et Lettres à ma filleule Menehould de Bazelaire en même temps que sa sœur, Diane de Fougeroux, reçoit les Palmes académiques des mains du directeur de l’Enseignement diocésain pour sa carrière d’enseignante chez les Jésuites de Reims et à Paris. Occasion pour Menehould et moi-même d’évoquer des souvenirs de famille et des carrières artistiques et littéraires inhabituelles dans nos familles ; j’évoque l’effarement des parents d’Olivier-Pomponne de Bazelaire de Rupierre annonçant son intention de « faire » les Beaux arts avant de devenir un architecte réputé auprès du comte de Paris et du Négus. Je lis à cette occasion des textes de Menehould dans la luxueuse revue d’Hermès sur les carpes japonaises à contre courant, les papillons ou les carnets de bal. C‘est l’occasion d’une importante réunion de famille où se sont joints bien entendu les Saint-Exupéry ou des amis proches comme Emmanuel Starcky, directeur du service à compétence nationale des musées et domaines de Compiègne et de Blérancourt qui a connu Menehould au temps où elle travaillait au Cabinet des dessins du musée du Louvre sous la bienveillante autorité de Roselyne Bacou, cohéritière de l’abbaye de Fontfroide. Il y a les René de Crevoisier, les Patrick et Jean de Roquefeuil, les Jacques de Saint-Exupéry qui ont bien connu Luce, une des filles de Tristan de Bazelaire de Boucheporn qui est veuve d’un Villèle à Mourville, Françoise de Boudemange, les Jean, Christian et Hugues de Bazelaire, les Pillet-Will, Benque, Augier de Cremiers, Chassain du Guerny, Cugnac, Sorbay, du Rusquet, Patrick Regnault de Beaucaron… J’y retrouve également François Maçay de Lespinay, ancien inspecteur général au ministère de la culture, excellent historien de l’art, et son épouse qui a été l’adjoint aux affaires culturelles à la mairie de Paris du temps de Jacques Chirac : ils sont les beaux parents d’un enfant des Fougeroux.

Coucher à Versailles chez Florent.

Samedi 31 mars 2012. Versailles.

15h. Hôtel de Ville. Assemblée générale extraordinaire de l’Académie de Versailles pour valider la liquidation de la succession du chancelier Bonnefous : la famille récupère l’hôtel particulier de la rue de Limoges que nous avons en indivision, et verse six cents mille euros qui vont permettre de finaliser l’acquisition de la chapelle des sœurs de l’ancien hôpital Richaud, en plein centre ville jouxtant le marché Notre-Dame, restaurée spécialement pour l’Académie à un prix de faveur. Notre premier vice-président, futur président, Frédéric Didier, est l’architecte des Bâtiments de France chargé de la partie historique de cette importante rénovation. Aboutissement d’un long processus dont j’avais fini par désespérer sous ma présidence au point de mettre en route l’an dernier une procédure judiciaire par l’intermédiaire de Me Michel de Guilhensmidt, ce qui n’a sans doute pas été sans effet sur la conclusion heureuse advenu du temps de mon successeur, Bertrand Lissarague, providentiellement avoué près la Cour d’Appel de Versailles. Il faut se souvenir que les plus anciens de l’Académie, souvent anciens conseillers municipaux à l’époque d’André Damien, donc anciens collègues des Bonnefous, conseillaient fermement d’abandonner tout espoir de ce côté et même de refuser purement et simplement la succession… J’ai été en froid à cause de cela avec Catherine Lecomte comme avec Alain du Closel qui, beaux joueurs, ont voté positivement le dénouement présent, seul pour une raison inexpliquée notre secrétaire perpétuel, le poète Jehan Despert, s’est abstenu. Cela ouvre une ère nouvelle à l’Académie des sciences morales, lettres et arts de Versailles et d’Île de France qui n’en finissait pas de perdre des positions depuis qu’André Damien l’avait fait sortir des anciens locaux prestigieux des Archives des Affaires étrangères de la rue de l’Indépendance américaine, actuelle bibliothèque municipale. Etienne Pinte, lui, nous supprima la grande salle de l’hôtel de ville pour nous reléguer dans les sous sol, salle Montgolfier ; quant aux locaux pompeusement nommés « Fondation Bonnefous », rue Ménard, malgré une rénovation fort couteuse, il ne s’agissait que d’un cul de sac malsain et sans prestige à côté de l’hôtel particulier vétuste mais dont néanmoins la salle à manger nous servait de salle de réunion académique. J’y retrouve Patricia Bouchenot-Déchin, le père Allouchery désormais chanoine de la cathédrale de Versailles, le baron Pinoteau, Eric Roussel, Olivier de Rohan, Alain du Closel, Nicole Dreneau, Frédéric Didier. Catherine Lecomte m’annonce la mort de sa mère  presque centenaire qui avait bien connu et apprécié Luce. Il s’y trouve également mon successeur, Elisabeth Gauthier-Desvaux.

Dimanche 1er avril 2013. Versailles.

Journée ensoleillée mais que je passe à travailler rue de Vergennes afin de consolider tout ce que je fais et qui se disperserait sans cela. Florent non plus ne bouge pas. Nous passons la journée face à face sur la table ronde en bois blanc devant nos ordinateurs. Touchant…

Lundi 2 avril 2012. Paris – Versailles.

Matinée rue d’Astorg où je prends connaissance de l’actualité du secrétariat à la veille de notre assemblée générale ; je mets sous enveloppe les invitations illustrées pour la conférence de l’amiral Bellec sur la tentation de l’Orientalisme. Déjeuner seul à la cantine en sous-sol.

14h45, 5 quais de l’horloge. Visite de la Cour de Cassation sous la direction du premier président Vincent Lamenda qui a exercé à Versailles dont il est toujours membre de l’Académie. Séance de l’Association de promotion des archives privées (APPAP) dans la grande salle d’audience  sous la présidence de Jacques Pérot. Excellent exposé sur les archives des parcs et jardins de Jean-Pierre Bady, ancien directeur du Patrimoine et aussi ancien directeur de l’Ecole du Patrimoine alors que j’y étais vice-président du jury du concours d’entrée.

Cocktail dans la tour du Bec où je retrouve Menehould de Bazelaire et Patrick de Beaucaron, Daru, Teilhard d’Erry, le marquis de Quinsonas-Oudinot etc.

19h30. Versailles à la Synagogue, très belle et émouvante cérémonie en mémoire des victimes juives de la tuerie de l’école de Toulouse, dont trois sont d’origine versaillaise. J’y retrouve le général Xavier Gouraud et son épouse née Hélène Gèze bien connue à Toulouse au temps du Caousou, sœur d’Henri Gèze, condisciple au Caousou et au lycée Pierre de Fermat,  qui avait été mon chef scout-routier et qui s’était tué en montagne : j’ai rencontré sa veuve, Diane de Chassy, la semaine dernière à Toulouse. Je vais dîner ensuite avec les  Bonneteau  non loin de là, rue Montebello, chez Annie et Joseph Musseau : ils repartent ensemble en Algérie pour y visiter de petites communautés chrétiennes résiduelles, cela pour la troisième fois consécutive.

Mercredi 4 avril 2012. Paris.

Je m’arrête quelques minutes quai Malaquais pour admirer les lieux et prendre un petit noir au café des Beaux arts ; un magnolia est en fleur ; je prends des photographies ; il n’y a pas grand monde à cette heure ; impression d’un monde immobile aux pieds du palais Mazarin où j’ai rendez-vous à 10h avec Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut. On me demande à l’entrée à quelle académie j’appartiens… De nombreux souvenirs m’assaillent en ce lieu singulièrement chargé d’histoire et où je suis venu souvent pour des événements importants. Mon père y avait reçu le prix des Antiquités nationales et mon nom y avait été proclamé à l’entrée et à la sortie de l’Ecole des chartes ; nous y sommes venus souvent avec Jean Favier du temps où j’exerçais à la direction des Archives de France, et ensuite avec les Académies de Province ; Jean Messmer inaugura les Archives des Yvelines en tant que chancelier de l’Institut comme André Chansom, de l’Académie française, l’avait fait un demi siècle avant à peu près à Belfort. Dans la salle d’attente décorée de tableaux et de sculptures de qualité, je prends en photos sous toutes les coutures le buste du chancelier Bonnefous, bienfaiteur de l’académie de Versailles, par Paul Belmondo. Mon compte rendu :

J’ai été reçu à son invitation par M. Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, quai Conti, le 4 avril 2012 de 10h à 11h.

Il s’agissait de faire le point sur le dépôt et le classement du fonds Goby auprès de l’Association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez. Nous avons constaté ensemble que cette opération s’est déroulée rapidement et dans les meilleures conditions au vu de l’état déplorable dans lequel  l’essentiel de ces documents se trouvait il y peu de temps encore, à même le sol de l’écurie de l’abbaye de Chaalis. Le chancelier laisse à l’Association l’initiative de la localisation définitive de cet ensemble et convient d’une manifestation de pose d’une plaque commémorative rue d’Astorg qui pourrait se situer au mois d’octobre prochain. Notre correspondant est Mme Pétrie, directeur des Services administratifs, que j’ai rencontrée également.

Nous nous sommes entretenus également de l’éventualité d’un dépôt en Egypte d’une partie de la Bibliothèque d’Edouard Goby, comme cela a été envisagé l’an dernier. Le chancelier estime qu’au vu des événements actuels il convient de reporter à plus tard cette réflexion ; il rappelle les actions que l’Institut a menées en Egypte tant à l’Université française qu’auprès de la Bibliotheca Alexandrina.

Un prix Goby est décerné tous les ans par l’Institut de France, conformément aux termes du legs d’Edouard Goby. Le comité qui s’en occupe en ce moment est en cours de réorganisation sous l’autorité du secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles lettres ; il s’agit de Michel Zinc que je connais bien, spécialiste de langue et littérature romane, domaine de ma thèse d’Ecole des chartes, il a présidé la séance solennelle de rentrée de l’Académie de Versailles du temps de ma présidence. Nous sommes aussi en relation avec d’autres membres de cette académie : Jean-Pierre Babelon, ancien inspecteur général des Archives de France et gestionnaire de l’abbaye de Chaalis où se trouvait le fonds Goby, Olivier Picard, mon condisciple à Henri IV et ancien directeur de l’Ecole française d’Athènes, et bien sûr, Jean Favier qui a été l’interlocuteur de Jacques de Vogüé pour le dépôt de nos Archives auprès des Archives nationales. Notre implication dans la gestion de ce prix est de l’ordre des possibilités à envisager dans les temps qui viennent.

J’ai demandé à M. de Broglie s’il accepterait de figurer parmi les membres d’honneur de notre Association ; tout en répondant favorablement, il réfléchit pour savoir si cela relève de lui ou plutôt de M. Zinc. Nous allons lui écrire pour lui demander que l’Institut de France soit représenté à notre comité d’honneur et il décidera en conséquence.

Il est d’accord pour envisager une cérémonie officielle d’inauguration du fonds Goby rue d’Astorg avec  la pose d’une plaque commémorative. Nous allons écrire à M. Gérard Mestrallet pour connaître son calendrier en la matière.

J’ai tenu informé M. de Broglie de l’évolution de notre situation vis-à-vis de la Fondation de France qui s’avère inadaptée à la gestion de collections patrimoniales et historiques. Il insiste pour refuser absolument de se trouver en quoi que se soit en difficulté par rapport à la Fondation de France dont il convient néanmoins qu’elle n’est absolument pas conçue pour cela. Si seulement la Fondation de France ou GDF SUEZ prennent l’initiative de lui demander de nous accueillir comme fondation hébergée, il s’y montrera favorable car c’est tout à fait dans la vocation de l’Institut de France qui a une large expérience en la matière. Je m’en entretiendrai donc  dans les jours à venir avec notre administrateur, Mme Agathe Waqué-Rouge qui représente la Fondation de France dans notre conseil d’administration, et avec notre interlocuteur désigné à l’Institut, Mme Pétrie.

Nous avons enfin repris un sujet que nous avions déjà abordé plusieurs fois ensemble : la publication des souvenirs dont les Broglie détiennent le manuscrit , du voyage d’inauguration du canal de Suez par la dame d’honneur de l’impératrice Eugénie,  la comtesse Sigismond de Nadaillac ; ce document inédit avait été proposé à SUEZ du temps de M. Worms, et nous a également été communiqué par Edmonde Charles-Roux qui le tient de son père, dernier directeur de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez ; en accord avec elle, j’en envisage moi-même la publication depuis un certain temps. M. de Broglie en tant que président de la Société des Bibliophiles français, confirme son intention de publier ce document en édition limitée de luxe si nous lui en remettons le texte établi et convenablement annoté et accompagné des illustrations représentant l’inauguration du canal de Suez choisies entre autre parmi nos collections (Riou, Barry, Ėvremond de Bérard etc.). Il attendrait que GDF SUEZ en prenne en charge deux cents exemplaires et que nous contribuions au lancement d’une souscription. Il est passablement déçu par le temps écoulé à ce sujet. Je me suis avancé en exprimant l’opinion que nous serions en mesure de mener à bien cette entreprise relativement rapidement maintenant que notre installation est assurée ; cela entre en tout cas parfaitement dans le champ de nos compétences.

Je me dois de souligner l’attention que M. le chancelier de l’Institut de France a porté à toutes ces questions qu’il connait parfaitement, le temps exceptionnel qu’il y a consacré et l’estime qu’il manifeste pour nos activités comme vis-à-vis de M. Gérard Mestrallet et du groupe GDF SUEZ qui montre un souci exemplaire pour son patrimoine historique.

11h30. Je traverse la Seine sur la passerelle des arts toujours aussi animée en dehors du flux des voitures, à cheval entre le Louvre  et la coupole de l’Institut ; puis traversée de la cour carrée, pyramide et passage du Palais royal ; place Colette… Le Paris que j’aime.

Jeudi 5 avril 2012. Mireval.

6h54. TER en gare de Toulouse à la descente de mon train de nuit parti à 22h53 de Paris-Austerlitz. Les transports en commun toulousain sont parait-il en grève, mais pour une fois mon train régional est opérationnel… J’attends avec impatience de retrouver Mireval au Printemps et d’assister à l’éclosion des nombreuses plantes installées cette année avec Yves Moisdon. Sécheresse généralisée : il faut arroser en attendant les pluies printanières.

Je répartis de nombreuses brouettes de paillis, « mulch » pour les initiés sur les platebandes du nord sous la terrasse et près de la serre ; cela fait très belle impression.

La maison de François avance doucement : Hunt a posé les portes  et fenêtres et ECB retire l’échafaudage de la façade ouest pour laisser la place à Areck qui dégage l’emplacement des deux fosses de l’assainissement qui se trouveront sous la future terrasse en lames de bois ; j’éprouve des difficultés à choisir le pavage des sols.

Samedi 7 avril 2012. Mireval.

Marie-Sophie et Jean arrivent de Lyon vers midi avec leurs trois enfants ; ils ouvrent la maison du jardinier qui s’anime.

Pendant ce temps là Grégoire Dubrulle termine à Crabo son déménagement : il va s’installer seul rue de la Comédie à Castelnaudary où il recevra ses enfants une semaine sur deux. J’ai fait restaurer dans cette perspective pour Maguelonne  le gros canapé Napoléon III en acajou cubain par Monoury, l’ébéniste de Revel que nous aimons bien : le résultat est remarquable en rejoignant les quatre fauteuils correspondants précédemment restaurés eux aussi et recouverts d’un nouveau tissu moderne à grandes fleurs et rayures roses.

De son côté, Laetitia van Eersel réinstalle les trois juments poneys islandaises dans la prairie du puits, au nord de la maison ; très sympathique.

Dimanche 8 avril 2012. Mireval.

Messe de Pâques à Prouilhe où nous retrouvons les Noël et Jacqueline Ramière. J’achète et commence à lire un recueil de textes  réunis par Timothy Radcliffe et Lucette Verboven  La voie dominicaine –  Bayard, 2012 – où se trouve en particulier un beau témoignage de Jean-Jacques Pérennès qui m’a reçu en février dernier au Caire : « Je pense qu’à l’heure actuelle le plus grand défi est le dialogue avec l’islam. Il s’agit de l’une des priorités les plus importantes de l’Ordre ».  Timothy Radcliffe, p 27-28. « Si l’église n’est pas présente là où les choses sont difficiles, cela n’a aucun sens d’y aller quand tout va bien. En outre, notre présence est très appréciée. On me demande parfois « Que pouvez-vous faire ? » Mais le problème n’est pas de « faire » quelque chose. Il faut « être » avec les gens qui sont dans le besoin. Je ne peux parfois qu’exprimer ma peine ». Jean-Jacques Pérennès, p 32.    

Déjeuner sur la terrasse de la maison du jardinier   avec Marie-Sophie, Jean-Manuel et leurs enfants auxquels se joignent Anne-Marie et Germain Noël. Les Dubrulle ne viennent pas ; c’est le dernier jour de Grégoire à Crabo.

Lundi 9 avril 2012. Mireval et Crabonegado.

Premier jour où Maguelonne se trouve seule à Crabo ; elle vient déjeuner avec ses enfants à Mireval avec les Ramière encore à la maison du jardinier qui a bien trouvé sa vitesse de croisière. Temps magnifique ; soleil printanier dans un parc au mieux de sa forme.

Je coupe l’herbe de la grande prairie de Crabo qui n’a pas été traitée depuis plusieurs années : des pousses de frêne ont plus de deux mètres de haut ; cela me dérègle complétement la débrousailleuse qui se bloque sur le Fiat 550, mais le résultat est remarquable.

Le soir films de Maupassant à la télévision qui pour une fois mérite le temps passé à la regarder.

Mardi 10 avril 2012. Castelnaudary.

Petit marché de Pâques à Castelnaudary, agréable car il y a peu de monde : François en vacances adore cela. A Mireval Guy Cravero reprend le chantier d’électricité plomberie ; je passe chez Bouyssou pour lui fixer le choix du sol. Tonte des prairies à Mireval. Il commence à pleuvoir sérieusement : April shows… A Crabo, Areck change les serrures et réinstalle les éclairages là où Grégoire a emporté ce dont il a besoin pour sa nouvelle installation rue de la Comédie à Castelnaudary.

Mercredi 18 avril 2012. Marseille.

Matinée partagée entre Mireval et Crabo avec à mes jambes pour ne pas dire à mes basques le nouveau chien-berger beauceron de Maguelonne : Titan, qu’elle est allé chercher près de Mirepoix. Areck qui répare la serrure de la porte d’entrée prend le relais. Les plombiers de Guy Cravero quittent provisoirement le chantier de l’écurie en attendant que Hunt pose l’escalier et ECB la salle de bain. Je contemple l’évolution des plantations et l’éclosion des bourgeons près de la serre ; les hortensias tardent, eux, à démarrer.

Train TER à 12h35 qui me fait traverser le Languedoc et des paysages familiers de la Camargue et de la Crau. Retard en gare de Miramas « suite à une intervention de la police » : j’assiste à l’expulsion d’une « demoiselle ».

« Retour à Marseille » pour paraphraser le film de René Allio. Grosse émotion, envie de rester seul pour absorber le choc ; cela commence dès le train après Miramas lorsqu’on approche de Martigues : d’abord le bleu insolant de ce grand lac qui s’impose à Berre, tournant au fur et à mesure que le train avance vers une obsédante couleur de plomb fondu : le soleil s’impose ! Je pense à François qui voit toujours les ciels à travers ses pastels ; mais ici c’est tout de même différent, métallique, plombant…

Nouveau choc à l’arrivée de la Gare Saint-Charles dont les quais n’ont pas beaucoup changé du côté de la Belle de Mai ; juste un immeuble neuf sans grand intérêt de la Sncf dans ce contexte vieillot. Débarquement dans le nouveau hall immense, avec dans le lointain la vieille inscription « Université de Provence » : c’est ici que je débutais dans les tout premiers jours de janvier 1969, les Archives municipales étant alors hébergées provisoirement dans les sous- sols de la bibliothèque de la Faculté des sciences tout juste livrée par Fernand Pouillon. Depuis l’esplanade une estomaquante terrasse qui donne sur la ville en contrebas et sur Notre-Dame de la Garde plus loin, plus haut : je ne m’y habituerai décidemment jamais. Descente des escaliers monumentaux avec ces statues complétement décalées des « colonies ». Le boulevard d’Athènes est en réfection ; je slalome au milieu des grilles et de protections diverses et variées, et puis c’est la succession de petites boutiques plus algériennes, tunisiennes ou stambouliotes que vraiment franco-françaises. La Canebière n’est plus ce qu’elle était avec cet énorme tramway inélégant, diamétralement opposé à celui de Montpellier qui – lui – tend vers le psychédélique ; et pis de gros bus, trottoirs également en réfection ici aussi : depuis combien de décennies ? Je cherche vainement les studios Detaille ; l’hôtel Noailles est transformé en commissariat de Police

Vendredi 20 avril 2012. Marseille-Mireval.

Louis Ravanas m’accompagne en voiture à la station de métro Estrangin, en face de la Banque de France où travailla mon grand père à la fin du XIX° siècle, et de la Caisse d’Epargne : quartier des grandes familles de négociants marseillais. En gare Saint-Charles, j’achète les InRockuptibles pour un article sur Rudy Ricciotti, l’architecte du Mucem.         

Traité « d’anarchitecte » Rudy Ricciotti fait l’objet d’un portrait flatteur : « …  du verre et des colonnes de béton brut. Le reste ? Du verre et es colonnes de béton, trois salles d’expo plus une terrasse o déboule une rampe d’accès effilée comme un sous-marin nucléaire. Les colonnes ressemblent à des arbres ou, pour les obsédés, à des jambes de créatures de rêve et laissent toute latitude au regard pour un formidable tour d’horizon sur la Grande Bleue. « Arbres ? Guibolles de gonzesses ? Ah ouais… t’es un poète, toi, rectifie Ricciotti. Moi je trouve plutôt que ça ressemble à des os de poulet. Je suis le premier à avoir inventé la colonne en os de poulet. »   

Train Theoz un peu décati où j’ai heureusement une place réservée : c’est fou ce que les trains ont de monde en ces temps de crise et d’écologie !           C’est drôle d’observer la Crau et la Camargue toutes vertes avec les flaques d’au argentées ; nous ne sommes pas encore en été sous l’empire du soleil.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

Égypte 2012 juin-juillet Le Caire et Ismaïlia

Samedi 30 juin 2012. Paris, Le Caire, Alexandrie.

En vol sur l’Airbus A 330 d‘Egypt Air avec le  Dr. Ahmed Youssef qui m’a pris comme accompagnateur dans la lounge de Skyteam où nous attend saumon, salade de fruits frais et bordeaux dans un grand salon de repos, loin de la foule épaisse de l’aéroport 1 de Roissy. Arrivé à 8 h du matin à Austerlitz avec François qui passe son weekend traditionnel chez Florent avec un programme chargé : spectacle de danse de son professeur de Personnimage, Anne, et demain journée avec l’équipe Foi et Lumière de Sainte-Bernadette et l’Arche d’Aigrefoint.

Ce nouveau voyage en Egypte, le cinquième en douze mois, un record pour moi, est tout à fait extra ordinaire au sens propre du mot, le jour-même où le nouveau président élu, Mohamed Morsi, prête serment devant la haute cour constitutionnelle après l’avoir fait hier vendredi sur la place Tahrir emblématique des derniers événements, et à l’université al-Azhar où j’avais été reçu en février dernier. Que de chemin parcouru ! J’ai bien fait de demeurer optimiste au milieu d’événements incompréhensibles et totalement imprévisibles pour nous Occidentaux. Tout le monde y allait de ses prévisions pessimistes et de ses comparaisons avec qui la Tunisie, qui la Libye quand ce n’était pas avec l’Iran. Là-dessus notre vieil ami le Dr. Ahmed Youssef obtient un rendez-vous avec l’amiral Fadel, l’indéboulonnable président de la Suez Canal Authority à Ismaïlia : il ne fallait pas refuser l’occasion ; j’ai eu la même réaction historique que Jean-Paul Calon lors de l’attentat de Louxor : quand il y a des événements en Egypte, nous nous y précipitons pour marquer notre solidarité : je ne l’ai jamais regretté, cette année surtout. Programme qui évoluera certainement : dimanche et lundi au CeAlex à Alexandrie où malheureusement Jean-Yves Empereur de sera pas, mais toute son équipe est en place, en cours de fouilles comme si de rien n’était. Je serai logé à mon habitude rue des Ptolémée et prendrai mes repas sur la terrasse de l’ancienne place Omar Toussoun, en face du Stadium. Mohamed Abdelsamie, de la Bibliothèque d’Alexandrie, est occupé par sa soutenance de thèse aujourd’hui et une naissance attendue pour demain…  J’espère rencontrer Mohamed Awad et d’autres témoins amis de ce qui se passe en ce moment en Egypte et dont nos journaux ne rendent me semble-t-il pas compte d’une manière satisfaisante. Lundi soir un véhicule de la Suez Canal Authority nous prendra pour Ismaïlia où nous devrions loger pendant deux jours à la Résidence, ancienne maison de Ferdinand de Lesseps. Nous espérons y rencontrer, outre le président de l’autorité du Canal, les architecte et ingénieur qui nous avaient fait visiter les anciennes maisons datant de la Compagnie universelle. Fin de semaine au Caire où nous devrions visiter les installations du journal al-Arham et retrouver, entre autre, notre vieille relation Mohamed Salmawy. Nous ferons signe à notre vieil ami et administrateur Amin abdel-Nour qui ne doit pas être très loin de son centenaire : on parle de son fils Mounir abdel-Nour comme vice-président copte aux côtés du frère musulman Mohamed Morsi.

19h30. Paysage féérique au dessus des côtes dalmates échancrées et aux multiples îles après les sommets sans neige des Alpes suisses. Tirana et les zones montagneuses albanaises : Ahmed me remémore les origines albanaises de Mehmet Ali à Kavala… Notre avion est toujours en plein soleil alors que le paysage au dessous de nous sombre petit à petit dans l’ombre. Bientôt après nous passons entre Athènes et Marathon, mais sans plus rien distinguer de bien précis comme dans le vaisseau fantôme… Une série d’îles moyennes se distingue quand même : il faut vraiment que je révise ma géographie car je suis incapable de mettre un nom dessus…

Dimanche 1er juillet 2012. Alexandrie.

1h. Après un changement au Caire, arrivée à l’aéroport de Borg el-Arab avec quarante minutes de retard et une certaine pagaye bon enfant pour récupérer nos bagages en même temps qu’une arrivée de Barheim ; comparativement, il y a ici plus d’animation qu’au Caire ; question d’échelle probablement. La voiture envoyée par le Centre d’études alexandrines nous attend bien et nous dirige à grande vitesse à travers le delta éclairé par les  torchères des industries pétrolières prospères par ici ; je cois savoir que GDF Suez y est associé. Nous posons d’abord Ahmed Youssef dans sa famille près de la place des consuls qui est en pleine activité à cette heure, avec de violents éclairages sur les étals forains à même les trottoirs et la chaussée au pied de la statue équestre de Méhémet Ali. Mon appartement habituel du CeAlex m’attend plus paisiblement 9 rue des Ptolémée où je m’installe avec un plaisir infini ; il n’y a personne.

7h30 lever. 9h. Café sur la terrasse du Centre d’études proche, en haut de la rue des Ptolémée. Je prépare en bibliothèque mon séjour et mes rendez-vous.

13h. En taxi au-delà de la rue Nagui Daniel en face du second Brazilian Coffee, au City, où l’architecte Mohamed Awad, directeur d’Alex Med à l’Alexandrina, a l’habitude de venir tous les jours à cette heure-ci. Nous évoquons ensemble, entre autres choses le prêt de ses collections au Mucem de Marseille et la biographie de Gaston Zananiri qu’il m’a commandée pour la collection qu’il dirige à la Bibliothèque d’Alexandrie. J’y retrouve le Dr. Ahmed Youssef qui a organisé cette rencontre, et une bande d’habitués tous ou presque francophones, bruyants et discutant moitié en arabe, moitié en français en raison de ma présence probablement. Excellente introduction à ce nouveau séjour alexandrin dans une des rares brasseries littéraires que je n’y connaissais pas encore.

 14h. déjeuner sur la terrasse du Centre autour d’une table d’une vingtaine de convives, des archéologues pour la plupart avec une importante délégation turque en plus des membres du personnel permanent du centre, égyptiens, eux, pour la plupart. Je les connais pratiquement tous qui ont pris l’habitude de m’y voir passer régulièrement : cinq fois en douze mois en 2011-2012. Je me trouve aux côtés des plus anciens : Raymond Collet et Pelle qui me font ensuite visiter leur énorme laboratoire informatique. Ils me font visionner le film cocasse et drolatique (Lipdub) réalisé par Pelle pour l’anniversaire des soixante ans de Jean-Yves Empereur sur les paroles et musique d’Alexandrie-Alexandra de Claude François ; à la fin, une série de prises de vue par Skype d’amis éloignés – dont moi-même – qui souhaitent bon anniversaire à Jean-Yves. Ils m’en remettent le cd-rom qui demeurera un souvenir atypique  de ce lieu un peu miraculeusement convivial si loin de la mère patrie…

Raymond Collet me remet de son côté le cd-rom de 26 minutes qu’il vient de réaliser sur la presse francophone d’Egypte, projet auquel nous sommes associés depuis le début. Mon prochain séjour ici, devrait être dans ce cadre, à la bibliothèque municipale d’Alexandrie enfin rénovée, distincte de l’Alexandrina que l’on appelle aussi couramment « la Bibliothèque d’Alexandrie », mais il ne faut surtout pas s’y tromper..

Nous dînons sympathiquement tous les trois dans une vieille pizzéria à la mode mais quasiment vide du centre ville, à deux pas du Patriarcat copte orthodoxe et de la maison-musée de Constantin Khavafy. La rue est absolument remplie par les supporteurs d’un match de foot diffusé sur l’écran de télévision d’un petit bouiboui voisin : contraste… Raymond Collet est un ancien directeur de l’Alliance française de Port-Saïd d’il y a assez longtemps : il se souvient distinctement de notre association et de Jean-Paul Calon ; je le rencontre régulièrement au CeAlex bien qu’il soit installé maintenant à Alexandrie où il vit avec son épouse égyptienne et leur fils. Il s’occupe maintenant au CeAlex de la photographie et des films. Pelle, lui, ingénieur au Cnrs, s’occupe plutôt de l’informatique et de l’audiovisuel : son épouse est Nicole Garnier, chartiste, qui est conservatrice du musée de Chantilly.

Lundi 2 juillet 2012. Alexandrie.

9h30. Au café moderne Cilantro, en terrasse de l’esplanade de la Biblioteca Alexandrina, en front de mer de la Corniche ; au fonds : le fort Qaytbay sur l’emplacement de l’ancien phare d’Alexandrie. De grands palmiers phénix ; accrochées au tronc, des affiches électorales du nouveau président élu de l’Egypte d’aujourd’hui ; un barbu qui se veut rassurant ; on le jugera aux actes…

10h. Je me présente à l’entrée du personnel par où l’on me laisse passer sans aucun problème avec mes téléphone, I phone et autre appareil photographique, sans même me demander mes papiers d’identité ; on me propose de prendre seul l’ascenseur pour le troisième étage où Mme Noha Hadly m’attend effectivement. Ses jeunes collaboratrices voilées m’introduisent dans son vaste bureau directorial décoré avec des reproductions d’œuvres d’art contemporaines, dont le Guernica de Picasso. Noha Hadly est habillée avec élégance, tenue parisienne, cheveux longs, s’exprimant parfaitement en français. Bien que nous nous connaissions de puis longtemps, c’est la première fois que je la rencontre dans ce bureau ; la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, je crois, c’était en janvier dernier à Paris, au Centre culturel égyptien lors de la conférence du Dr. Fathi Saleh, l’ancien ambassadeur d’Egypte auprès de l’Unesco qui a fait inscrire les archives du canal au registre de la Mémoire du monde. Accueil tout à fait cordial ; elle réaffirme combien le don par notre association des cd rom des archives de la Compagnie universelle est important et apprécié sur place à sa juste valeur. Nous convenons qu’il convient de prolonger cette entreprise, le travail demeurant à réaliser étant immense. Je l’interroge à propos de la convention que l’Alexandrina vient de signer avec l’institut du Monde arabe pour numériser les ouvrages de son fonds ancien : j’apprends que les collections sont déplacées depuis Paris pour être numérisés à Alexandrie… Cela est en mesure d’inspirer une évolution de notre propre méthodologie : à ma demande s’il serait concevable qu’elle numérise ainsi les archives qui se trouvent à Ismaïlia, elle réagit spontanément en affirmant que cela ne poserait aucun problème. Nous convenons que j’interrogerai dans ce sens dès demain l’amiral Fadel qu’elle a connu dans sa jeunesse car son père a été son supérieur hiérarchique à l’Amirauté d’Alexandrie.

Je mets la conversation sur les collections du canal conservées aux Archives nationales d’Egypte au Caire (Dar el Koutoub, Cornich al Nil) mais je sens bien que cela s’avère beaucoup plus problématique. Elle insiste néanmoins pour affirmer que cela ne poserait aucun problème pour que nous cédions des copies de nos cd-rom à d’autres institutions égyptiennes ; de là à ce que ce soit fait ici-même comme nous l’avions envisagé un moment, il y a un pas qu’elle ne franchit pas.

Elle m’invite à visiter lors d’un plus prochain voyage une exposition détaillée qui est en cours en ce moment sur les projets de numérisation de l’Alexandrina ; il faut compter pour cela bien une heure trois quart.

Cherine Mahmoud, francophone elle aussi, vient ensuite me prendre en charge et m’amène dans son service au département des manuscrits anciens. Elle est elle, strictement voilée, ce qui ne l’empêche pas d’être souriante et très soucieuse de m’accueillir agréablement comme à l’accoutumé.

Shihab Riad me met sur mon mur de Facebook : Nauwart massr, ce qui veut dire parait-il : Tu as illuminé l’Egypte par ta présence…

Je travaille dans la bibliothèque du Centre d’études alexandrines où ne nombreux inédits retiennent mon attention. Il y a en particulier les archives des familles Zogheb et Ayoub avec le tapuscrit du mémoire de Dominique Cogny pour l’obtention du DEA d’histoire sociale préparé sous la direction du professeur Jean-Pierre Chaline : Les notables alexandrins 1924-1970 Des héritiers sans héritage. Paris IV Sorbonne 2003-2004. Il s’y trouve la publication du diaire de Bernard de Zogheb pour 1954, année sensible s’il en fut pour la grande bourgeoisie alexandrine. J’apprends ainsi que l’écrivain palestinien Edward Saïd a été élève au Victoria College ; il a écrit A contrevoie, mémoires, Le Serpent à plume, 2002. Dominique Cogny qualifie les mémoires de Gaston Zananiri « le plus complet des livres témoignages sur Alexandrie. Homme de culture, issu d’une famille de notables, élève au Victoria College, ses mémoires avec un index et une abondante bibliographie évoquent tous les aspects de la vie, de l’histoire, de la société alexandrine ». (p18)

Jacques Berque, L’Egypte, impérialisme et Révolution, Gallimard, 1967.

Une citation : « une règle : donner l’intime, pas le privé ». Roland Barthes, dans La préparation du roman, Le Seuil, 2003, p. 218. Cela enchante Ahmed Youssef qui vient de finir sa biographie de Jean Lacouture.

16. Une voiture limousine noire du Canal vient me chercher : longue mais confortable traversée du Delta, occasion de converser avec le Dr. Ahmed Youssef en échangeant nos souvenirs littéraires et en évoquant nos impressions sur l’Egypte depuis que nous nous connaissons : une longue aventure.  Nous longeons Aboukir, Rosette, Damiette, La Mansourah, les grands lacs avec le Menzaléh, les pécheurs avec leurs felouques aux grandes voiles millénaires, les rizières et les palmeraies, et aussi l’industrie pétrolière avec ses torchères. La grande route récemment ouverte est sensée faire le tour de la Méditerranée : elle vient de Lybie, traverse le canal à El-Kantara et continue sur Gaza… Un seul contrôle de sécurité où notre chauffeur ne s’arrête même pas : voiture officielle…

Accueil chaleureux à la maison de Ferdinand de Lesseps dont le personnel salue notre arrivée ; là aussi nous nous connaissons bien, depuis le temps… J’ai toujours la même chambre avec son immense salle de bain, celle de  Sabine Charles-Roux. Eau chaude, air conditionné, frigidaire bien garni, boissons gazeuses, assiette de fruits frais. Un repas nous attend en salle à manger.

Mardi 3 juillet 2012. Ismaïlia.

Matinée de repos passée à la Résidence après un breakfast copieux (omelette, yoghourt, fromage de chèvre, miel, confiture etc.) Une bouilloire en plastique a remplacé le service en métal anglais mais tout est toujours en place, immuable. Je photographie un couteau à dessert de Christofle au sigle de la Compagnie universelle. Continuité… Deux énormes fauteuils à haut dos type Louis XII revu à l’orientale ont fait leur apparition : on y imagine Hilary Clinton en face de quelque président… J’essaye de tenir à jour mon diaire pour ne rien perdre de la chance que constitue un tel voyage à une pareille époque historique pour l’Egypte et trente ans après mon premier séjour sur le Canal.

12h. Mme Sahar Mohamed Zaghloul, traductrice au service des relations publiques (Translator Management Department Public Relations) nous prend en charge avec notre voiture noire et son chauffeur : ils nous dirigent vers le grand immeuble du Canal où nous attendons dans un salon VIP du rez-de-chaussée l’arrivée d’Ahmed Aguiba, notre vieil ami consul honoraire  de France à Port-Saïd.

L’amiral Ahmed Fadel, Head Suez Canal Authority, que je vois probablement pour la première fois sans cravate, nous reçoit avec effusions dans son grand bureau qui domine le lac Timsah ; il nous commente très longuement la situation en Egypte, dénonçant la politique étrangère américaine qui selon lui déstabilise sciemment tous les états pétroliers du Golfe en provoquant leur éclatement ; il parle même d’une collusion entre les USA et l’Iran. Il redoute la main mise d’intérêts internationaux sur le Canal qui doit demeurer une voie de passage internationale de plus en plus difficile à sécuriser depuis que des armes sophistiquées circulent dans la région – et pas seulement à Gaza – en provenance de Lybie. Il désapprouve fermement les programmes de certains candidats à la dernière élection présidentielle qui ont promis de vastes aménagements touristiques et industriels dans la zone du canal alors que la sécurité du transit prime. Le canal doit demeurer strictement égyptien.

Il continue néanmoins à soutenir le projet de musée du Canal à l’emplacement de l’ancien Parti National Démocratique (PND), mais le gouvernement en a récupéré la propriété ici comme ailleurs ; il pense qu’une intervention de notre part lui en faciliterait le retour au sein de l’Autorité du Canal de Suez. Nous convenons que nous allons lui remettre une lettre sans délais et qu’il y répondrait avant notre départ d’Egypte. Il manifeste le souhait qu’une commission d’experts de l’association revienne dans peu de temps donner son avis technique, ce qui permettrait de mobiliser le nouveau ministre de la culture et les services centraux du Gouvernement.

Je n’ai pas trouvé le créneau pour lui proposer ce que j’avais prévu : l’invitation d’architectes de la SCA pour voir sur place comment nous restaurons, entretenons et réaménageons ce type de bâtiments coloniaux industriels en bois, à Saint-Laurent-du-Maroni par exemple, en profitant de la présence de Céline Frémaux à la Drac de Guyane dont Michel Colardelle est le directeur. Rien non plus à nouveau sur la chambre de Lesseps… Mais l’on peut considérer que tout cela est compris globalement dans la proposition précédente qui, elle, est sans précédent dans la bouche de l’amiral Fadel ; le tout est qu’il le confirme par écrit car il nous a habitués à ne jamais utiliser ce mode de communication… Là encore, nous verrons bien, qui ne tente rien n’a rien. Impression générale enthousiasmante malgré des résultats mitigés et des espoirs souvent déçus ; accueil égal sinon supérieur à ce qui nous a toujours été réservé du temps de Jean-Paul Calon auquel l’amiral a tenu que nous transmettions ses meilleurs vœux. C’est important car cela faisait longtemps que nous n’avions pas renoué le contact traditionnel et compte tenu du « loupé » de septembre dernier où nous avions en quelque sorte raté notre passage à Ismaïlia où nous étions venus en beaucoup trop grand nombre.

Déjeuner plantureux, exceptionnel même, très VIP, au club des familles, le long des berges du Canal : nous assistons au passage d’un immense porte conteneur de la CMA-CGM de Marseille immatriculé à Monrovia : on a l’impression qu’il va effleurer les carreaux de notre salle à manger ; en face, la rive asiatique dont les espaces verts semblent bien partis, aux pieds du musée de la victoire surmonté de son signal en forme de baïonnette : quand on pense qu’il y a quelques années les lignes israéliennes arrivaient jusque là…  J’ai une pensée émue pour un de mes camarades parachutiste de service militaire qui s’est fait tuer par ici en 1967 sous l’uniforme israélien… Nous rejoignent Pierre Alfarroba, directeur de l’Alliance française de Port-Saïd, et le Dr. Mostafa Moussa, trésorier de l’Alliance française, ancien inspecteur général des services vétérinaires au Gouvernorat de Port-Saïd, un vieil ami là aussi ; leur moral n’est pas au plus haut, abandonnés de tous, de l’ambassade de France en particulier ; le Centre d’études de la langue française d’Ismaïlia (le Celf), vient de fermer dans l’indifférence générale. Les quelques subventions dont ils bénéficient encore ne font que s’amenuiser alors que leurs activités sont prospères et reconnues sur place et bien au-delà, grâce à Facebook en particulier. Une équipe de bénévoles est entrain de restaurer le socle de Ferdinand de Lesseps. Ils organisent régulièrement des visites commentées des vieux quartiers de Port-Saïd qui sont très suivies.

Autre sujet de pessimisme : l’assassinat ces jours-ci à Suez par trois barbus, d’un jeune homme qui se promenait paisiblement avec sa fiancée ; il vient de décéder dans un hôpital d’Ismaïlia… Cela fait beaucoup de bruit.

Notre Association avait porté assistance à l’Alliance française de Port-Saïd du temps de Jean-Paul Calon et de Raymond Collet, il y a une quinzaine d’années : il conviendrait d’envisager comment reprendre cela d’une manière ou d’une autre ; il y a vraiment urgence ; il y va de notre honneur.

18h. Je vais assister au coucher de soleil sur la plage du Mercure, au bord du lac Timsah. Bière locale Sakkarra, tant qu’il y en a encore. Georges, le dernier restaurant du centre ville qui servait de l’alcool, vient de fermer, comme une des dernières brasseries de Port-Saïd… J’observe le manège d’un martin-pêcheur noir, des pêcheurs au filet dans de petites barques jaunes et rouges, le lac bleu sans vagues ni courant dans un silence parfait.

19h30. Clémence Abdel-Wahab nous rejoint à la Résidence, en cheveux mais avec une tunique colorée égyptienne un peu pharaonique, chaussures vertes, très élégante avec ses lunettes en or. Elle nous raconte qu’elle a quitté le service des traductions et du protocole et qu’elle est désormais en charge de la nouvelle bibliothèque qui est en construction ; son inauguration devrait avoir lieu d’ici la fin de l’année. Elle en fait la description comme d’un bâtiment neuf, très grand et susceptible d’agrandissement ; elle se demande pourquoi le musée ne serait pas construit à côté. Nous avons du mal à comprendre quel y est son rôle exactement : elle s’en dit responsable sous les ordres de son chef du département de la recherche et de la planification. Le chantier serait bien avancé, mais pas les aménagements intérieurs ; il faut qu’elle soit aussi belle que celle d’Alexandrie ; son « chef » qui est passé par Oxford veut qu’il y ait des cabines pour les microfilms comme en Angleterre, elle y revient à plusieurs reprises. On retrouve et collecte de vieux livres un peu partout dans les greniers et placards : une circulaire interne demande à tous d’y déposer leurs vieilles collections. Elle nous apprend surtout que l’on a retrouvé grâce à cela de gros livres reliés pleins de plans ; ils seraient en cours de restauration, ce qui ne nous rassure pas trop. Peut-être à dar-el-Koutoub, la Bibliothèque nationale du Caire ?

Clémence manifeste son accord pour se rapprocher de la Bibliothèque d’Alexandrie pour bénéficier de ses conseils et assistance éventuels. J’évoque avec elle la possibilité de réaliser des numérisations comme Noha Hadly me l’avait suggéré pas plus tard que hier. Il faudra en tout cas que la prochaine commission technique de l’amiral Bellec approfondisse cette information tout à fait nouvelle pour nous.

Nous terminons la soirée en dînant avec elle autour de l’immense table de la salle à manger de la Résidence où nous sommes seuls. Elle est préoccupée car on doit lui faire un pontage du cœur ces jours-ci.

Mercredi 5 juillet 2012. Le Caire.

5h. Départ pour Le Caire avec notre voiture du Canal et son chauffeur. Le soleil est déjà bien levé ; il fait jour et chaud. Très belle route avant les embouteillages matinaux.

6h. Arrivée rapide, sure et sans encombres ni contrôles de police. Nous parcourons le centre-ville qui se réveille à peine, par l’autopont qui passe au dessus de la gare centrale et du musée national vers les berges du Nil et l’incontournable place Tahrir ; place Talaat-Arb, la pâtisserie Gropi est fermée. Nous décidons d’aller déjeuner à l’ancien hôtel Méridien où nous étions descendus avec Jean-Paul Calon et Roland de Lesseps à l’époque de l’attentat de Louxor ; il est maintenant entièrement rénové, immense, démesuré, d’un luxe inouï ; restaurant tournant au sommet et les pieds dans l’eau sur le Nil sans courant, l’immense surface à peine irisée par de courtes vaguelettes. « Le Nil still… » A quai le grand yacht blanc de l’hôtel. Je n’y retrouve plus les felouques d’antan. A l’horizon proche, le grand pont moderne de Kasr el Nil et la perspective à perte de vue de la Corniche du Nil avec les tours de la Télévision, des Affaires étrangères, l’hôtel Konrad où nous étions descendus avec Martine de Boisdeffre et, juste derrière, l’organisation du Livre et des Archives nationales. En face, le quartier de Guizèh avec l’ambassade de France et l’université du Caire, et sur la pointe de l’île de Gezireh la haute tour rouge du Sofitel dont les jardins plongent directement dans l’eau. Féérique, mais quel contraste !

9h30. Après avoir traversé Garden-City, nous arrivons dans le quartier de Mounira dans le beau palais ottoman où se trouve le vénérable Institut français d’archéologie orientale (Ifao) qu’Ahmed Youssef ne connait pas encore. On est toujours impressionné par les immenses volumes des pièces du rez-de-chaussée, du hall d’entrée et de l’escalier monumental, le tout recouvert de bois. Marie-Christine Michel, responsable du service de diffusion des publications, nous accueille la première en nous faisant les honneurs de l’ensemble des publications archéologiques et historiques de l’Ifao, ce qui est vertigineux. Nous parlons du paquet du livre sur Suez qui est resté au Caire faute de liaison satisfaisante avec le délégué régional de GDF SUEZ, M. Maqsoor Cheer. Nous montons ensuite au premier étage pour y retrouver Philippe Chevrant, chartiste, jeune et nouveau directeur de la bibliothèque, qui nous reçoit avec Sylvie Denoix, directrice des études ; nous rencontrons ensemble Robert Aramand, l’agent comptable, chef des services financiers de l’Ifao qui vient de recevoir mes correspondances et les deux chèques destinés à la numérisation de la presse francophone et au séjour en août prochain de la jeune chercheuse égyptienne qui va venir rue d’Astorg travailler sur le fonds Goby ; Ahmed Youssef part avec elle visiter l’imprimerie dont les premiers éléments datent des savants de Bonaparte. Pendant ce temps nous évoquons les différentes possibilités de rédaction d’une convention entre notre Association et l’Ifao afin de régulariser sinon réguler la gestion des différentes subventions qui transitent par eux chaque année maintenant que le Groupe Isthme de Mercedes Volait et Claudine Piaton a terminé sa tache pour se consacrer à d’autres régions de l’Egypte : j’explique avec force que nos statuts excluent en principe que nous intervenions ailleurs que sur le canal de Suez. Nous évoquons nos relations avec les Archives nationales d’Egypte qui n’auraient pas été affectées par le brusque changement du directeur du Livre ; des chercheurs français y travaillent désormais régulièrement mais rien n’est fait dans le domaine qui nous intéresse, c’est-à-dire celui des inventaires et de la numérisation ; il convient enfin de faire la point des recherches qui y ont été menées par le groupe Isthme dont le synthèse a vocation à être publiée dans notre bulletin dont je remets le numéro 1.

Nous faisons également le point sur la reconstruction et la reconstitution de l’Institut d’Egypte dont l’immeuble a été reconstruit d’une manière estimée satisfaisante contrairement à ce qu’a put laisser entendre une certaine presse. La jeune Fathem va donc passer de nouveau un mois à Paris, cette fois-ci dans nos locaux pour voir ce qui pourrait être intéressant de sélectionner dans la bibliothèque du fonds Goby.

Entre Sylvie Denoix et Philippe Chevrant, nous avons là deux correspondants amicaux et surs, de haut niveau et indépendants des aléas de la conjoncture actuelle. C’est bien le point fixe dont nous avons besoin au Caire ; et en plus ils sont en phase avec Jean-Yves Empereur, notre autre point fixe à Alexandrie, ce dernier étant aussi administrateur de l’Ifao… La création d’une bibliothèque de l’Autorité du Canal de Suez constitue une opportunité susceptible de se mettre en phase avec ce réseau.

11h. Al-Ahram hebdo en français. Nous sommes reçus par le rédacteur en chef, successeur de Mohamed Salmawy,  Hicham Mourad dont j’avais déjà fait la connaissance à Woippy, près de Metz, lors du colloque qui avait eu lieu dans la mosquée-centre culturel avec Ahmed Youssef et Jean Lacouture. Pendant que nous évoquons l’actualité politique de l’Egypte après les élections présidentielles qui ont amené un frère musulman au pouvoir, je tape sur son ordinateur la lettre à l’amiral Fadel que nous avons rédigée dans la voiture en rentrant d’Ismaïlia, ainsi qu’un projet de réponse à propos du musée et de l’invitation d’une commission muséographique menée par l’amiral Bellec. Ahmed Youssef en établit la traduction en arabe et confiera le tout au chauffeur qui le ramène à Alexandrie ; il repassera à Ismaïlia dans une dizaine de jours pour récupérer la réponse définitive de l’amiral. Croisons les doigts…

On me fait visiter l’immeuble où est préparé et réalisé chaque semaine Al-Ahram hebdo, un pilier de la francophonie en Egypte et dans tout le Moyen Orient.

Je termine la journée tranquillement dans l’île de Zamālek, rue Ismail Mohamed, à la vieille pension de famille, l’hôtel Horus, où j’ai mes habitudes avec son style vieillot, pris en sandwich au quatrième étage d’un immeuble d’habitation qui a tout de même deux ascenseurs.

Mercredi 4 juillet 2012. Le Caire.

12h30. Rendez-vous aux Archives nationales avec Howeyda Kamel, directrice des relations internationales qui parle parfaitement français ; une vieille connaissance, là aussi. Il y a eu des changements à la tête de l’organisation générale du livre et des archives mais pas aux Archives elles-mêmes dont le Dr. Arb est toujours le directeur. Ils sont tous en réunion et je n’entraperçois que  le nouveau directeur général du Livre à qui Howeyda remet la convention que j’avais signée l’an dernier.

Nous résumons les dossiers en cours :

1.-Remise aux Archives nationales d’Egypte d’une copie des cd-rom que nous avons offerts à l’Alexandrina.

2.-Traduction des instruments de travail qui concernent les archives du Canal au Caire, de l’arabe au français. L’Ifao est le mieux placé pour gérer ce dossier car le service de traduction de Dar-el-Koutoub travaille plutôt dans le littéraire et dans la perspective de la vente de ses publications.

3.-Préparation d’une exposition sur le canal de Suez à partir des collections du Caire et du montage électronique réalisé par Yasmina Boudhar pour Séoul et Florianópolis ; le Centre d’études alexandrines pourrait en être un des partenaires.

4.-Numérisation sur place de la presse francophone du canal conservée ici, et dans un second temps utilisation éventuelle du matériel et du personnel spécialisé pour numériser tout ou partie des archives du canal conservées au Caire.

5.- Je renouvelle mon invitation à recevoir dans nos locaux de la rue d’Astorg à Paris  le directeur des Archives nationales d’Egypte avec ses collaborateurs concernés par le canal, Mme Howeyda Kamel au premier chef. Il faudrait absolument qu’ils visitent aussi les Archives du Monde du travail à Roubaix avec nous. Je rappelle la vocation qui est la notre de financer une bourse pour aider un jeune chercheur égyptien à travailler en France sur les Archives du canal. En ce sens il n’est pas normal que le financement que nous avons apporté au groupe de travail Isthme pour les villes du canal ne soit pas perçu ici comme une de nos activités ; c’est une question de traçabilité à revoir.

En résumé, accueil sympathique mais qui nécessite d‘être approfondi pour connaître plus exactement ce qui est conservé en Egypte et ce qui représente des copies multiples ; mon sentiment est qu’il y a une grande quantité de sources techniques qui se trouvent identiques des deux côtés de la Méditerranée ; il est donc inutile de les numériser en premier. Un guide des sources s’avère nécessaire avant tout.

VOYAGE EN ÉGYPTE Canal de Suez Novembre 2008


16-20 novembre 2008

Dimanche 16 novembre 2008. 16h.30. En vol Egypt Air MSR 800 vers le Caire. Airbus A330-220.

L’Orient m’appelle et m’attire toujours : me revoilà reparti pour la semaine à Ismaïlia, invité par l’Université du Canal qui organise un colloque sur le Canal de Suez aujourd’hui et demain. C’est la première fois que nous y sommes invités. J’aurai ainsi vécu toutes les étapes de la régularisation de nos relation depuis 1982 où je venais pour la première fois quasi en reconnaissance pour enquêter sur le sort de la statue de Ferdinand de Lesseps. Toujours des approximations et des imprécisions : c’est ainsi que je n’ai appris que vers midi la confirmation que l’on viendrait bien me chercher à l’aéroport du Caire et que je serai hébergé à la Résidence de l’Autorité du Canal, dans la maison Ferdinand de Lesseps ; comme d’habitude, peut-être, mais cela va mieux en le précisant. Je ne sais en tout cas pas exactement ce sur quoi je devrai intervenir ; une vision française du canal probablement. Je devrais rejoindre au Caire ce jeudi-ci le Prince Toussoun qui semble y être maintenant beaucoup plus souvent ; nous devrions nous rendre ensemble à la Société de Géographie pour y préciser et confirmer les projets élaborés lors de nos derniers passages et aussi par le Souvenir napoléonien du baron de Méneval rencontré la semaine dernière à Versailles.

Aucune vue aérienne sur notre trajet : arrivé parmi les tout derniers, je suis tout au fond sur un siège du milieu sans fenêtre, mais j’en profite pour me concentrer et travailler sur mon nouvel ordinateur portable Hewlet Packard. Je me suis mis depuis peu à rédiger mon diaire directement dessus, ce qui m’évitera un gros travail de copie ; mais en fait le ferai-je jamais ? Je compte tout au moins regrouper un jour mes voyages en Egypte pour en réaliser une publication spécifique ; mon expérience est originale et vaut la peine d’être partagée.

Arrivée sans encombre au Caire vers 21h.30. 19° dehors ; c’est toujours surprenant lorsque l’on arrive de France où le thermomètre plafonne actuellement autour de 10° avec, en plus, un crachin automnal permanent. Je maintiens Mireval tout juste dans les 12° avec notre poêle à bois dans la cuisine en sous sol.

Assuré en début d’après midi seulement d’avoir une voiture qui m’attendrait à l’aéroport, je ne finis par identifier la personne chargée de m’accueillir qu’après les formalités de douane et la récupération de mes bagages : une énorme valise remplie à craquer d’ouvrages à donner ici en cadeaux : l’histoire de Suez qui vient de sortir et Mémoires de Suez. François Bissey et René Chabot-Morisseau à la découverte du désert oriental d’Egypte (1945-1956), publié récemment par la société d’égyptologie de Pau, Ginette Lacaze, présidente. Nous fonçons immédiatement dans la nuit sur l’autoroute vers Ismaïlia au milieu des camions, camionnettes et autres véhicules qui roulent tous un peu à leur façon mais sans trop de peine ni de frayeur. Un peu comme la route dite encore du désert vers Alexandrie, l’urbanisation tend à combler l’espace entre le Caire et les villes du canal ; végétation incroyable en un endroit pareil : les plantations de l’autoroute sont arrosées d’un point à l’autre, et les usines, habitations et autres villes nouvelles sont éclairées a giorno.

En entrant à Ismaïlia, nous sommes accueillis par la grande statue dédiée aux Égyptiens qui ont creusé le canal, au moins au début, référence obligatoire ici lorsque l’on évoque cette époque ; il faudrait comparer cette statue famélique avec son symétrique au Panama où il s’agit au contraire d’un pionnier conquérant du Far-West, avec sa culotte de peau et son grand chapeau…Il y a eu pourtant là-bas aussi un grand nombre de victime du climat et des épidémies.

Vue depuis la petite écluse à la Van Gogh, la résidence de Ferdinand de Lesseps est éclairée violemment ; elle parait flambant neuve comme cela ; en tout cas parfaitement entretenue de l’extérieur. Nous contournons le jardin et je trouve dans la grande salle à manger cinq ou six ancien pilotes qui m’accueillent très bien : le plus âgé qui parait présider cette réunion parle français et m’entretient d’emblée de toutes ses relations dans le commerce maritime ; il s’agit du captain El-Eyouni, chairman de Egyptian marine and offshore consultants. Bonne entrée en matière mais je me dirige sans plus tarder vers ma chambre car il va être minuit.

Je suis installé au premier étage dans la chambre qu’utilisent généralement les Calon. Impeccable, grande salle de bain, terrasse ;  c’est celle de François Charles-Roux qui jouxte celle de Sabine son épouse, qui était jusqu’à présent la mienne. Je me restaure sur place de jus d’ananas – pineapple – et d’une grosse orange suivie d’une petite banane locale : délicieux ! Minuit quarante cinq, je me couche.

Lundi 17 novembre 2008. Ismaïlia. Petit déjeuner à 9h dans la grande salle à manger de hier soir ; nous parlons avec mes nouveaux compagnons comme si nous nous étions toujours connus ; l’un d’entre eux au moins, Ibrahim M. Harb, me dit être un ancien amiral de la flotte égyptienne ; il me tiendra compagnie toute la journée dans un anglais impeccable, m’apprenant par exemple que le calendrier de l’Egire arabe ne compte pas des jours mais des nuits et qu’il s’appuie sur les croissants de la lune dont la moitié correspond au 15 du mois : pas bête pour un système mis au point par des bédouins et toujours utilisé par des marins comme lui.

9h30 un minibus de l’Autorité du canal vient nous chercher et je réalise que mes voisins vont au même endroit que moi ; impression pas si évidente que cela car en arrivant à l’université, dans des locaux flambant neufs et au milieu d’espaces verts parfaitement entretenus et arrosés, je suis frappé par les banderoles du congrès exclusivement en arabe, étranges pour une manifestation du département de français.

Nous montons, sans trop savoir ce qui nous attend, les degrés du perron, entre une double haie d’honneur d’étudiants garçons et filles en tenue numéro un, blazer pour les uns, voile et robe longue de toutes les couleurs pour les autres et bandeau de tissu blanc au nom de leur université écrit en arabe, en rouge et en sautoir. On nous distribue le dossier du congrès également exclusivement en arabe et l’on m’installe au second rang à côté du professeur de français, Mme Nadeya Ibrahim Aref qui ne me quittera pas de la journée et qui me traduit de son mieux ce qui se dit à la tribune où ne tarde pas à arriver l’amiral Ahmed Fadel, le président de l’Autorité du canal, que nous connaissons bien.

Le sujet est « Le canal de Suez entre présent et avenir » ; les exposés sont faits aussi bien par des ingénieurs du canal que par des universitaires d’Ismaïlia, d’Alexandrie ou d’ailleurs. L’amphithéâtre d‘honneur est archicomble, du moins pour la séance d’inauguration. Dans la salle beaucoup d’étudiants en tenue chamarrées, et au moins un Saoudien en kéfié et tenue blanche traditionnelle, et deux chinois en jean… On me présente Mme Marie-Claude Messager, attachée de coopération pour le français du Centre français de culture et de coopération du Caire, seul autre français que moi, mais elle quitte la salle sans beaucoup de discrétion au début de l’intervention de l’amiral Fadel… On ne la reverra plus.

Je finis par comprendre que le programme que nous avons reçu en français a été traduit par le département de Mme Nadeya Aref mais que la manifestation est d’une beaucoup plus grande amplitude, organisée par le Canal et l’Université. On nous dit qu’elle se répétera désormais tous les deux ans, ce qui n’a rien pour surprendre puis qu’il s’agit de « l’Université du Canal ».

Les premiers sujets abordés donnent bien une idée de l’ensemble qui durera trois jours pleins :

Mise en évidence de l’importance du Canal de Suez dans le commerce international entre Orient et Occident.

Mise en relief des défis qu’affronte le Canal et les enjeux qui s’en suivent.

Le rôle du Canal de Suez dans le développement de l’urbanisme dans la région.

L’impact du Canal de Suez  sur les habitants au niveau économique.

Etc.

Je m’échappe un moment l’après midi pour aller activer chez Vodaphone mon téléphone portable égyptien, et pour consulter ma messagerie électronique dans mon cybercafé favori, au pied de la grande mosquée dont les deux immenses minarets sont nimbés de lumière verte.

Après un moment de repos à la Résidence, notre minibus vient nous récupérer pour nous conduire au cercle des familles qui jouxte le Canal d’où nous avons une vue imprenable sur la rive asiatique, le mémorial de 1967 et le début du Sinaï. Le passage d’un convoi est toujours impressionnant ; aujourd’hui, un gros yacht précède les porte conteneurs, mais surtout nous avons été saisis au sens propre du terme par l’odeur presqu’insupportable dégagée par un navire  transportant vers le sud les moutons de la prochaine fête de l’Aïd, fête qui commémore le sacrifice d’Ismaïl.

Mardi 18 novembre 2008. Ismaïlia. Journée commencée à la grande salle à manger de la Résidence avec mes quatre officiers généraux avec qui j‘ai fraternisé : ils sont d’Alexandrie et en parlent avec beaucoup d’attachement par rapport au Caire qui leur parait trop encombré.  L’un d’entre eux a passé quatre ans au Sultanat d’Oman, ce qui fait que nous parlons beaucoup du Yémen ensemble ; il m’invite à venir dans sa villa non loin d’Al-Alamein et de Marsa-Matrouh en juin prochain… Un autre est un ancien aviateur.

Journée assez pénible car ma traductrice a des cours et me laisse longtemps à écouter les conférences en arabe dont je retire à peine de temps en temps quelques passages que je crois comprendre ; mais devant moi les officiels donnent l’impression de ne pas suivre beaucoup plus, étant là en service commandé. Il ya heureusement les poses où l’on discute assez facilement avec un peu tout le monde, occasion unique de nouer des contacts avec des personnes que l’on ne rencontrerait pas ailleurs. Un universitaire alexandrin se met à côté de moi et m’aide à comprendre un tant soit peu les grands lignes de ce qui se dit ; avec lui, une jeune universitaire alexandrine fait sa thèse sur la rivalité entre Anglais et Français après l’inauguration du canal de Suez. Je leur offre un ouvrage sur l’histoire du Groupe Suez dont l’existence même est une découverte par la quasi totalité des participants à cette réunion pourtant de haut niveau. Aujourd’hui, nous sommes dans une plus petite salle dépendant du Canal, non loin du bâtiment principal et donc des berges, dans un endroit verdoyant et calme de cette cité-jardin.  Vers une heure nous embarquons sur la pilotine traditionnelle pour faire un tour du lac Timsha par un temps couvert qui donne à l’eau une couleur sombre inhabituelle pour moi ; en fait cette expédition sur le canal est chaque fois différente et je ne m’en lasse pas. Plusieurs dragues de modèle ancien sont en activité sur le lac et dégagent une odeur intéressante… Repas vers trois heures au cercle de la voile cher à Jean Pouchol ; bonne ambiance maritime renforcée par la présence de mes marins de la Résidence qui revivent leur jeunesse.

En fin de soirée passage rituel dans mon cybercafé où je reprends l’actualité de Versailles, Paris et même du Yémen via Wolf Buchman d’Allemagne. Vive la technologie !

Soirée musicale dans le grand amphithéâtre transformé pour l’occasion en théâtre. Nous avions rendez-vous à vingt heure mais le car est venu nous prendre à 19h30 pour nous ramener au grand amphithéâtre du premier jour, à l’Université du canal, assez loin du centre ville. Spectacle organisé par l’Université avec la bénédiction de l’Autorité du canal. Hymne national debout pour commencer, suivi d’un ballet composé par les étudiants à partir des chansons populaires et patriotiques de Port-Saïd et Port-Fouad : .c’est le corps de ballet de l’Université qui nous interprète la saga de la Simsiméïya, chanson des pêcheurs de Port-Fouad et de Port-Saïd que j’avais rencontrés dans un de mes précédents séjours avec Claudine Piaton et les élèves de Chaillot ; nous avions même contribué financièrement à leur voyage à Paris, rue d’Ulm ; j’avais également entendu un exposé à leur sujet à la Bibliothèque d’Alexandrie. La Simsiméiya, retrace à leur manière, populaire ou populiste ?, l’histoire du canal : on a eu droit à l’évocation de la corvée, véritable point de passage obligé en la matière, et une vision loufoque de l’inauguration du canal au son des trompettes d’Aïda qui ont été créées postérieurement, jusqu’’à la nationalisation par Gamal Abdel Nasser ; nous avons eu droit aussi pour la seconde fois à son discours d’Alexandrie et à la projection du triomphe qui s’en est suivi. L’évocation des guerres de 1956, 1967 et 1973 dans la plus pure tradition maoïste ou yougoslavo-cubaine. Il faut l’avoir vu une fois, et j’ai taché de faire bonne figure ; néanmoins les accents militaires et revanchards de ces mouvements de jeunesse n’ont rien pour me rassurer.

En fait les Egyptiens n’arrivent pas à s’approprier la dimension épique du creusement du canal qui a été un des événements majeurs du XIXème siècle et qui a pourtant été commandité par leur gouvernement et auquel ils n’ont pas participé seulement avec la pelle et la pioche. C’est dommage ; il y a encore du travail à faire. C’est d’autant plus regrettable que l’on a là affaire à de futurs enseignants qui vont continuer à propager cette vision caricaturale d’une histoire qui pourtant est bien la leur.

Mercredi 19 novembre 2008. Ismaïlia.

Rendez-vous à 8h30. Petit déjeuner donc à 8h avec mes officiers généraux avec qui les conversations en anglais sont de plus en plus intéressantes. Le car n’arrive que vers 10h. pour nous amener au petit cercle près de la mer où l’assistance devient clairsemée. Ma traductrice n’étant pas là tout le temps, j’ai eu les mêmes difficultés à suivre ce qui se disait, mais j’ai retenu quelques bribes : à côté de félicitations pour l’œuvre de Ferdinand de Lesseps, des propos les plus invraisemblables ont été prononcés devant une salle imperturbable quelque soit l’opinion exposée ; le sommet a été vis-à-vis d’Israël qui est perçu ici comme l’ennemi de toujours, fourbe, menteur et conquérant, citations de Voltaire à l’appui, et verset du Coran disant que les Chrétiens sont vos amis et les Juifs vos ennemis. Une jeune fille voilée de pied en cap mais de toutes les couleurs, a demandé avec un certain courage dans quelle mesure il ne fallait pas distinguer le gouvernement israélien des populations juives, le président de séance l’a renvoyée à la citation du Coran ; elle a quand même continué en demandant vers où se dirigeait dans tout cela l’Egypte, il lui a été répondu que l’essentiel pour elle était de suivre le Coran qui saurait seul résoudre ses problèmes… Contraste total avec les élites égyptiennes que je côtoie tous les jours ; mais si c’est cela que l’on enseigne aux étudiants, l’Egypte n‘est pas prête de voir la fin de ses peines.

Je fais la connaissance du Dr. Farouk Abbas, professeur à la Faculty of Arts d’Alexandrie, qui a entendu parler de notre action pour numériser les archives du Canal ; il tient à me dire que tous ses chercheurs sont nos lecteurs et nous en sont très reconnaissants ; cherchant à savoir quant la suite arriverait… Il me dit aussi avoir passé quatre ans à Aden à travailler sur l’histoire de l’occupation ottomane. Je lui remets un ouvrage de Ginette Lacaze sur les fouilles des pilotes de la Compagnie universelle, et nous déjeunons ensemble avec les autres universitaires alexandrins rencontrés au cours de ce colloque. Le Dr. Nadeya  Aref les connaît bien car elle enseigne aussi à Alexandrie où elle possède une maison. Cette fois-ci le repas a lieu dans la belle salle à manger de la piscine dont le mobilier des années vingt a été conservé en excellent état. Là comme ailleurs la continuité est assurée entre les deux administrations d’avant et d’après 1956.

Le colloque s’achève sans trop de cérémonie vers 15h. Je remets en main propre un exemplaire de l’ouvrage sur le groupe Suez, en anglais, à l’ingénieur Ahmed Moustafa qui a suivi les travaux du début jusqu’à la fin, représentant la Suez Canal Authority ; il me fait un peu penser à maître Vergès avec son visage un peu oriental ; charmant avec moi, il me redit plusieurs fois que nous sommes les bienvenus, toujours invités sur le Canal, en rappelant son bon souvenir à Jean-Paul Calon, la personnalité française bien connue partout par ici, cela va sans dire.

Une voiture me ramène à la Résidence… qui est fermée. Je me dirige donc vers mon cyber café où je passe une bonne heure au son de chansons françaises choisies exprès pour moi par la maison : une livre et demi de l’heure, ce qui correspond à quinze centimes d’euro. La première chanson était italienne, ne sachant pas très bien d’où je sortais. Vues d’ici, les querelles de Ségolène Royale et de Martine Aubry paraissent dérisoires ; le détournement d’un gros pétrolier par les pirates somaliens, en revanche, beaucoup moins.

Retour à la Résidence où Mme Nateia Aref doit venir me prendre à six heures. J’y retrouve Clémence Abdel Wouab, chargée de l’accueil et francophone, avec qui nous parlons de l’association, de nos souvenirs et de nos projets, notamment de la restauration de la chambre de Lesseps dont s’occupe plus particulièrement le prince Hussein Toussoun. A six heure, je pars avec elle en minibus spécial vers le centre de la langue française – le CLF, prononcé le self – où enseigne Mme Aref. Cette dernière arrive par la suite, m’ayant cherché de son côté à la Résidence… Le Celf en définitive n’est qu’à quelques pas de ladite Résidence, et j’ignorais complètement son existence à cet endroit-là, au pied des minarets de la grande mosquée, tout contre mon cyber café, en face d’une pâtisserie appréciée et de la gare centrale. Découverte importante après tant d’années où nous sommes venus sans connaître ce courageux petit havre de francophonie. J’y fais la connaissance de la fameuse Mme ou Mlle Chaiman à qui j’envoyais mes messages électroniques et auprès de qui Fabienne Martinez, la directrice de l’Alliance française de Port-Saïd, m’avait dirigé ; elle n’est pas apparue pendant le colloque. Petit à petit j’ai l’impression de résoudre un immense puzzle…  Il ya là un embryon de bibliothèque en français qui comporte un intéressant fonds n constitué d’une partie des livres du cercle voisin de l’ancienne Compagnie universelle, reliés en cuir rouge : il ya des ouvrages – incomplets – de Ferdinand de Lesseps et de Voisin bey, et même une édition originale d’Isabelle Eberhard dont j’explique le parcours extraordinaire qu’Edmonde Charles-Roux décrit si bien dans Un Désir d’Orient, ce que l’on ne savait pas ici, ni non plus qu’Edmonde Charles-Roux était la fille du dernier président de la Compagnie universelle qu’elle venait visiter ici tout à côté, à la Résidence ; la boucle est bouclée… On m’offre gâteau, thé, et je visite les lieux de fonds en combles promettant bien de revenir avec les membres de l’Association, qui seraient ravis de rencontrer des habitants d’Ismaïlia, ce que l’on a eu de la difficulté à réaliser jusqu’à présent.

Et réciproquement je fais visiter au retour les salons de la Résidence à Mme Aref qui ne les connait pas. Tout est très cloisonné par ici, mais ici aussi nous sommes des « passeurs » et de ces intermédiaires qui mettent les gens en relation.

Nadeya Aref est la veuve d’un ancien pilote du Canal dont la mère était autrichienne ; leur fils du reste est installé en Autriche et marié à une Autrichienne ; deux filles sont au Caire. Professeure de littérature et de civilisation à l’Université du Canal à Ismaïlia, elle y dirige le Celf : Centre de la langue française. Elle avait commencé comme guide touristique ce qui l’intéressait beaucoup, mais son mari avait trouvé que l’université, c’était mieux. Il a été emporté en deux ans, à 62 ans, par un cancer. Elle réside maintenant dans une résidence de la Suez Canal Authority, tout près de la rive occidentale du canal et des clubs. Résidence réservée semble-t-il aux veuves de la SCA. C’est elle qui aurait pensé à faire inviter notre Association à laquelle, du reste, elle manifeste le souhait d’adhérer. Elle a été aux petits soins pour moi, me tenant lieu de traductrice pendant les trois jours du congrès, me présentant systématiquement etc. Son aide a été très appréciable, irremplaçable ; sans elle, j’aurais été complètement perdu dans cet univers exclusivement arabophone. Elle m’a fait visiter le Celf – prononcer le Self – dont elle est la directrice avec Mlle Chaïman comme secrétaire aussi francophone. Le Celf est à quelques centaines de mètre à peine de la Résidence, à mi chemin entre la grande mosquée et la gare des chemins de fer, bref, tout juste en face de la pâtisserie.

C’est un contact primordial à réactiver chaque fois que nous retournerons à Ismaïlia.

Comme tout le monde ici, elle éprouve beaucoup de difficultés à obtenir un visa d’entrée en France comme en Allemagne du reste. Elle demande qu’on lui envoie une invitation, avec un tampon dessus, c’est très important, en me remettant à cet effet une enveloppe à son nom écrite en arabe car les préposés par ici n’ont aucune notion de l’écriture occidentale.

Jeudi 20 novembre 2008. Ismaïlia.

Je profite au petit matin de la terrasse de ma chambre pour apprécier les aménagements quasi luxueux des jardins de part et d’autre du canal d’eau douce et de ces fameux ponts métalliques verts semblables à ceux de Van Gogh du côté d’Arles. Sur la place, un grand panneau reproduit en couleur la cérémonie d’inauguration du canal par l’impératrice Eugénie, d’après Riou ; on ne peut plus dire ici que du passé table rase a été fait !

8h30. Petit déjeuner seul dans la grande salle à manger dressée pour la circonstance : nappe blanche et ancien service en Ruols de la Compagne universelle marqué à son chiffre.  Service impeccable à l’ancienne. Clémence m’avait donné rendez-vous à 9 heures ; elle ne vient pas mais un chauffeur vient me chercher  en voiture à 10h15.

Une brume matinale se lève ; il va faire chaud sur la route du désert. Nous commençons par longer le canal d’eau douce, large par ici à peu près comme notre Canal du Midi. Des légumes maraichers sur les rives : c’est un oasis de fraicheur et de verdure, des arbres, des roseaux, des palmes ; de temps à autre un petit minaret.

Des palmiers, des bougainvilliers fleuris, jaunes et rouges ; un petit âne blanc. Terre plein enherbé vert. Les arbres fruitiers doivent être les fameux manguiers d’Ismaïlia. Une petite mosquée rurale avec sa coupole verte. J’emprunte rarement cette route de jour, et j’apprécie tout particulièrement aujourd’hui cette plongée dans l’Egypte profonde, bien loin de la mégapole du Caire et de la vallée des Rois ! Route excellente à quatre voies avec terre plein central, peu fréquentée à cette heure-ci. Un poste de police ; ralentissement : on nous laisse passer sans même nous regarder. Une femme voilée avec son enfant sur une carriole tirée par un tout petit âne gris. Deux tours-pigeonniers en terre, peintes en blanc, dominent les champs à l’entour.

10h35. Une pancarte : le Caire 102 km.

Le désert commence avec son sable d’un ocre léger ; les oliviers sur le terre-plein central ; il y a encore quelques Eucalyptus mais d’une bien plus petite taille que ceux d’Ismaïlia. Il y a encore quelques carrés irrigués de culture maraichère. De nouveau une petite mosquée, mais cette fois-ci au toit plat. Vastes exploitations encloses de murs avec grand portail claquemuré. Des lampadaires doubles jalonnent le terre plein central pardessus une haie d’olivier bien entretenus : quel luxe ! Phénomène devenu rare : un troupeau de chameaux dispersé sous une installation d’irrigation par aspersion horizontale. Une vielle Mercedes blanche au bord de la route est en panne ; plus loin, c’est un camion qui est renversé.

10h45. Toll station : péage : colonnes corinthiennes blanches, toiture imitant la coupole centrale de l’immeuble de la Compagnie à Port-Saïd ; on ne peut pas affirmer que la mémoire du canal n’est pas entretenue par ici !

Bougainvilliers éclatants, lauriers roses en fleur, hibiscus rouges : c’est l’été en plein mois de novembre.

Monument commémoratif de l’ultime avancée israélienne, mais à quelle guerre ? 1956, 1963 ou 1973 ? Un char moderne jouxte un guerrier pharaonique avec son arc et ses flèches. Toujours la mémoire : elle ne nous quitte pas.

……………………………………………………………………………………………………………11h.30. Arrivée au Caire : brume et poussière ; le paysage idyllique du canal de Suez est bien loin, mais le terre plein central est toujours fleuri, arboré et enherbé, copieusement arrosé ; l’Egypte est fille du Nil ! Les immeubles collectifs de l’époque soviétique se pressent d’une façon désespérante ; ils sont sales et vétustes : il faudra bien vite les démolir… En traversant Héliopolis, le quartier chic par excellence par contraste, de magnifiques villas encadrent la résidence présidentielle et le palais du baron Empain restauré comme si ne rien n’était : il n’y pas si longtemps je le visitais dans le plus complet abandon ; encore une chose à mettre au crédit d’une Egypte qui change. Tout au long de l’avenue, tous les vingt mètres, un militaire en tenue noire tourne le dos à la circulation : M. Moubarak reçoit la présidente argentine, Mme de Kichner.

La plupart des taxis brinquebalants de jadis, Fiat Dacia et Renault R12, ont disparu au profit de voitures neuves jaunes, des Hyundai. Là encore les progrès se remarquent d’un voyage sur l’autre ; Dieu sait pourtant combien je viens souvent par ici !

12h30. Arrivé vers 12h30 dans le beau quartier de Zamaleck, rue Ismaïl Mohamed que je connais bien, je tente ma chance pour trouver une chambre à la Résidence Longchamp, au cinquième étage du même immeuble que l’autre résidence Horus où je descends également parfois et que m’avait fait connaître à l’époque Ahmed Youssef. Par chance il y reste une dernière chambre de libre de belle tenue, pour 41 euros à payer en liquide, avec un bureau, connexion à l’internet et tout le confort. C’est un des endroits à prix modeste les plus agréables que je connaisse pour descendre au Caire.

Je passe le début de l’après midi à mettre à jour ma correspondance électronique, en particulier avec l’Académie de Versailles qui est en ébullition en raison de la disparition de Ferréol de Ferry : c’était une des grandes figures de cette Compagnie, charmant, cultivé, plein d’humour et de tolérance ; ancien archiviste de l’Indochine, il avait réussi à diriger le service de Reprographie et du Microflm des Archives nationales complètement noyauté par la CGT ; c’est Michel Quétin qui lui avait succédé. Luce l’aimait bien, qui l’aidait parfois à acheter ses vêtements rue de la Paroisse. Commission des prix, gestion quotidienne, tout se bouscule avec des dates butoir incontournables.

En me dirigeant à pied vers le Marriott où j’ai rendez-vous avec le Prince Toussoun, je flâne le long des trottoirs en observant boutiques et passants ; je prends connaissance d’Al Ahram Hebdo dans la pâtisserie Mandarine où il n’y a presque personne : deux articles d’Ahmed Youssef et un compte rendu par son ami Salmawi du concert d’Adamo dont il est l’organisateur. Mais la grande affaire de l’actualité de ces jours-ci c’est la piraterie le long des côtes de la Somalie qui ne fait que croître et empirer en compromettant le transit du Canal de Suez.

16h. Je finis par avoir au téléphone M. Yehia el-Sadr qui vient d’organiser un voyage des anciens Ismaïliotes sur le Canal et qui a sollicité notre aide ; c’est encore Nadia Aref qui lui a donné mes coordonnées en Egypte. Nous nous donnons rendez-vous ce soir au Marriott.

17h. Le prince et la princesse Hussein Toussoun me rejoignent sur la terrasse du jardin de ce palace où résida l’impératrice Eugénie lors de l’inauguration du canal de Suez ; c’est pour nous également un lieu de mémoire important. Ils passent maintenant beaucoup plus de temps en Egypte ; aussi je tache de les mettre au courant de la marche de l’Association à la veille de son trentenaire et du cent cinquantième anniversaire de la fondation de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez, ancêtre en ligne directe de l’actuel groupe Suez. Nous nous entretenons en particulier du projet de restauration de la chambre de Ferdinand de Lesseps à Ismaïlia : un devis détaillé a été remis chez Suez il ya deux mois à peu près et nous n’en avons toujours pas de nouvelles. Le prince Hussein Toussoun me remet la carte de M. Didier Audebaud, head of Suez consulting, directeur chargé de missions chez Suez-Environnement, qui a été chargé de remettre dans les deux mois un avis motivé sur ce dossier : je vais m’en occuper personnellement dès mon retour à Paris.

19h30 ; M. Yehia El-Sadr me rejoint à son tour au Marriott : il m’entretient de l’activité de la Communauté des anciens Ismaïliotes dont il s’occupe activement ; nous convenons de rapprocher nos deux organisations, sur le plan documentaire et informatique en particulier. Son père a été le premier pilote égyptien sur le Canal ; il est demeuré sur place après la nationalisation, devenant chef du transit et même plus peut-être ; il faudrait faire le point sur cette carrière exemplaire. Yehia, son fils l’a suivi dans ses différentes résidences à Port-Tewfick et à Ismaïlia où il a passé sa jeunesse. Après avoir permis contre toute attente au Canal de fonctionner sous administration égyptienne, ils ont été suspecté de collaboration et sont tous partis les uns après les autres, beaucoup vers le Canada, d’autres en France, mais il reste encore des familles subsistant en Egypte comme lui. Ils ont fondé cette année seulement ce qu’ils nomment la Communauté des anciens Ismaïliotes qui s’est réunie il y a peu de temps avec quatre vingt dix participants, un certain nombre ayant effectué le voyage depuis le Canada. Ils attendent de nous de les aider à retracer leur histoire et à identifier des noms qui leurs sont familiers comme par exemple Négrelli, où à retrouver l’histoire de monuments comme le monument aux morts de la Guerre de 14-18 de Roux-Spitz, architecte qu’ils ne connaissent du reste pas. M. Claude Farid, universitaire à Angers, tient leur site internet ; il devrait entrer en contact avec nous incessamment. Ils ont demandé à M. Samir Raafat, auteur d’une histoire de la société à Maadi, de retracer la vie des familles à Ismaïlia : ils solliciteront notre aide sur ce point particulier qui leur tient à cœur. Ils souhaitent aussi obtenir de nous une reproduction du bulletin Le Canal.

Vendredi 21 novembre 2008. Vol Egyptair Misr 799. Airbus A 30-200.

Nuit passée sans trop dormir, peut-être à cause de la quantité de thé absorbée la veille. A 3 heures, j’écris un long message à M. Yehia El-Sadr pour le remercier de notre rencontre de hier soir au Marriott. La connexion à l’Internet fonctionne très bien dans cette Résidence Longchamp : c’est appréciable.

Lever 6h. J’expédie aux membres de l’Académie de Versailles un message électronique pour les avertir de la date de la cérémonie des obsèques de Ferréol de Ferry.

Check out et breakfast à 7h. Salle à manger soignée, décorée et presque vide à cette heure-ci.

La voiture commandée par l’hôtel n’est pas un véritablement un taxi, mais elle est moderne et confortable, coréenne par surcroit ; le chauffeur, surtout, est charmant : ancien banquer en Egypte dans les années 80, il a travaillé en Arabie-Saoudite par la suite et parle parfaitement anglais ; il dit n’avoir fait que trois ans d’études pour le français…

Embarquement sans problème. En allant reconnaître la nouvelle mezzanine sur laquelle s’est récemment installé un Starbuck Coffee, j’ai la bonne surprise d’y retrouver le Prince et la Princesse Hussein Toussoun avec lesquels nous continuons la conversation de hier soir : je les tiens au courant des contacts très encourageants établis avec la Communauté des anciens Ismaïliotes ; le Prince Toussoun y est comme moi très favorable. Il se désespère à nouveau, dans un autre domaine, de ne pas avoir de réponse de Suez à propos du devis de restauration de la chambre de Lesseps qu’il a remis récemment.

10h30. L’avion décolle, nous quittons la terre égyptienne ; cette fois-ci, j’ai obtenu d’être placé près d‘une fenêtre : 43A, mais avec vision vers le couchant, ce qui n’est pas idéal pour l’observation des côtes crétoises, grecques et italiennes.

Nous survolons très vite les grands espaces verts du Delta du Nil au milieu desquels un urbanisme désordonné grignote inexorablement les terres fertiles. C’est le grand beau. Tout juste quelques petits nuages joufflus font de la figuration. Le soleil m’empêche d’y voir quoi que ce soit ; dommage.

15h30. Arrivée à Roissy. Martine Dumond m’y rejoint pour me confier sa nouvelle voiture qu’elle a prise à Douai, à charge pour moi de la remettre à Régis Busschaert qui la descendra dans la Drôme : tout simple, quoi.

Nous nous dirigeons sans tarder vers le Grand-Palais où l’exposition Picasso est prise d’assaut ; nous nous rabattons sur celle qui est consacrée à Emil Nolde, et nous ne le regrettons pas car elle est de tout premier plan ; il n’y quasiment pas de visiteurs. Je retiendrai désormais que le spécialiste des tournesols ce n’est pas Van Gogh, mais Emil Nolde.

C’est Pascale Lehalle-Corbot que je retrouve ensuite à l’exposition voisine du Salon des  Artistes français où elle expose une espèce de totem loufoque dont elle est très fière.

22h. Orly. Je récupère François à son avion de Toulouse avec une bonne heure de retard, et nous nous couchons à Versailles, rue de Vergennes, vers une heure du matin. Il fait un froid de canard.

Samedi 22 novembre 2008. Paris.

14h. Unesco. Journée des Enfants du Mékong où je rejoins Martine Dumond qui en est une militante avertie. J’assiste, très ému, à la conférence d’une heure de Jean Vanier qui alterne ses souvenirs de l’Arche avec l’exemple des enfants asiatiques qui sont aujourd’hui à l’honneur. Je retrouve les mêmes gestes caractéristiques qu’il avait eus au chevet de Luce…

J’avais prévu ensuite d’assister à la cérémonie de mariage du fils de Françoise de Bazelaire-Boudemange ; mais cette fois-ci je me trompe d’église en allant à Saint-François-Xavier au lieu de Saint-Thomas-d’Aquin… Du coup je vais directement vers Villepreux où je vais saluer à Grand-Maisons M. de Saint-Seine, et lui présenter mes excuses pour n’avoir pas répondu à son invitation pour la fête qu’il vient de donner à l’occasion du centenaire de sa mère, elle-même née Saint-Seine, dont la propre mère était Truchis de Varennes. Outre toute la famille, j’y retrouve Isabelle et Patrick Billioud, cousins germains des Bazelaire par les de Job et les Dieuleveult.

En  sortant à une heure du matin par un fort vent glacé, épuisé par tout le bruit que cela représente, j’attrape froid ; il fait ici moins zéro. Le lendemain matin, c’est la neige. L’Egypte, c’est bien fin.

Arnaud Ramière de Fortanier

Lundi 26 mars 2018. Mireval – Paris. Institut du Monde arabe.

De nouveau en route vers Paris. TGV en journée. Semaine de l’inauguration de l’exposition « L’épopée du canal de Suez » organisée par l’Institut du Monde arabe qui nous emprunte un certain nombre de beaux objets de nos collections, moins que ce que nous aurions imaginé et espéré, et qui nous a marginalisés ; nous avons été siphonnés… Il me tarde de voir comment cela va se passer. L’avenir de notre association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez est en jeu : pendant longtemps, nous nous bâtions seuls pour entretenir une mémoire défaillante et sélective ; maintenant que le sujet fait la une des journaux : Paris-Match, Beaux-arts etc. les coordonnées ont entièrement changé au moment-même où ENGIE manifeste de la lassitude à notre encontre. Qui vivra verra mais je n’ai pas l’intention de prolonger ma présidence au-delà de l’an prochain, année de la commémoration du cent cinquantième anniversaire de l’inauguration par l’impératrice Eugénie. J’aurai alors du reste quatre-vingts ans.